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À Grasse, une exposition fait sentir et toucher les parfums de l’Inde, de la Chine et du Japon

Jusqu’au 3 janvier 2027, le Musée international de la Parfumerie de Grasse présente « Parfums d’Asie » : des matières à sentir et à toucher, de l’Inde au Japon. Une galerie de parfumeurs asiatiques contemporains y est annoncée à partir du 26 septembre.

Illustration : Reflets / Strugggl

Au Japon, le parfum ne se porte traditionnellement pas sur la peau : les vêtements s’imprègnent de la fumée de bois odorants. C’est l’une des pratiques que présente « Parfums d’Asie », au Musée international de la Parfumerie de Grasse, jusqu’au 3 janvier 2027.

Le sous-titre de l’exposition en donne le périmètre : « Cultures olfactives traditionnelles de la Chine à l’Inde ». Elle a ouvert le 26 juin 2026, et propose de sentir et de toucher des matières, de reconstituer des odeurs, de regarder des objets qui vont de l’Antiquité à nos jours.

À sentir, à toucher

La première salle réunit les matières. Les plus courantes sont des fleurs et des épices, les plus rares des bois et des résines précieuses, et des substances que le dossier de presse du musée dit « quasi-fantastiques », comme l’ambre gris. Le benjoin d’Indochine et d’Indonésie, le santal, la rose, l’osmanthus, le jasmin et le lotus y côtoient des matières animales : le musc du chevrotain, les glandes de civette, le castoréum. L’ambre gris présenté vient de la collection de Zang Xi, un des prêteurs.

Chacune est montrée selon son emploi, rituel, cosmétique, alimentaire ou médicinal. L’origine, locale ou lointaine, raconte aussi les routes commerciales : certaines matières arrivaient par les routes maritimes arabes.

Thomas Ghysdaël-Trombetta, attaché de conservation, signe le commissariat, avec Laure Decomble comme responsable scientifique, sous la direction d’Olivier Quiquempois, directeur des musées de Grasse. La scénographie est de l’agence Kascen.

L’Inde : des huiles et des dieux

Dans la section indienne, les visiteurs peuvent sentir des attars, des huiles parfumées, et du Javadhu, une préparation parfumée reconstituée pour l’occasion. Le dossier de presse précise que ces parfums servent dans les rituels hindous, bouddhistes et musulmans comme dans la médecine ayurvédique : on les emploie pour purifier l’âme et offrir des prières, afin d’attirer la bénédiction divine.

Le santal est associé à Shiva, la rose à Lakshmi, déesse de la prospérité. Au quotidien, on portait ces huiles, souvent avec des peignes à parfum, ou l’on tenait des objets taillés dans des bois odorants, comme le chapelet en santal.

Parmi les pièces citées, un aspersoir d’eau de rose du XIXe siècle, prêté par le musée Guimet.

La Chine : l’encens et le temps

En Chine, la fumigation s’installe à l’époque des Royaumes combattants, entre 453 et 221 avant notre ère, quand les premières matières odorantes venues de l’étranger arrivent par les routes de commerce. Elle ne quitte plus ni les temples ni les palais, et gagne les foyers, avec le culte des ancêtres et la purification.

Le brûle-parfum en est l’objet emblème. L’exposition en retrace l’évolution et montre un boshanlu, dont le couvercle figure une montagne : la fumée s’en échappe comme du sommet d’un relief miniature. Celui de l’exposition date de la fin des Han postérieurs, entre le premier siècle avant notre ère et le premier siècle, et appartient au musée Guimet.

L’encens a aussi servi de montre. Une horloge à encens en forme de dragon, du milieu du XVIIIe siècle, vient du Musée d’horlogerie du Locle, en Suisse. Le dossier de presse évoque encore le bain dans des eaux parfumées et les tabacs à priser parfumés, puis les cinq parfums de la tradition taoïste (anis étoilé, fenouil, clou de girofle, cannelle, poivre du Sichuan) à prendre pour rester en bonne santé.

Le Japon : un parfum qui ne touche pas la peau

Le Japon refuse de porter le parfum sur le corps. Cette retenue produit en retour l’une des pratiques les plus codées au monde : le Kōdō, l’art de l’encens, une science des senteurs où l’on apprécie un parfum plus qu’on ne le porte. Elle s’illustre par le soin avec lequel on collecte et conserve les matières odorantes. Les vêtements, eux, se parfument par la fumigation, et l’on y joint un maquillage et une cosmétique soignés pour les femmes.

