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À quelques voix de l'or mondial, une danseuse de Hanoï et son coach décorés d'un premier Ordre du travail
En octobre 2026, le président du Vietnam a décoré un coach et sa danseuse, argent mondial à Brême, du premier Ordre du travail de deuxième classe de la danse sportive. Elle avait manqué l'or de très peu de voix de juges.

Le président du Vietnam a décerné l'Ordre du travail de deuxième classe à l'entraîneur Phan Hồng Việt et à la danseuse Nguyễn Trọng Nhã Uyên, par une décision d'octobre 2026. C'est la première fois que ce rang revient à la danse sportive du pays. Hànộimới, le journal de la ville de Hanoï, en a publié le portrait le 29 octobre 2026.
À quelques voix de juges de l'or
En juin 2026, à Brême, en Allemagne, Nguyễn Trọng Nhã Uyên a pris l'argent du solo latin dames adultes aux championnats du monde de danse sportive. Il lui a manqué très peu de voix de juges pour que la médaille change de couleur. Son entraîneur n'en fait pas un drame, et le dit sans détour : «cũng đã khóc suốt ở bên đấy rồi», on a déjà pleuré sur place, il n'y a plus de regret.
Elle a 31 ans cette année.
Sa trajectoire n'a rien d'une ligne droite : elle remporte l'or en jive aux Jeux d'Asie du Sud-Est (SEA Games) de 2019, puis la pandémie de Covid-19 arrive. «Lúc ấy tôi khá bơ vơ, mọi thứ xáo trộn», raconte-t-elle : à l'époque, elle se sentait désorientée, tout était bouleversé. C'est alors que le couple d'entraîneurs Phan Hồng Việt et Hoàng Thu Trang, qui la connaît depuis l'enfance, vient prendre de ses nouvelles et l'aide à redessiner son parcours de compétition.
Huitième aux championnats du monde de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) en 2024, bronze à Brême en juin 2025, argent au même endroit un an plus tard. Selon Hoàng Thu Trang, elle fut la première athlète asiatique sur le podium de cette épreuve. À la mi-octobre 2026, elle a encore gagné un open en Malaisie.
Le latin réclame de l'énergie, de l'endurance et un physique que les athlètes européens possèdent plus facilement, rappelle l'article. Nhã Uyên est de petite taille, face à des concurrentes grandes et musclées. Son entraîneur dit ne pas la couler dans ce moule, tout en respectant les normes de la discipline, qui sont toutes européennes puisque la danse sportive en est issue. Il construit donc une chorégraphie plus artistique, pour que les juges y voient quelqu'un qui mérite de passer devant. D'après Hànộimới, plusieurs arbitres européens réputés ont dit après la compétition avoir aimé sa prestation, parce qu'elle ne ressemblait à aucune autre.
L'article ne les nomme pas.
Trente ans de piste, douze ans à ne pas danser
Phan Hồng Việt a passé près de 30 ans dans la discipline : 15 ans de compétition de haut niveau, 7 titres nationaux en standard, 8 ans en équipe nationale. Il a arrêté de concourir pour une raison très concrète. Avant chaque grande compétition, il devait cesser d'enseigner pour s'entraîner, et ses élèves entraient en lice avec un niveau qui n'était pas le leur.
Après 12 ans de coaching, il juge le métier plus dur que la compétition. «Khi thi đấu chỉ có hai người», dit-il : en compétition, ils ne sont que deux, alors qu'en coaching il faut faire monter tous les élèves sans pouvoir danser soi-même. Selon lui, son épouse Hoàng Thu Trang, ancienne athlète devenue entraîneuse et arbitre internationale, dit parfois qu'elle voudrait entrer elle-même en piste à la place de ses élèves.
Le prix de cette tenue se paie hors piste. Un élève étranger lui verse 80 dollars américains pour une séance de 45 minutes, et l'horloge s'arrête à l'heure dite. Ses athlètes vietnamiens paient beaucoup moins, et il dépasse toujours le temps prévu, quitte à finir à 1 ou 2 heures du matin. Il a manqué des repas de famille, des fiançailles, des rendez-vous d'amis. Une fois, un proche est mort pendant qu'il concourait à l'étranger, et il n'a pas pu rentrer.
Parmi ses élèves, un duo a décroché l'or en quickstep aux SEA Games de 2019, et Lý Vân Dung a pris l'argent du solo standard dames adultes en novembre 2025 à Sarajevo. Il dit tenir la décoration pour la reconnaissance la plus marquante de sa carrière, devant les titres des SEA Games ou une deuxième ou troisième place mondiale.
