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Livre en main, une cinquantaine de lecteurs attendus pour un speed dating sur une péniche face à Notre-Dame

Sur la péniche Nanna, face à Notre-Dame, une cinquantaine de lecteurs sont attendus pour un speed dating à 20 euros où chacun vient avec un livre.

Livre en main, une cinquantaine de lecteurs attendus pour un speed dating sur une péniche face à Notre-Dame
Illustration : Reflets / Strugggl

Fabrice Rousselot attendait une cinquantaine de lecteurs sur la péniche Nanna, amarrée face à Notre-Dame de Paris, pour un speed dating où chacun arrive avec un livre. RFI a diffusé ce reportage le 3 novembre 2026, le jour de l'annonce des prix Goncourt et Renaudot. Le billet coûte 20 euros, cocktail compris.

Dix minutes par table, puis le gong

La soirée est pensée pour la lenteur des conversations plus que pour leur rendement. Les organisateurs ont installé « tout un tas de petites tables », hautes et basses, des canapés et des coussins, afin que les gens se retrouvent en petits groupes plutôt qu'en file indienne.

Chacun est venu avec un livre.

Une participante a apporté Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig, un participant La Vallée du Silicium d'Alain Damasio, un autre 21 leçons du 21e siècle de Yuval Noah Harari. Le recueil de nouvelles Heureux les heureux, de Yasmina Reza, figure aussi dans la sélection des célibataires présents. Tous les genres sont représentés, de la bande dessinée à Molière.

Puis un gong résonne et le jeu commence. « On lance un chrono d'une dizaine de minutes et au bout de dix minutes on sonnera le gong afin que les gens puissent échanger, parler avec d'autres personnes », explique Hugo au micro de RFI.

Dix minutes, c'est long pour une rencontre minutée. Les chercheurs qui étudient ce format travaillent, eux, sur des tête-à-tête de quatre minutes, comme on le verra plus bas.

Ce que les tables se racontent

Sophia, 48 ans, dit être venue rencontrer des lecteurs, et aussi « pour rencontrer des livres ». Elle développe : « Et vous allez m'apprendre, vous, avec votre lecture, à comprendre en fait ce que je n'ai pas compris. À sentir ce que moi, je n'ai pas senti. »

Plus loin, devant une pile de Molière, Elisabeth explique qu'elle est venue parler de littérature, mais aussi rencontrer quelqu'un parce qu'elle est « un peu seule ». Elle ajoute : « C'est mieux que d'être avec quelqu'un avec qui on ne s'entend pas, mais si je rencontre quelqu'un avec qui je m'entends, c'est bien. »

À une autre table, Sophia converse avec un homme. « Ce qui est marrant, c'est qu'on est tous les deux Marocains », raconte-t-elle. Il lit des livres sur le Maroc, qu'elle connaît parce qu'elle les a lus aussi. Il cite Les Jardins du roi, qui parle de personnages ayant marqué les cinquante dernières années du pays, et résume l'échange : « J'en sais un peu plus, oui, sur l'univers littéraire de madame et aussi un peu sur sa vie parce qu'on a parlé un peu de nos vies respectives. »

Pour Marie, assise à la table voisine, le livre est déjà une rencontre : « On rencontre des univers, des pays qu'on ne connaît pas. On se met dans la psyché d'autres personnes. »

Fabrice Rousselot en tire la leçon de l'organisateur : « La littérature peut apporter l'évasion, la romance, le rapport à l'autre, une façon de voir différente. C'est un lien social. Ça peut être un lien amoureux, de rencontre. Quand on parle de livres, on apprend beaucoup plus sur l'autre que quand on parle de quoi que ce soit d'autre. » Aucune mesure n'accompagne cette phrase : c'est la conviction de celui qui tient la soirée.

Marcel, une application née d'un regret de Cambridge

RFI rattache la soirée à Marcel, une application de rencontres littéraires dont le nom salue Proust. Le principe, tel que le décrit lessentiel.fr en décembre 2025 : les utilisateurs indiquent les auteurs et les ouvrages qu'ils lisent ou qu'ils aiment, puis créent ou rejoignent des temps d'échange ou des temps de lecture.

Sa cofondatrice, Natalie Sauer, franco-anglaise, garde la nostalgie de ses études de littérature à Cambridge. « C’étaient les années les plus heureuses de ma vie. On dévorait des livres sans cesse, mais surtout on en parlait », dit-elle à lessentiel.fr. Elle ajoute : « Je voulais créer une agora dans la vraie vie autour du livre, et que l’application soit au service du lien réel, et pas une distraction de plus qui sape l’attention. »

Natalie Sauer décrit aussi ce que les premiers utilisateurs lui rapportent : « Souvent, les gens sont frappés par la qualité d’écoute et d’attention des utilisateurs qui ne se connaissent pas entre eux. Comme on est en petit comité, il y a une présence exceptionnelle. » C'est le témoignage de la fondatrice sur son propre produit, sans enquête auprès des utilisateurs.

