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Après 49 110 km à pied, Karl Bushby bute sur une trentaine de kilomètres d'eau
Parti du Chili le 1er novembre 1998, Karl Bushby n'a plus que la Manche à franchir pour rentrer à Hull sans transport. Sa date limite pour nager était le 1er octobre 2026, et les sources se contredisent sur son autorisation.

À 57 ans, Karl Bushby a parcouru 49 110 kilomètres à pied depuis le Chili (chiffre de son site au 30 août 2026), et il lui reste une trentaine de kilomètres d'eau entre Calais et Douvres. L'ancien parachutiste britannique avait fixé au 1er octobre 2026 la limite de sa traversée à la nage : après, a-t-il dit à l'AFP, « il sera trop tard » à cause de la météo.
Deux règles posées en 1998
Le 1er novembre 1998, il quitte Punta Arenas, dans le sud du Chili, avec un but : rentrer à Hull, sa ville natale, en marchant. Il résume ses règles à la télévision belge Notélé : « je ne peux utiliser aucun moyen de transport pour progresser » et « je ne peux pas rentrer chez moi avant d'être arrivé à pied ».
Il comptait au départ sur une douzaine d'années, selon le récit de la BBC. Le chiffre a plus que doublé. La chronique humoristique du Cactus, sur la RTBF, a compté le 1er octobre 2026 un total de 10 420 jours, et a rappelé qu'à huit heures de marche par jour, un calcul d'intelligence artificielle donnait environ cinq ans.
Ce sont les visas, pas les jambes, qui ont allongé la route.
Quinze ans de marche sur vingt-huit
Les pauses se comptent en années. Karl Bushby estime auprès de Notélé n'avoir effectivement marché qu'environ quinze ans sur les vingt-huit, et il dit à l'AFP que les visas, la crise financière de 2008 et le Covid lui ont coûté environ 14 ans. À chaque blocage, il quittait la route, vivait notamment au Mexique, puis reprenait à l'endroit exact où il s'était arrêté. La règle porte donc sur la progression, pas sur la durée de l'absence.
Le détroit de Béring en 2006 illustre le prix de ces choix. Selon Wikipédia, qui cite la presse de l'époque, il l'a franchi à pied sur la glace entre le 17 et le 31 mars 2006 avec l'aventurier français Dimitri Kieffer, par un détour de 14 jours. Les deux hommes ont été retenus par des gardes-frontières russes pour être entrés au mauvais point d'accès. Moscou lui a ensuite refusé des visas pendant des années, et il est resté au Mexique de la fin 2008 à 2010, faute d'argent et de permis.
La Russie n'est pas la seule frontière qui lui a donné du fil à retordre. Wikipédia relève encore 18 jours dans une prison du Panama en 2001 pour être entré sans visa, un visa américain de 90 jours périmé à Las Vegas en 2002, et, depuis le Brexit, la règle des 90 jours sur 180 de l'espace Schengen, qui l'a renvoyé au Mexique début 2026. Aventure ou pas, c'est un voyage entièrement dicté par les bureaux de l'immigration.
En août 2024, il avait déjà dû nager : 288 kilomètres à travers la mer Caspienne, entre le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan, en 31 jours, selon u-Trail, qui cite son récit officiel. Wikipédia donne 132 heures de nage. Il se reposait sur des bateaux d'assistance, en veillant à ce que le navire ne le fasse pas avancer, rapporte l'AFP.
La Manche : un tunnel refusé, une nage d'abord autorisée, puis plus
Bushby espérait traverser à pied le tunnel de service sous la Manche. Selon Wikipédia, qui cite la BBC du 17 juin 2026, Eurotunnel a refusé pour des raisons de sécurité et d'exploitation. Europe 1, dans la reprise lue sur headtopics, précise que Getlink a écarté cette option pour la sécurité et la maintenance.
Restait l'eau. Dans un entretien de la BBC publié le 5 septembre 2026, il disait avoir l'accord des autorités françaises et prévoyait d'entrer dans l'eau le 1er octobre, si les marées et la météo le permettaient. Son équipe tablait sur trois à quatre jours de traversée, avec des repos sur un bateau d'accompagnement. Le 19 septembre 2026, à Tournai, il répétait à Notélé avoir obtenu l'autorisation des autorités françaises. Le 15 septembre, u-Trail ajoutait qu'il lui faudrait une combinaison et des palmes.
