RefletsL’actualité · Audace et instinct
Aurélien Ducroz rachète un IMOCA de 2011 et ajoute 82 sommets alpins au chemin du Vendée Globe
Le 8 octobre 2026, Aurélien Ducroz a annoncé qu’il devenait copropriétaire de l’IMOCA EMIRA 1, construit en 2011, pour le Vendée Globe 2028. Son projet Ocean Peak y joint l’ascension des 82 sommets alpins de plus de 4 000 mètres.

Aurélien Ducroz, double champion du monde de ski freeride, a annoncé le 8 octobre 2026 qu’il devenait officiellement copropriétaire de l’IMOCA EMIRA 1, un monocoque de course construit en 2011. Il vise le Vendée Globe 2028 et y ajoute un second défi : l’ascension des 82 sommets alpins de plus de 4 000 mètres.
Un monocoque de 2011, sans foils
Le bateau a vu le jour en Nouvelle-Zélande, au chantier Southern Ocean Marine, sur un plan de l’architecte Owen Clarke. Il a d’abord porté le nom d’Acciona 100% EcoPowered, pour le projet de l’Espagnol Javier Sansó. Le magazine Bateaux.com rappelle que sa conception visait à prouver qu’on pouvait disputer le Vendée Globe en produisant l’énergie de bord sans combustible fossile pour cet usage.
Il a ensuite changé de mains et de nom : Offshore Team Germany, avec une victoire de catégorie à The Ocean Race Europe 2021 en équipage, puis Canada Ocean Racing, avec le skipper canadien Scott Shawyer. La coque mesure 18,28 mètres et porte des dérives droites, pas de foils, ces ailes qui soulèvent la coque hors de l’eau et qui font l’actualité de la classe.
Ducroz achète avec Thomas Riboud-Seydoux, présenté dans le communiqué comme un ami de longue date et désormais co-actionnaire du bateau. Le communiqué cite ce dernier, séduit par la possibilité de « construire avec lui une aventure qui dépasse la seule performance sportive ».
Pourquoi pas un foiler ? Dans un entretien accordé à Sailorz le 23 décembre 2025, le skipper répondait par l’argent : « financièrement, les foilers me paraissent trop lourds ». Il avait visé le bateau de Louis Duc, mais n’avait pas pu tenir le calendrier de la vente, racheté depuis par le Japonais Masa Suzuki.
Un marin qui a raté les grandes courses
Le skieur n’est plus tout à fait un skieur. Le communiqué compte plus de 15 ans de course au large dans son parcours. Le bateau qu’il a construit et développé en Class40, le Lift V2, sur un plan Lombard, a connu des débuts de saison honorables : selon lui, des places dans les dix premiers, parfois mieux, dans un niveau qu’il juge « de dingue ». Il en retient avoir « énormément appris et grandi ». Dans ce même entretien, Ducroz, 43 ans à l’époque, dressait le bilan de six années de partenariat en Class40 avec Crosscall, commencé en 2020. Il avait conçu et développé son propre bateau, avait pris le départ de sa première Route du Rhum dix ans après ses débuts en voile, et finissait sur une 28e place à la Transat Café L’Or avec Jonathan Chodkiewiez.
Le reste du bilan est plus cru. « On n’a jamais réussi à transformer sur une grande course, on les a toutes ratées », dit-il, avec les pépins techniques à l’appui : un démâtage sur la Route du Rhum, un étai cassé sur The Transat, des ennuis sur les Transat Jacques Vabre et Café L’Or.
Le pire souvenir, il le situe au démâtage de la Route du Rhum : « dur émotionnellement », dit-il, avec un retour à la dérive de six jours. Le meilleur, la mise à l’eau du bateau : concevoir, construire et développer un bateau lui paraissait « tellement irréaliste ».
Pourtant, c’est de cette série qu’il tire son élan. Ducroz dit que cette campagne lui a donné de quoi se lancer : « le projet que je viens de boucler m’a mis en confiance sur le fait de pouvoir tenter cette aventure autour du monde ». Il ajoute : « je me sens prêt et crédible ». Il décrit aussi un changement d’étiquette : « J’étais le skieur-navigateur, et désormais, aux yeux des autres skippers, je suis le marin. »
Rien de tout cela n’est une mesure. C’est le récit qu’un sportif fait de lui-même, neuf mois avant l’achat. Il cite lui-même, parmi les bons souvenirs, le convoyage retour de Martinique, terminé en douze jours et demi, « avec zéro bug », qui lui a fait « énormément de bien » après la déception de la Transat Café L’Or.
