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À l'UQAM, 400 paires de jumeaux suivies depuis leur naissance pour comprendre ce qui fait un couple solide

Le 6 octobre 2026, l'UQAM a présenté le projet de Mara Brendgen : 400 paires de jumeaux, suivies depuis 30 ans, pour comprendre ce qui prépare à des relations de couple de qualité.

Illustration : Reflets / Strugggl

Mara Brendgen, professeure au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), suit depuis trente ans des paires de jumeaux pour comprendre ce qui prépare à un couple solide. Son projet de cinq ans, présenté par l'université le 6 octobre 2026, va maintenant interroger les partenaires amoureux de ces jumeaux devenus adultes.

Une recherche de cinq ans, financée par le CRSH

Le projet s'intitule « De l'enfance aux amours : comment la génétique et l'environnement façonnent le couple ». Il est financé par le CRSH, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, dans le cadre de son programme Savoir. Mara Brendgen dirige par ailleurs le Laboratoire d'études sur la santé mentale des enfants et des adultes, et son nom figure sur plus de 250 articles scientifiques. L'article de l'UQAM, signé Claude Gauvreau, décrit le projet comme une recherche d'une durée de cinq ans.

Son objectif est de séparer deux familles de causes. D'un côté, l'environnement : les liens noués avec les parents, puis avec les amis, dans la petite enfance, l'enfance et l'adolescence. De l'autre, la génétique, dont les études antérieures ont montré qu'elle explique en partie la qualité des relations sociales.

Mara Brendgen définit d'abord ce qu'elle appelle une relation de qualité. « Des relations amoureuses de qualité renvoient à plusieurs aspects », dit-elle, en citant les degrés d'intimité émotionnelle et sexuelle entre les partenaires, l'entente ou l'entraide, mais aussi les conflits qui peuvent survenir et la façon de les résoudre.

À ce stade, l'UQAM présente un protocole, pas des résultats : aucun chiffre sur les couples n'est annoncé.

Les amis, ces liens que l'on choisit

La chercheuse part de la théorie de l'attachement, qui postule que la capacité à bâtir un couple de qualité se forme dans les relations avec les parents et avec les pairs. Selon elle, la première expérience relationnelle vient des parents, à laquelle s'ajoutent les amis, des liens « volontaires et en principe égalitaires ».

C'est une nuance qui compte pour qui croit que l'amour se construit par petites touches. Un parent n'est pas choisi, un ami l'est : la confiance y est donnée et reprise à chaque rencontre, sans que personne ne soit tenu de rester. Mara Brendgen estime que ces expériences durant l'enfance et l'adolescence sont « à la base des comportements sociaux ».

Elle ajoute un point sur le calendrier. Les relations avec les parents comptent particulièrement dans la petite enfance, dit-elle, tandis que la qualité des relations avec les amis joue probablement un rôle plus important à l'adolescence. Le « probablement » est le sien, et il dit bien où en est la science : une hypothèse que le projet doit mettre à l'épreuve, par sexe et par genre.

L'hypothèse est belle, et elle attend ses chiffres.

Pourquoi des jumeaux

Le choix des jumeaux tient à une arithmétique simple. Les jumeaux monozygotes, dits vrais jumeaux, partagent 100 % de leur bagage génétique, les dizygotes environ 50 %. En comparant les deux types de paires, l'équipe peut estimer quelle part d'un comportement revient aux gènes et quelle part aux expériences vécues.

L'échantillon compte 400 paires de jumeaux, que Mara Brendgen et son équipe suivent déjà depuis leur naissance, il y a 30 ans. Au fil des années, ces données ont servi à évaluer les relations des enfants avec leurs parents à la petite enfance, puis leurs relations avec les camarades de classe et le personnel enseignant pendant l'enfance et l'adolescence.

Trois comportements, influencés par les prédispositions génétiques, ont retenu l'attention de l'équipe : l'anxiété, le retrait social et le comportement prosocial. Une question illustre le dispositif. Si des parents se disputent constamment et agissent de manière agressive, dans quelle mesure l'enfant risque-t-il de reproduire ces comportements dans ses relations ultérieures, et jusqu'à quel point l'agressivité est-elle héréditaire ? La professeure dit que le projet vise à apporter des éléments de réponse.

Ces études de jumeaux, souligne-t-elle, offrent des avantages uniques pour examiner l'influence des expériences, en tenant compte du rôle des gènes. Elle précise qu'elles permettent de mesurer l'effet relatif des facteurs génétiques et environnementaux.

Le tour des partenaires

La nouveauté de cette phase se trouve du côté des conjoints. L'équipe recrutera les partenaires amoureux des jumeaux pour les interroger sur l'évolution et la qualité de la relation, le style d'attachement et le degré de satisfaction globale. Les questionnaires seront les mêmes que ceux remplis par les jumeaux, afin d'examiner le degré de concordance entre les réponses.