Le 25 septembre 2026, le ton change. Dans une dépêche de l'AFP, reprise notamment par Le Matin, il marche vers le Cap Blanc-Nez (Pas-de-Calais), face aux falaises anglaises. « On pensait avoir l’autorisation de nager » jusqu'en Angleterre, explique-t-il, « mais en fait non ». Il se dit dans un état de « demi-panique ». Sa version anglaise est plus nette : « There was some internal confusion. So, right now we are scrambling. »
Deux versions, à six jours d'écart.
L'une dit autorisation obtenue, l'autre dit qu'elle ne l'est pas, et aucune des pages lues n'explique quelle administration avait dit quoi à son équipe, ni ce qui a changé entre le 19 et le 25 septembre 2026.
Le nageur lui-même ne se raconte pas en héros. Il se décrit comme un nageur piteux (« swim like a cat dropped in a bathtub », dit-il en anglais) et déteste cet exercice, qu'il doit pourtant accomplir sur une trentaine de kilomètres. Selon Europe 1, il reconnaît avoir consacré plus de temps à l'organisation de cette dernière étape qu'à son entraînement.
Si la Manche reste infranchissable, il l'a dit à l'AFP : « Alors, je vivrai en France jusqu’à la fin de mes jours ».
Ce que l'aventurier dit de lui-même
Les sources de ce récit ne contiennent aucune étude : pas de psychologue cité, pas d'échantillon, pas de mesure. Ce que l'on a, ce sont les mots d'un homme dans trois entretiens, à lire comme tels.
Dans le reportage de la BBC où un journaliste marche avec lui en Belgique, il parle d'un motif qui revient : « this sense of wanting to prove myself », dit-il, à lui-même et aux autres. Il explique que l'armée lui a donné de la confiance, mais que les dégâts étaient faits dans son enfance, où une dyslexie non repérée avant sa dernière année d'école faisait de lui une cible de harcèlement. Son père, Keith, a décrit à L'Équipe ce besoin de démontrer ce dont son fils était capable, à ses proches, à ses anciens camarades de l'armée et à lui-même, selon la reprise d'Europe 1.
La persévérance, elle, tient en trois mots anglais : « Tenacity is emperor », répond-il au journaliste de la BBC. C'est court, c'est sec, et cela évite le catalogue de slogans sur le dépassement de soi que ce genre de périple attire d'ordinaire.
Le prix, il le chiffre en sentiments. Pour lui, le plus dur n'est pas la douleur physique, dit-il à la BBC : « It's the relationships. » Il a connu deux fois l'amour, deux fois la perte, et continuer à marcher après cela reste, selon ses mots, le plus difficile. Il lui arrive aussi, dit-il, de se rappeler dans une belle place qu'il ne reviendra jamais à cet endroit.
Après la ligne d'arrivée
À Notélé, il dit sa crainte de la fin : « Ma raison de vivre, mon but dans la vie, est sur le point de s'arrêter brutalement ». Le journaliste de la chaîne tire la leçon : il faudra aussi apprendre à ne plus partir.
À l'AFP, il décrit le jour d'après sans fard. Le voyage fini, il prévoit de se consacrer à un documentaire en préparation et à des conférences, puis de « rejoindre le monde des adultes ». Il lui faudra « trouver un boulot ». Le début de l'aventure, la remontée des Andes ou la jungle du Darién, lui manque : « Ensuite on vieillit et ça devient comme un boulot ».
Une fois sur la côte anglaise, il lui resterait à marcher jusqu'à Hull. Il vise le 1er novembre 2026, vingt-huit ans jour pour jour après son départ, selon u-Trail, qui précise que ce calendrier reste un objectif soumis à la réussite de la traversée. Sa mère, Angela, a prévu de l'attendre devant la maison.
Ce qu'on ne sait pas encore
La date du 1er octobre 2026 est passée, et aucune des pages lues pour ce texte ne dit si Karl Bushby est entré dans l'eau. Nous avons cherché à la date de rédaction, sans trouver de compte rendu de départ ni de renoncement. La plus récente de ces pages, la chronique de la RTBF du 1er octobre, parle encore de la nage au futur.
Les distances varient aussi : 49 110 kilomètres sur son site au 30 août 2026, « près de 49.000 » pour Notélé, 50 000 pour l'AFP. Toutes viennent de lui ou de son entourage, sans mesure indépendante.
La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.