RefletsL’actualité · Audace et instinct

À 30 minutes près, la Golden Globe Race a évité une alerte Code Orange

Le 5 octobre 2026, la Golden Globe Race a ouvert un dossier de possible alerte Code Orange pour Louis Kerdelhué, puis l'a refermé 30 minutes avant l'échéance. Un mois après le départ, une skipper menace aussi de partir faute de public.

Illustration : Reflets / Strugggl

Près de 24 heures de progression quasi nulle, deux comptes rendus de sécurité manqués : le 5 octobre 2026 à 12 h UTC, la direction de la Golden Globe Race a ouvert un dossier de possible alerte Code Orange pour Louis Kerdelhué, seul à bord d'IE CHARGE dans l'Atlantique. Trente minutes avant l'échéance pour prévenir le centre de sauvetage maritime, son bateau est reparti à environ 4,5 nœuds.

Une alerte levée avant l'appel au secours

Sur le tracker, IE CHARGE apparaissait par moments en travers de la mer, à la dérive à un nœud ou moins, alors que les données météo du tracker annonçaient assez de vent pour avancer. Le communiqué de la course, relayé par All At Sea, raconte la suite. La direction a envoyé des messages urgents sur le téléphone satellite et la balise YB3 de Louis Kerdelhué, puis demandé à toute la flotte si quelqu'un l'avait entendu à la radio.

Le concurrent le plus proche, l'Américain Gunnar Christensen, se trouvait à environ 150 milles nautiques.

Puis la vitesse est remontée, ce que l'organisation lit comme un signe que le skipper gardait la main. Au moment du communiqué, un message YB est arrivé avec trois lettres, RAS, pour rien à signaler. La direction n'avait toujours pas obtenu de contact vocal. Chaque rapport quotidien manqué coûte 50 euros de pénalité. Aucune explication de ce silence n'avait été publiée à cette date.

Seize départs, des règles de 1968

Seize skippers ont quitté Les Sables-d'Olonne le 6 septembre 2026, sur 29 inscrits venus de 12 pays. Les autres n'avaient pas rempli les conditions de départ, selon Scuttlebutt Sailing News. Les bateaux mesurent de 32 à 36 pieds, ont été dessinés avant 1988 et avancent sans aide satellitaire à la navigation. Le modèle est celui de 1968, quand neuf concurrents s'étaient élancés pour le premier tour du monde en solitaire sans escale et que Robin Knox-Johnston avait été le seul à finir.

Les éditions récentes ressemblent à des tamis. En 2018, 18 bateaux étaient partis pour cinq arrivées. En 2022, 16 étaient partis pour trois arrivées. Un mois après le départ de 2026, deux bateaux sont déjà hors de la course principale, dont un définitivement, sur environ huit mois de course.

Deux en tête, un en réparation, un parti

Au 5 octobre, le Français Damien Guillou (Solarem, un Rustler 36) mène devant l'Irlandais Pat Lawless (Silvermines Hydro), à 222 milles. Le troisième, le Britannique Ertan Beskardes, traîne à près de mille milles. Les trois étaient déjà au départ de 2022 et avaient dû abandonner au Cap. Solarem a parcouru environ 164 milles nautiques le 4 octobre, dans l'eau qui balaie le pont. Le prochain point de passage important du duo est l'île de Trindade, au large du Brésil, qu'ils doivent laisser à bâbord.

Le Turc Selim Yalcin n'est plus là. Sa radio HF est tombée en panne, il a mis le cap sur l'Espagne le 19 septembre, puis a renoncé le 26 : remplacer l'appareil, l'installer et l'étanchéifier demandait au moins quatre jours de plus. Il a écrit à son équipe : « This is a hard decision for me, after all the preparations, time, effort & money spent ». Il n'exclut pas un retour en 2030.

L'Américain Guy deBoer, lui, repart. Arrivé à Lanzarote le 18 septembre avec un problème de cadène, il a découvert, en testant le gréement sous charge, une déformation de la coque près du mât. Il a quitté l'île le 5 octobre sur Spirit, à environ 2 700 milles du leader, et court désormais en Chichester Class, catégorie hors classement pour les bateaux qui ont reçu de l'aide. Sa phrase : « It’s my goal to finish what I set out to do when I started this thing in 2019 ». Il compte rogner les milles sur la flotte devant lui, et note que seul le temps dira s'il rattrape quelqu'un.

