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Le consentement se règle avant le premier mot, et le Melbourne Fringe en fait un spectacle

Au Melbourne Fringe, Yes, Sir! est un spectacle de poésie parlée réservé aux adultes, noté cinq étoiles sur cinq par The AU Review pour la place qu’il donne au consentement. Il se joue jusqu’au 6 octobre 2026.

Illustration : Reflets / Strugggl

Avant même que le performeur Andrew Rose ait dit un mot, chaque spectateur de Yes, Sir! reçoit un bandeau pour les yeux, qu’il est libre de laisser dans son enveloppe. Ce spectacle de poésie parlée pour adultes se joue au Melbourne Fringe, dans la salle en sous-sol du bar Wheat, Wine & Whisky, jusqu’au 6 octobre 2026. The AU Review lui a donné cinq étoiles sur cinq le 3 octobre.

Un cadre posé à l’entrée

Le critique Alaisdair Leith a vu le spectacle le vendredi 2 octobre 2026. Il décrit une salle basse de plafond, avec une scène, des banquettes, des tables hautes et son propre bar, et une proximité telle qu’un mot d’arrêt murmuré serait entendu. Avant le premier poème, le performeur donne au public les consignes pratiques : où sont les toilettes, quand boire sans faire de bruit, et comment approuver un texte, par des claquements de doigts ou une exclamation à voix haute.

Le bandeau, lui, reste dans son enveloppe tant que personne ne le demande. Rien n’est imposé. Leith y voit « the first of many choices » que le spectacle remet aux spectateurs.

Le premier geste de la soirée est donc de laisser dire non.

Rose explique aussi à la salle un code de signaux par couleurs, avec, d’après la critique, une patience de professeur. Leith juge ce passage drôle et utile : quand la poésie commence, le public connaît déjà le vocabulaire du spectacle et n’a plus à le deviner. La plupart des clauses de consentement se signent sans être lues ; celle-ci se récite à voix haute devant des inconnus.

Un mot d’arrêt pour aller plus loin

Selon la page du festival, Yes, Sir! est une performance solo qui suit un homme gay dans la reconquête de son propre récit et défend l’idée que l’identité n’a rien de honteux. Elle est classée dans la rubrique « Words & Ideas » et réservée aux plus de 18 ans. Le texte du festival avertit d’un contenu mature et d’un vocabulaire cru, puis dresse une longue liste d’avertissements, de l’intimidation aux violences conjugales et à l’homophobie.

Pour Leith, un poème compte plus que les autres : celui du mot d’arrêt. Rose y raconte une rencontre où, sous le coup de la détresse, il n’a pas retrouvé ce mot, puis plaide pour qu’un mot d’arrêt soit la condition de toute exploration. La formule du critique est nette : « You can only push limits if you can pull the cord. »

Rose affirme aussi, d’après la critique, que celui qui néglige les soins apportés à l’autre après la rencontre n’a rien à faire dans le rôle de celui qui mène. Leith y lit « an ethic, delivered like a commandment ». Une autorité qui se juge à ce qu’elle fait une fois la scène terminée, et non à la voix qu’elle prend pendant, c’est une idée de cadre plutôt que de pouvoir.

Un autre passage, selon le critique, tourne autour de la fragilité de l’ego que l’autorité peut cacher, et du coût émotionnel de celui qui tire du pouvoir d’un partenaire en sachant ce qu’il risque de briser. Leith précise que les scènes du spectacle sont présentées comme négociées, mais jamais sans conséquence. Son verdict final tient en une phrase : « the consent-first scaffolding never feels like a disclaimer bolted on for safety ». Il ajoute que le spectacle est précisément cela. Il ouvre sa critique en parlant de « the most disarmingly honest hour of the Melbourne Fringe ».

Les soins après la rencontre, lus par un psychologue

Ce que Rose range sous le mot « soins » a un équivalent dans la littérature de psychologie. Le 9 juillet 2024, le psychologue clinicien David J. Ley a consacré un billet de blog de Psychology Today à une question simple : les soins apportés à un partenaire après une rencontre font-ils partie du consentement ? Il décrit ces soins comme une étape négociée à l’avance, où la personne dit de quoi elle aura besoin pour retrouver le calme.