Une discipline que ses athlètes financent eux-mêmes
Le portrait ne cache pas l'envers du décor. «Chúng tôi vẫn phải quay vòng công việc», dit Nhã Uyên : les athlètes doivent continuer à enchaîner les emplois pour nourrir leur passion, car aucun n'est à l'aise financièrement. Hors entraînement, elle donne des cours de danse de loisir, sa première source de revenus.
Phan Hồng Việt confirme que la danse sportive est très « socialisée » au Vietnam : entraîneurs et athlètes paient la plus grosse partie de leur poche. D'où l'intérêt que les professionnels portent à une résolution de 2026 du conseil populaire de Hanoï, qui relève les salaires, l'alimentation, les soins et les primes des membres des équipes sportives de la capitale.
Côté charge de travail, la danseuse s'entraîne environ 4 heures par jour, jusqu'à 6 à 8 heures en période de pointe. Elle a une phrase pour les curieux : «Người ngoài nhìn vào có thể thấy tương đối vất vả, còn tôi thấy rất ổn». Vu de dehors, dit-elle, cela paraît pénible, elle trouve que cela va très bien.
L'ancienne championne Khánh Thi, devenue entraîneuse et organisatrice de tournois, décrit le même mur de dépenses : tenues, déplacements, hébergement, droits d'inscription. Elle affirme que «Dancesport Việt Nam không thiếu tài năng», le Vietnam ne manque pas de talents, mais de parcours stables pour les mener des premières années d'entraînement jusqu'au haut niveau. Elle ajoute avoir elle-même payé l'organisation d'un tournoi pour ouvrir des occasions de concourir aux athlètes du pays.
Rome, puis Ninh Bình
Les chiffres de la saison disent la même chose en plus froid. À Rome, début octobre 2026, la Grand Slam de la Fédération mondiale (WDSF) réunissait 101 couples. Phan Hiển et Thu Hương y ont fini 25es, après être restés dans les 48 premiers un an plus tôt, leur meilleur résultat dans cette série. Ngọc An et Tố Uyên ont terminé 52es.
Le bilan de l'équipe à Rome compte aussi l'argent de Nguyễn Hoàng Ngọc au solo latin dames moins de 21 ans des championnats du monde. C'était la première fois que cette épreuve figurait au programme mondial. Khánh Thi relit ces résultats avec prudence : l'important, dit-elle, n'est pas telle place précise mais la durée de l'investissement, car même un champion du monde peut échouer un jour de concours.
Le calendrier proche donne un terrain de comparaison à domicile. Selon le journal Báo Tuyên Quang, qui rapporte les propos de Khánh Thi, le Vietnam doit accueillir en décembre les championnats du monde de danse sportive à Ninh Bình. Elle y voit l'occasion, pour les athlètes du pays, de se mesurer aux meilleurs sur leurs terres, avec moins de frais de déplacement.
Hanoï veut des habitudes, pas des soirées
À la mi-octobre 2026, la vice-présidente du comité populaire de Hanoï, Vũ Thu Hà, a présidé une réunion sur un plan qui demande à chaque habitant de choisir au moins un sport à pratiquer régulièrement. L'objectif de la ville : environ 60 % d'habitants qui s'entraînent régulièrement d'ici 2030.
La consigne est de passer de l'organisation d'événements à des activités régulières, avec des objectifs chiffrés et une méthode d'évaluation. Les indicateurs doivent mesurer la participation et la durée de l'entraînement, pas seulement le nombre de gens présents à une manifestation. La réunion a aussi retenu une heure d'éducation physique en plus à l'école.
Le contraste est parlant avec la soirée du 20 décembre 2025 au palais d'athlétisme couvert de Mỹ Đình : 500 danseurs de l'équipe de danse sportive de Hanoï et de clubs, 40 clubs au total, ont dansé ensemble un « Tango de Hanoï », dont le record du Vietnam a été proposé pour homologation par la Radio-télévision de Hanoï, organisatrice de la soirée. Cinq cents danseurs un soir, c'est un chiffre de salle. Le plan municipal demande autre chose : compter ceux qui reviennent la semaine suivante.
Du côté de la base, les chiffres existent aussi. Aux championnats nationaux jeunes et à la Coupe de danse sportive, clos fin juin 2026 à Quảng Ninh, 23 épreuves étaient réservées aux jeunes, 190 à la Coupe et 47 au volet populaire, et Hanoï a pris la première place du classement par délégation. Le club des deux entraîneurs reste ouvert aux amateurs, aux personnes âgées et à celles qui ont du mal à bouger. Un élève de Phan Hồng Việt y dirige une classe pour malvoyants, dont certains demandent à concourir.
En décembre, un championnat du monde est attendu sur une piste vietnamienne.
Sources
- Phát hiện, tuyển chọn tài năng cho thể thao thành tích cao, ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, juin 2026
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