L’exposition montre un encensoir à vêtements, un oreiller brûle-parfum, une coiffeuse, un nécessaire à Kōdō, des boîtes à encens et beaucoup d’estampes. Un blogueur italien, passé à Grasse début septembre, raconte une pièce ludique : une boîte d’encens parfumés dont il faut associer chaque senteur à un chapitre du Dit du Genji. C’est son récit de visiteur, que je n’ai pas pu vérifier ailleurs.

Pour les curieux, le musée invite le 5 décembre à une cérémonie du Kōdō, avec Maître Souhitsu Issiken Hachiya, 21e génération de l’école Shino.

Comment l’Europe a regardé l’Asie

L’exposition ne s’arrête pas à l’Asie. Elle remonte au XVIIIe siècle, quand l’Europe met au point le parfum moderne, à base d’alcool fortement dosé : l’eau de Cologne se répand sur le continent et relègue à la marge les usages médicinaux et religieux, ainsi que l’encens. Depuis la fin du XXe siècle, ajoute le dossier de presse, l’Asie s’est elle-même convertie à ce parfum moderne exporté par les grandes marques occidentales.

Une dernière section, tirée surtout des collections du musée, montre ce que l’Asie a laissé dans l’imaginaire des parfumeurs européens. Les éditoriaux du dossier de presse l’assument : « notre propos ne serait pas objectif si nous n’abordions pas, en conclusion de notre exposition, l’influence que l’Asie a pu avoir dans l’imaginaire des parfumeurs ». Les parfums « asiatisants » vont de Nuit de Chine (1913) à Opium (1977). Le dossier lie ce goût à l’engouement pour l’Extrême-Orient et à l’expansion coloniale européenne, qui multiplie les comptoirs, les routes de matières premières et l’implantation des sociétés de parfumerie européennes en Asie.

Le blogueur cité plus haut juge, lui, les parties orientales de la collection permanente « laughable », dérisoires, parce qu’elles associent les Mayas à l’Inde et à la Chine, et se réjouit que l’exposition temporaire comble ce manque. Un avis personnel, qui montre à quel point le sujet est neuf pour ce musée.

Un musée, des prêteurs

Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse figurent depuis le 28 novembre 2018 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, selon le ministère de la Culture. Ils couvrent la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières et leur transformation, et l’art de composer le parfum, pratiqués depuis le XVIe siècle au moins.

Le Musée international de la Parfumerie, labellisé Musée de France, revendique plus de 55 000 objets : la plus grande collection publique au monde consacrée au parfum, d’après son dossier de presse. Chaque année, il consacre une exposition à un thème.

Les prêts pour « Parfums d’Asie » viennent du Musée national des Arts asiatiques-Guimet, du Musée Cernuschi, du Musée départemental des Arts asiatiques de Nice, du musée chinois de l’impératrice Eugénie à Fontainebleau, du musée Borély de Marseille, du musée d’Orsay et du Muséum national d’histoire naturelle, entre autres.

Aller voir, avec quelques réserves

Le plein tarif est de 6 euros, le demi-tarif s’applique aux étudiants de plus de 18 ans et aux groupes de dix personnes ou plus. Le musée ouvre de 10 h à 18 h de septembre à juin, et ferme le premier lundi des mois d’octobre à janvier, le 25 décembre et le 1er janvier.

Le catalogue, bilingue, est publié par Silvana Editoriale : 29 euros.

Autour de l’exposition, trois rendez-vous sont annoncés : le 15 octobre à 18 h 30, une rencontre sur le parfum comme dialogue avec l’invisible dans l’Inde des dieux ; le 5 novembre à 18 h 30, un parfum et thé avec dégustation de thés chinois ; le 5 décembre, la cérémonie du Kōdō.

Une seconde proposition prolonge l’exposition. Dans un communiqué du 17 septembre, Cosmoprof, qui se présente comme le premier salon professionnel de la beauté au monde, et Esxence, événement dédié à la parfumerie artistique, annoncent avec le musée et l’agence Centdegrés China une galerie de marques de parfum asiatiques contemporaines. Elle doit ouvrir à Grasse le 26 septembre, pendant les Centdegrés Fragrance Awards, et rester jusqu’en janvier 2027. Les marques n’étaient pas encore dévoilées à la date du communiqué, qui présente l’opération comme une occasion de visibilité pour celles qui seront sélectionnées.

Un mot sur les sources : presque tout ce qui existe sur cette exposition vient d’institutions. Le dossier de presse a pour contact la communication du Pays de Grasse, et l’un de ses éditoriaux est signé du maire de Grasse, président de la communauté d’agglomération. L’article de Nice-Matin sur l’exposition est sponsorisé par cette même agglomération. Aucune critique indépendante n’a été trouvée dans la presse nationale au moment de la rédaction.

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.