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Tigst Assefa a couru les deux derniers kilomètres du marathon de Berlin avec un tendon d’Achille rompu
Tigst Assefa a gagné le marathon de Berlin le 27 septembre 2026 en 2:11:04, troisième meilleur temps féminin de l’histoire. Son manager affirme qu’elle a couru les deux derniers kilomètres avec un tendon d’Achille rompu.

Tigst Assefa a gagné le marathon de Berlin en 2:11:04, le 27 septembre 2026, et couru les deux derniers kilomètres avec un tendon d’Achille rompu, selon son manager. Au 40e kilomètre, l’Éthiopienne de 29 ans tenait encore le rythme du record du monde, fixé à 2:09:56. Elle a été opérée à Munich le lendemain.
Quarante kilomètres sur le rythme du record du monde
Berlin disputait sa 52e édition, avec plus de 56 000 coureurs venus de 162 nations, d’après Running Attitude. Assefa est passée au 5e kilomètre en 15:30, au 10e en 30:48 et à mi-parcours en 1:04:57, selon le compte rendu de World Athletics, la fédération internationale. Cette mi-course est la troisième plus rapide jamais relevée dans un marathon féminin. Elle a ensuite enchaîné des tronçons de 10 kilomètres presque identiques : 30:48, 30:46, 30:41, puis 30:45. Au 35e kilomètre, après un tronçon de 5 kilomètres couru en 15:17, elle avait plus de cinq minutes d’avance sur ses poursuivantes. Au 40e, le temps projeté était de 2:09:44, sous le record.
Ce tronçon de 15:17 aurait suffi, selon World Athletics, pour prendre la 13e place du 5 km féminin isolé des récents Championnats du monde de course sur route à Copenhague. Le record qu’elle visait date du marathon de Chicago 2024, d’après Canadian Running Magazine. Berlin, lui, en a vu passer treize : c’est le nombre de records du monde que le communiqué de la course attribue à l’épreuve, plus qu’aucun autre marathon.
Puis le chrono s’est effondré, autour du 40e kilomètre.
Assefa a boité jusqu’à la porte de Brandebourg et franchi la ligne en 2:11:04, record de l’épreuve et troisième temps de l’histoire chez les femmes. Elle a gagné pour la troisième fois à Berlin, après 2022 (2:15:37) et 2023 (2:11:53), et retranché 49 secondes à son ancien record du parcours. Après l’arrivée, elle s’est effondrée. Haile Gebrselassie, ancien détenteur du record du monde du marathon, l’a aidée à se relever, rapporte Canadian Running Magazine. Lui-même s’était blessé au tendon d’Achille cinq semaines avant les Jeux d’Athènes de 2004, avait couru quand même le 10 000 mètres, terminé cinquième, puis été opéré.
Derrière elle, la course s’est jouée à deux secondes : Bedatu Hirpa a pris la deuxième place en 2:16:53, devant Dera Dida (2:16:55), partenaire d’entraînement d’Assefa. Leurs records personnels d’avant-course, 2:18:27 pour Hirpa et 2:18:32 pour Dida, sont tous deux tombés. Dida avait dit avant le départ, selon le communiqué : « We know each other very well, of course, and I expect us to produce strong performances. »
Trois versions de la blessure en deux jours
Le soir de la course, Running Attitude parlait d’une douleur soudaine au tendon d’Achille droit, vers le 40e kilomètre. World Athletics évoquait une déchirure partielle. Le lendemain, 28 septembre, l’AFP rapportait les propos du manager, Gianni Demadonna : Assefa avait fini la course avec « a complete rupture of the tendon ».
Il a précisé : « The tendon was completely gone when she ran the last two kilometres. » Selon lui, la douleur a commencé après 31 km et s’est amplifiée jusqu’au 40e. Il dit ne pas savoir comment elle a pu finir, et décrit une jambe qui ne poussait plus, l’autre ne faisant que se poser.
Le chronomètre ne raconte pas la même histoire avant le 35e kilomètre. World Athletics relève un tronçon de 15:17 entre le 30e et le 35e, et écrit qu’elle a encore accéléré à ce moment-là. L’AFP écrit qu’elle a ralenti un peu vers le 35e. Les deux récits ne se contredisent pas forcément, mais ils ne se recoupent pas non plus.
Une précaution s’impose. Le manager est la seule source de la chronologie de la blessure, et les autres articles lus reprennent son récit. Aucun document médical n’a été publié dans les pages consultées. Il parle aussi au nom d’une athlète dont il défend les intérêts. Cela ne rend pas son récit faux. Cela le rend unique.
Pour la suite, il annonce environ sept mois d’absence et un retour possible au marathon de Londres en avril 2027. « I think the recovery will be very long, very long », a-t-il dit à l’AFP. L’AFP rappelle qu’Assefa s’était déjà blessée au tendon d’Achille en 2016.