L'application est entrée en version bêta en avril 2025, après l'arrivée de l'équipe dans l'incubateur parisien 104factory en octobre 2024. lessentiel.fr annonçait pour janvier 2026 un profil « pro », subventionné par le Centre national du livre, destiné aux librairies, aux bibliothèques et aux acteurs culturels.

La péniche Nanna, elle, se présente comme un lieu littéraire et festif face à Notre-Dame, avec une collection permanente de 5 000 livres et une vingtaine d'événements par mois, parmi lesquels des speed datings littéraires. Elle est ouverte du mardi au dimanche à partir de midi.

Un point de contexte, puisque le reportage donne la parole à celui qui défend la formule : le site de Marcel présente Fabrice Rousselot comme son directeur de développement, alors que RFI le nomme « l'un des organisateurs de cette soirée ». Le billet de 20 euros finance donc, au moins en partie, une soirée portée par l'application qu'elle illustre.

Le site Berthine, qui a consacré un article à Marcel, salue l'intention et pose la question qui gêne. « Le risque est réel de voir la lecture devenir, elle aussi, un prétexte à matcher », écrit-il, en rappelant que l'histoire des réseaux sociaux est jonchée de belles intentions transformées en machines à capter l'attention.

Lire recule, parler de livres cherche sa place

Le reportage s'ouvre sur un chiffre : seuls 56 % des Français se déclarent lecteurs réguliers en 2025, soit cinq points de moins que deux ans plus tôt. Il vient du baromètre « Les Français et la lecture » du Centre national du livre, réalisé par Ipsos auprès d'un échantillon de 1 000 personnes et publié le 8 avril 2025, selon Livres Hebdo. Le même baromètre compte une moyenne de 18 livres lus par an en 2025, contre 22 en 2023. Si 62 % des lecteurs savent lire 30 minutes d'affilée, 27 % disent être déconcentrés et occupés à autre chose en même temps, la messagerie instantanée étant la première distraction (18 %).

Ces chiffres reposent sur des déclarations, et ils ne disent rien de la rencontre amoureuse. Ils posent seulement le décor : une pratique qui s'amenuise, et des lecteurs que RFI décrit comme « souvent en quête d'échanges sur leurs dernières découvertes ».

Ce que mesurent quatre minutes de conversation

Que se passe-t-il quand deux inconnus se parlent et que, quelques heures plus tard, l'un veut revoir l'autre ? La psychologie dispose d'un terrain d'étude pour cela : le speed dating. Une équipe a publié le 11 mai 2026 dans Scientific Reports, revue en accès libre, une analyse de 964 retranscriptions de rencontres éclair.

Les données viennent de 187 étudiants de premier cycle (93 femmes, 94 hommes, 19,6 ans en moyenne) d'une grande université du Midwest américain, réunis en 2007 lors de huit soirées. Chacun avait environ douze rendez-vous de quatre minutes. Les auteurs ont demandé à ChatGPT, puis à Claude 3 en analyse complémentaire, de lire les transcriptions et de prédire le succès de chaque échange. Les prédictions restent modestes, avec des corrélations de 0,12 à 0,23, mais elles se montrent comparables à celles d'observateurs humains.

Le détail utile ici concerne les indices. Sur les 13 repérés par ChatGPT, 10 sont associés de façon significative à l'échange effectif de coordonnées. Dans l'ordre d'importance donné par l'article : l'humour, la flirtation, les intentions d'avenir, la compatibilité perçue, les centres d'intérêt communs, la compatibilité sociale, la profondeur émotionnelle, les valeurs alignées, la réciprocité et l'engagement mutuel.

Les centres d'intérêt communs figurent donc en cinquième position et les valeurs alignées en huitième, derrière l'humour. L'étude ne porte pas sur les livres, et elle ne dit pas qu'une lecture partagée fait tenir un couple.

Ses limites, énoncées par les auteurs : des rendez-vous très courts, souvent faits d'une conversation d'introduction, un échantillon d'étudiants d'un seul campus, des mesures de court terme (l'envie de se revoir, pas la mise en couple), et des transcriptions sans langage corporel. Les auteurs déclarent n'avoir aucun intérêt concurrent.

Un dernier détail de protocole rapproche cette salle de recherche de la péniche. Dans cette étude, la décision d'échanger ses coordonnées était prise plusieurs heures après la soirée, chez soi, en privé. Le gong sonne devant les autres, la réponse se donne plus tard, seul.

Sources

Rencontrer une femme romantique

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.