Les variables du quotidien seront contrôlées : le stress vécu au travail, le soutien ou non du partenaire, la présence ou l'absence d'enfants. La chercheuse note que ces éléments peuvent influencer l'évaluation d'une relation, ce qui évite d'attribuer à l'enfance ce qui vient d'une semaine difficile au bureau.

Pour la première fois, indique-t-elle, la recherche examinera de manière longitudinale, depuis la petite enfance jusqu'à l'âge adulte, soit au début de la trentaine, le rôle de ces facteurs sur la capacité de vivre en couple. Longitudinal veut dire ici qu'on regarde les mêmes personnes grandir, trente ans durant.

Une étude américaine va dans le même sens

La théorie de l'attachement vient du psychiatre britannique John Bowlby, qui a repris certains éléments de Freud. Le psychologue R. Chris Fraley, de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign, la résume ainsi : certaines personnes sont à l'aise pour dépendre des autres et s'ouvrir à eux, en les utilisant comme une base sûre, d'autres manquent de cette confiance. Les chercheurs situent aujourd'hui chacun sur deux axes, l'anxiété d'attachement, qui mesure la confiance dans la disponibilité des proches, et l'évitement, qui dit le degré d'aisance à se confier et à demander du soutien.

Des travaux publiés en octobre 2025 dans le Journal of Personality and Social Psychology, dirigés par Keely Dugan, professeure adjointe à l'Université du Missouri, explorent la même piste avec d'autres données. Ils s'appuient sur une cohorte américaine de 1 364 enfants suivis dès la naissance, dont 705 ont répondu à un suivi entre 2018 et 2022, à 26 à 31 ans, selon Scientific American.

Leur résultat principal porte sur les mères : celles dont les enfants se sentaient proches et peu en conflit avec elles deviennent des adultes qui se sentent plus en sécurité dans toutes leurs relations. Les amitiés comptent aussi. Pour Keely Dugan, c'est dans ces premières amitiés à l'école que l'on s'exerce à la réciprocité, et les relations adultes en reprennent la forme. Dans son propre résumé, elle écrit que les enfants ayant des amitiés de meilleure qualité, et des amitiés qui s'améliorent avec le temps, étaient plus nombreux à se sentir en sécurité à 30 ans, surtout avec leurs amis et leurs partenaires amoureux.

Les limites sont données par les chercheurs eux-mêmes. Les participants avaient entre 26 et 31 ans au dernier suivi, relève le psychologue social Omri Gillath, de l'Université du Kansas, qui qualifie l'étude d'« exceptionally rigorous and methodologically sound » et suggère de vérifier plus tard l'effet de la parentalité, du deuil ou du divorce. Environ 80 % des participants étaient blancs, précise Keely Dugan, et les familles monoparentales ou les couples de même sexe restent à étudier. Pour les pères, l'étude trouve peu de liens, ce qui s'explique peut-être par le fait que la plupart des participants désignaient leur mère comme leur principale figure de soin. Dugan ajoute que rien n'est joué d'avance. « You can have a not-so-great relationship with your parents and still develop a secure and healthy bond with a close friend or romantic partner in adulthood », dit-elle à Scientific American, en rappelant que les styles d'attachement peuvent changer au fil des événements de la vie, et même d'un mois à l'autre selon les expériences vécues dans la relation.

Son équipe prépare une application de recherche pour favoriser les attachements sûrs, en amour comme en amitié. Elle commence par des gestes modestes, comme prendre son partenaire dans ses bras ou envoyer un message d'encouragement à un ami, puis monte en difficulté. Le grand geste n'y figure pas : tout passe par la répétition.

Une prévention à viser au bon moment

L'ambition du projet de l'UQAM dépasse le diagnostic. Mara Brendgen espère que ces connaissances serviront à identifier des efforts de prévention pour favoriser des relations saines et le bien-être tout au long de la vie. Savoir si les parents ou les amis pèsent plus à tel âge permettrait, dit-elle, de mieux cibler le type de relation et le meilleur moment pour intervenir.

Pour des lecteurs en France, en Belgique ou en Suisse, la portée est moins immédiate que celle d'un sondage : le travail s'intéresse aux racines lentes de la confiance amoureuse. Aucun résultat n'est encore attendu à une date donnée, et l'UQAM n'en annonce pas. Reste, dans l'article, une phrase de la professeure à garder pour la fin : ces expériences de l'enfance et de l'adolescence sont à la base des comportements sociaux, et les amis, eux, sont des liens que l'on a voulus.

Sources

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.