Le record du communiqué, le chrono personnel de la coureuse
Le 24 septembre 2026, RunBlogRun reproduisait le communiqué de presse de la course, titré « Tigst Assefa goes for the marathon world record in Berlin ». Le texte note que la coureuse de 29 ans s’est montrée plus réservée en conférence de presse. Interrogée sur le record du monde, elle a répondu en amharique, par l’intermédiaire d’une interprète : « I am very well prepared and want to run a personal best. »
Entre le titre du communiqué et la phrase de la coureuse, il y a un record du monde d’écart. Ce genre d’écart est celui que les campagnes de lancement aiment effacer, parce qu’un titre qui promet un record du monde se partage mieux qu’une coureuse qui dit viser son meilleur chrono. Dommage pour les titres. Il faut garder en tête que ce communiqué sert à vendre une course : le blog qui le publie le dit lui-même, il compte sur des chronos rapides et sur la couverture médiatique qu’ils apportent.
Chez les hommes, Guye Adola, 35 ans, a gagné en 2:02:50. Il a amélioré de près d’une minute son record personnel de 2:03:46, établi à Berlin en 2017 pour ses débuts sur marathon, derrière Eliud Kipchoge. Avec les temps des deux vainqueurs additionnés, Berlin signe le deuxième marathon le plus rapide de l’histoire selon Running Attitude, en 4:13:54, derrière Chicago 2024 (4:12:40).
Ce que la recherche sait de la perception de soi chez les marathoniens
Une étude publiée en 2020 dans Frontiers in Psychology a suivi seize coureurs récréatifs en bonne santé (huit hommes, huit femmes, 37,6 ans en moyenne) pendant les seize semaines de préparation d’un grand marathon. Les participants ont rempli cinq fois, à quatre semaines d’intervalle, un questionnaire sur leur état psychologique avant la course, et passé cinq séries de tests physiques. Quand un coureur se jugeait en meilleure forme, il se sentait aussi plus capable d’aller au bout, ce que la théorie de Bandura appelle le sentiment d’efficacité personnelle. Les gains de motivation suivaient les gains de l’un ou de l’autre. Les paramètres physiologiques mesurés, eux, ne prédisaient pas ces changements de perception : les auteurs notent que perception et tests objectifs peuvent diverger.
Les auteurs signalent eux-mêmes les limites. L’échantillon était calibré pour détecter des effets moyens, pas des effets plus fins. Aucun participant n’était blessé, et l’effet d’une blessure sur la perception de forme reste à étudier. Le travail a été soutenu en partie par le département de psychologie de l’université du Wisconsin-La Crosse, et les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
Ces seize amateurs ne disent rien d’Assefa.
Une mini-revue parue le 16 juillet 2025 dans Frontiers in Physiology, signée de Gerasimos Grivas, de l’Académie navale hellénique (Le Pirée), résume la littérature sur les départs prudents. Courir la seconde moitié plus vite que la première demande, écrit-il, « confidence, patience, and a tolerance for initial underperformance ». Assefa est partie sur le rythme du record, soit l’inverse d’un départ prudent. La revue n’en tire rien contre son choix : un article à signature unique, aucune donnée nouvelle, et un objet qui est l’allure, pas la blessure d’un tendon.
Treize millions de coureurs, et un tiers qui lèveraient le pied sans dossard
Pendant que Berlin regardait une championne, l’Observatoire du Running 2026 comptait les autres. Présenté le 10 avril 2026 au salon Run’Experience de Paris, il recense 13,2 millions de Français ayant couru au cours des douze derniers mois, contre 12,4 millions en 2024 et en 2025, d’après Marathons.fr, qui le relayait le 18 septembre 2026. Ces chiffres viennent de ce relais : le rapport lui-même n’a pas été consulté, et les réponses sont déclaratives.
Selon ce relais, 64 % des pratiquants courent au moins une fois par semaine. Ils citent d’abord le bien-être (55 %), puis la santé (50 %) et le plaisir (42 %). Le conjoint est cité par 11 % des répondants comme celui qui les a poussés à courir, autant que la famille.
La course elle-même pèse sur l’assiduité : 39 % disent avoir pour motivation de participer à une épreuve, et un tiers réduiraient leur fréquence sans course prévue. Pour ce tiers, un dossard daté tient lieu de boussole. Les coureurs participent en moyenne à plus de trois courses par an, avec souvent un objectif principal.
Les débutants ne traînent pas. 86 % des néo-pratiquants disent s’aligner sur une course dès leur première année, 62 % des coureurs suivent un programme d’entraînement et 41 % passent par une application pour le faire. Côté nature, le nombre de résultats enregistrés en trail a presque triplé en dix ans, d’après le baromètre Finishers FFA/UESC cité par Marathons.fr, et la part des femmes parmi les compétiteurs est passée de 28 % à 37 %.
Sur la route, le décor a changé. 62 % des coureurs interrogés disent avoir eu du mal à décrocher un dossard en 2024, et 38 % planifient leurs courses six mois à un an à l’avance. Pour ces 38 %, la ligne d’arrivée est choisie bien avant le premier kilomètre d’entraînement.
La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.