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Aitana López, l’influenceuse de Barcelone qu’une agence a inventée

Cheveux roses, 27 ans, près de 400 000 abonnés : Aitana López n’existe pas. Une agence barcelonaise l’a créée pour ne plus dépendre des mannequins.

Fin mai 2026, Fast Company consacrait un article à Aitana López, « 400 000 abonnés sur Instagram, de gros contrats avec des marques ». Sur son fil : des séances de Pilates, des shootings, des photos de festival. Elle a 27 ans, elle est Scorpion, ses cheveux sont teints en rose avec les racines qui repoussent. Et elle n’existe pas.

Ses créateurs, l’agence barcelonaise The Clueless, l’appellent une « âme virtuelle ». Ses comptes réunissent près de 400 000 abonnés, et une équipe de onze personnes travaille derrière elle.

Née d’une mauvaise passe

Aitana est apparue en 2023, à un moment difficile pour l’agence. Son fondateur, le designer Rubén Cruz, manquait de clients. « Nous avons analysé notre façon de travailler et compris que beaucoup de projets étaient suspendus ou annulés pour des raisons qui ne dépendaient pas de nous. Souvent, c’était la faute de l’influenceur ou du mannequin », expliquait-il à Euronews. L’agence a donc créé sa propre influenceuse, à proposer aux marques. « Pour ne pas dépendre d’autres personnes qui ont des ego, des manies, ou qui veulent juste gagner beaucoup d’argent en posant. »

Les images sont produites avec l’IA et retouchées sous Photoshop. Chaque semaine, l’équipe se réunit pour décider de la vie d’Aitana : ce qu’elle fera, où elle ira, quelles photos seront publiées. « Le premier mois, nous avons compris que les gens suivent des vies, pas des images », raconte l’équipe à Euronews. Il fallait donc lui donner un peu de réalité, et une histoire.

Diana Núñez, cofondatrice et directrice générale, détaille cette histoire à Fast Company : une famille, un chat, un signe astrologique, un film préféré, un béguin pour l’acteur Jacob Elordi. Ses cheveux roses et son côté gameuse ont été choisis après une étude des tendances : « Nous l’avons créée à partir de ce que la société aime le plus », résume Rubén Cruz. Même son prénom contient « AI », le sigle anglais de l’intelligence artificielle.

Ce que cela rapporte

Selon ses créateurs, Aitana peut gagner jusqu’à 10 000 euros par mois, autour de 3 000 euros en moyenne, et un peu plus de 1 000 euros par publicité. Elle a été le visage d’une marque de compléments sportifs. En 2024, elle a même siégé dans le jury du premier concours Miss AI.

La recette a aussi ses critiques : la perfection irréaliste des modèles, qui pourrait peser sur les plus jeunes, et leur image très sexualisée. L’agence répond qu’elle suit l’esthétique déjà imposée par les influenceuses réelles et par les marques : « Si nous ne la suivons pas, les marques ne seront pas intéressées. »

L’acteur qui voulait un rendez-vous

Le succès d’Aitana tient en une anecdote. « Un jour, un acteur latino-américain connu lui a écrit pour l’inviter à sortir. Il a environ 5 millions d’abonnés, et certains d’entre nous regardaient sa série enfants », racontait Rubén Cruz à Euronews. « Il n’avait aucune idée qu’Aitana n’existait pas. » Selon Euronews, elle reçoit chaque semaine des messages de célébrités qui lui proposent un rendez-vous.

La défiance envers l’IA n’arrête pas le phénomène pour autant. Selon une enquête de la plateforme Whop citée par Fast Company, près de la moitié des étudiants de la génération Z suivent au moins un influenceur IA. L’agence le formule à sa façon : on suit une vie, même quand on sait qu’elle est écrite en réunion chaque semaine.