Quatre mille mètres avant la ligne de départ
Ocean Peak ajoute à la course au large une seconde piste, en altitude. Le projet prévoit l’ascension des 82 sommets alpins de plus de 4 000 mètres, étalée sur trois ans, et non en une saison : Ducroz insiste sur ce point dans l’entretien de Sailorz. Il comptait y aller en binôme avec une amie guide, Giulia Monego, chargée de la logistique, et emmener des partenaires et des donateurs sur les sommets les plus accessibles.
Un autre fil relie le projet à un passé plus ancien. Ducroz est parrain depuis des années de la fondation Je pars, tu pars, il part, qui envoie en vacances à la mer ou à la montagne des familles qui n’en ont pas les moyens. Son président, Germain Lelarge, avait été l’un de ses sponsors quand il a débuté la voile sur le Tour de France en 2015. Ducroz le dit sans détour : le projet est né des besoins de communication de la fondation et de ses propres envies de mer et de montagne.
Un lien, donc, entre deux besoins.
Le communiqué du 8 octobre résume les deux chantiers par une liste : « préparation, engagement, adaptation ». La montagne y est un « laboratoire de la verticalité », la mer une « école de l’horizon ». On a connu des slogans qui sentaient moins le catalogue, mais celui-ci a au moins le mérite de promettre du dénivelé.
Côté bateau, la suite annoncée tient en une ligne : « prise en main du bateau, préparation technique, premiers travaux, constitution de l’équipe ». Le texte ne donne pas de date pour les premières navigations, ni ne cite d’ascension déjà faite parmi les 82. En décembre 2025, Ducroz parlait d’un départ possible de la partie montagne dès le printemps, et disait qu’il pourrait ne commencer la voile qu’en 2027, sans se fixer de date butoir.
Une offre de partenariat autant qu’un projet sportif
Le communiqué du 8 octobre ouvre aussi la recherche de partenaires jusqu’en 2029, avec des formats qui vont de la visibilité aux expériences en mer et en montagne, en passant par la communication interne, les actions de responsabilité sociale des entreprises et la science participative. Le site Sport Business Club en parle comme d’une même offre de sponsoring. Le texte vient du projet lui-même, qui cherche des financeurs : à lire avec cette réserve.
Ducroz tient à la nuance. « Je ne cherche pas simplement des partenaires pour mettre un logo sur un bateau », dit-il, et il présente Ocean Peak comme « une plateforme d’opportunités à construire ensemble ». Le projet inclut des contenus pédagogiques pour les écoles et des approches de science participative sur les milieux naturels.
Le calendrier d’origine était plus pressé. En décembre 2025, Ducroz disait vouloir démarrer le plus vite possible, « idéalement » au départ de la Route du Rhum 2026. Il invoquait la situation économique, « pas folle », pour expliquer que cela allait moins vite qu’espéré, et le nouveau système de qualification du Vendée Globe pour justifier qu’un début en 2027 resterait possible. Neuf mois plus tard, le bateau est acheté, et Bateaux.com ne cite que Nicolas Rouger pour le départ du Rhum, le 1er novembre.
Les chiffres du financement viennent de décembre 2025, et non du communiqué : un budget d’environ un million d’euros par an pour le bateau, la montagne coûtant beaucoup moins cher, et cinq ou six engagements fermes à l’époque. Le communiqué d’octobre ne les reprend pas, et aucun montant n’y figure.
Un autre bateau d’occasion, une échéance plus proche
Bateaux.com place l’annonce à côté de celle d’un autre skipper, Nicolas Rouger, qui reprend l’ancien Freelance.com, un plan de Bruce Farr lancé en 2007. Ce monocoque de 18,28 mètres a gagné la Route du Rhum 2010 avec Roland Jourdain, fini troisième du Vendée Globe 2012-2013 avec Alex Thomson, puis neuvième de l’édition 2020-2021 avec Benjamin Dutreux.
Rouger avait acheté en 2022 l’ancien Campagne de France de Miranda Merron. Un accident survenu en 2023 a compromis la suite de son programme et sa participation au Vendée Globe 2024. Plutôt que d’engager les travaux sur ce bateau, il a choisi d’en changer, sur les conseils notamment de Michel Desjoyeaux, selon son équipe.
Son échéance est datée : la Route du Rhum, le 1er novembre. Avant les questions de décor, écrit Bateaux.com, il reste un impératif, être prêt pour Saint-Malo. Ducroz, lui, entame la prise en main d’un bateau dont aucune course n’est annoncée dans le communiqué.
Sources
- VOILE : Aurélien DUCROZ acquiert son Imoca et lance Ocean Peak une aventure entre mer et montagne, Presse Agence Sport, 8 octobre 2026
La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.
Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.