Ce que l'Atlantique a déjà coûté

La tempête tropicale Gonzalo a ouvert les hostilités dans les premières semaines. Louis Kerdelhué, Gunnar Christensen et Matt Woodside figuraient parmi les plus exposés, selon Yachting Monthly. Christensen a essuyé des vents de 50 nœuds et des vagues de cinq mètres, endommagé ses panneaux solaires et son régulateur d'allure, et raconté en direct sa frustration d'avoir dû faire route à l'envers pendant deux jours. Woodside a passé la tempête à la cape, à se reposer et à doser ses forces.

Les pannes ont suivi, petites et sans pitié. Pat Lawless a perdu les lignes de commande de son régulateur d'allure à vent : 90 minutes pendus à l'arrière du bateau pour les réparer. Gunnar Christensen a passé environ 90 minutes dans l'eau à gratter la coque couverte de bernacles, et a dit qu'il ne voulait pas recommencer. Guido Cantini, lui, a pris 24 heures de pénalité pour avoir appelé son équipe au téléphone satellite afin de dépanner sa radio, qui est retombée en panne ensuite. Un arrêt de réparation le renverrait en Chichester Class.

Ertan Beskardes, troisième, avait renoncé aux éditions 2018 et 2022 par mal du pays, rappelle Yachting Monthly. Cette fois, il tient la route droite sur le côté est du parcours, comme Jean-Luc Van Den Heede en 2018 et Simon Curwen en 2022, et son pari a fini par payer quand le vent a tourné en sa faveur début octobre.

Le public à bord

Cette édition ajoute une fenêtre de direct, la Window Live, où certains skippers équipés du système TriPeak se filment. Sur huit équipés, selon All At Sea, cinq alimentent régulièrement le flux. Andrea Lodolo et Louis Kerdelhué ont, selon la même source, disparu du direct par choix.

Pär Nyman a dit en direct qu'il perdait le goût de la course sous toutes ces règles et préférait garder sa vie privée pour affronter son propre jeu mental. All At Sea rappelle que la même pression est apparue en 2018 et en 2022, et note que le chat d'opinions du direct peut être intéressant à lire.

Mara Løvenskiold, seule femme de la flotte, a mis le sujet à vif. Selon Yachting Monthly, elle a dit en direct qu'elle envisageait d'abandonner si son équipe à terre ne multipliait pas les publications sur ses comptes, après avoir demandé à un navire de passage d'aller les regarder. Ses mots : « I don’t have a super strong need to sail solo around the world. I don’t need to see the Southern Ocean. I’m good. » Elle ajoutait : « I want to do this for something bigger than me, and right now I am not ».

Communiquer directement avec son équipe par ce canal est strictement interdit par le règlement, et elle a reçu une pénalité. Son équipe a depuis publié plus souvent. Elle reste en course.

Les critiques ont fusé. Le Giornale della Vela, dans un billet d'opinion du 3 octobre 2026, lui demande de choisir entre navigatrice et influenceuse, et situe l'enjeu de visibilité du côté de son association pour les droits des femmes. Le communiqué de la course, relayé par All At Sea, la décrit autrement : une marin compétente, qui avance solidement et fait tout ce que l'épreuve exige. Il émane de l'organisation qui a lancé la Window Live, donc d'une partie intéressée.

Ce que la solitude coûte, mesuré sur des équipages

Les travaux sur la solitude en mer portent surtout sur des équipages. L'un des plus récents date sur des équipages de commerce : en octobre 2024, dans la revue Behavioral Sciences, des chercheurs de l'université normale du Fujian ont interrogé 1 231 marins chinois en activité, puis mené une expérience sur 177 d'entre eux. Résultat : plus un marin se dit seul, moins il est engagé dans son travail, et l'inhibition, la mémoire de travail et la flexibilité cognitive expliquent une part de ce lien.

Les limites tiennent en trois lignes. La première partie est une enquête transversale, qui montre des corrélations sans fixer le sens. L'échantillon n'est pas tiré au sort, et ces marins travaillent en équipage, loin d'un skipper qui a choisi son départ. L'étude n'a reçu aucun financement externe et ses auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.

Elle ne dit donc rien du silence de Louis Kerdelhué ni de la lassitude de Pär Nyman. Elle donne seulement un ordre de grandeur : chez des marins de commerce, le sentiment de solitude va avec une mémoire de travail et une inhibition moins efficaces.

Le suivi continue chaque jour : Don McIntyre commente la position de la flotte à 8 h UTC, en direct sur Facebook et YouTube, avec des questions du public.

Sources

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.