Ley cite l’auteur Pitagora (The New School Psychology Bulletin, 2013), pour qui ces soins peuvent être vus comme « integrated within the overarching theme of consent », au même titre que la négociation et le mot d’arrêt. Il cite aussi une étude de 2022 sur les expériences non consenties dans une communauté de pratiques alternatives : l’absence de soins y figurait parmi les signes que les participants donnaient pour dire qu’une expérience n’avait pas été consentie. Selon Ley, négliger les besoins d’un partenaire avant, pendant et après l’expérience peut être perçu comme « a sign that there had been a lack of full consent ».

Les limites comptent. Il s’agit d’un billet de blog, donc de l’avis d’un clinicien qui a aussi été expert dans des affaires judiciaires, et non d’un article évalué par des pairs. Il ne donne ni taille d’échantillon ni méthode pour l’étude de 2022. Ley note lui-même que l’absence de ces soins n’est pas clairement liée au regret ressenti après une rencontre.

Il étend ensuite l’idée aux rencontres sans lendemain. Il s’appuie sur une étude de 2018 de de Jong, Adams et Reis : quand les motifs des personnes étaient clairs, conscients et cohérents, le regret après la rencontre était plus faible. Sa conclusion est une recommandation. Il souhaite que les soins après la rencontre fassent partie de toute relation, quelle qu’elle soit.

À Victoria, la loi demande de vérifier

La critique ne parle pas du droit, et le rapprochement qui suit est celui de cette rédaction. Le spectacle se joue dans l’État de Victoria, où le Parlement a adopté le 30 août 2022 une loi qui introduit le consentement affirmatif dans le Crimes Act. D’après l’ABC, ce modèle fait peser sur la personne mise en cause la charge de confirmer qu’elle a obtenu le consentement, au lieu d’examiner la conduite de la victime. Le texte venait d’un rapport de la commission de réforme du droit de l’État, qui formulait 91 recommandations et relevait que plus de 85 % des agressions n’étaient pas signalées à la police.

Selon le cabinet Moores, la loi définit désormais le consentement comme un « free and voluntary agreement ». Elle précise qu’une personne ne consent pas du seul fait qu’elle ne résiste pas, ni parce qu’elle a déjà consenti à un autre moment. L’accord d’hier ne vaut pas pour aujourd’hui, ce qui revient à dire que chaque accord est à renouveler. Cinq circonstances ont été ajoutées où il ne peut y avoir de consentement valable, dont l’abus d’une relation d’autorité ou de confiance.

Saxon Mullins, militante d’une association de défense des victimes, a défendu le principe devant l’ABC : « If you want to say you had a reasonable belief that someone was consenting, you have to find out. » Elle ajoute : « You can’t just assume based on silence. »

La réception a été partagée. La présidente du Law Institute of Victoria, Tania Wolff, a jugé les modifications « convoluted and difficult » et a craint des jurys plus souvent incapables de trancher. Pour elle, « we actually just need to use it effectively and we need to have education that precedes it ». L’association des avocats pénalistes, la Criminal Bar Association, estimait que le modèle de consentement communiqué déjà en vigueur était « working as intended and should not be further amended ».

Les deux camps s’accordent sur un point que le spectacle met en scène : le consentement se vérifie, et il se vérifie avant. Il aura fallu une loi pour écrire noir sur blanc ce qu’un performeur demande à sa salle avant le premier poème.

Ce que l’on ignore encore

Une seule critique est ressortie des recherches du 3 octobre 2026. Elle est signée par un spectateur qui a assisté à une seule représentation, le vendredi 2 octobre, et qui attribue la note maximale, ce qui n’autorise aucune conclusion sur les autres soirées ; ce n’est ni une mesure de ce que le spectacle fait à son public, ni une étude de la façon dont des adultes négocient leurs limites. Le récit de Rose est celui d’un homme. Il ne permet pas de généraliser.

Les sources ne s’accordent pas sur la durée : la page du festival parle d’une heure, la critique d’un peu plus de quarante minutes. Le texte du festival est aussi un texte promotionnel, qui promet une soirée faite pour émouvoir et amuser, et ne dit pas qui l’a rédigé.

Le spectacle se joue jusqu’au 6 octobre 2026, selon la critique. La page du festival ne listait aucune séance au moment de sa lecture, le 3 octobre 2026, ce qui empêche de recouper ces dates.

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.