La bola negra dépasse Ocho apellidos catalanes et s'installe derrière Lo imposible
Le film de Javier Calvo et Javier Ambrossi, inspiré d'un texte inachevé de Lorca, a réuni 36,7 millions d'euros au 1er novembre 2026. Il ne reste devant lui que Ocho apellidos vascos et Lo imposible.

La bola negra, le drame de Javier Calvo et Javier Ambrossi inspiré d'un texte inachevé de Federico García Lorca, est devenu le troisième film espagnol le plus rentable de l'histoire en salles. Il avait réuni 36,7 millions d'euros au 1er novembre 2026, selon les chiffres de Rentrak relayés par Euronews. Movistar Plus, qui l'a produit, annonce de son côté plus de cinq millions et demi de spectateurs.
Derrière Ocho apellidos vascos et Lo imposible
Seuls deux titres font mieux. Selon Mundiario, qui cite Rentrak, Ocho apellidos vascos, la comédie d'Emilio Martínez-Lázaro, a rapporté 55,4 millions d'euros, et Lo imposible, le drame de survie de J. A. Bayona, 42,4 millions. En chemin, La bola negra a laissé derrière lui Ocho apellidos catalanes (35,5 millions) et Torrente presidente (28,1 millions), l'autre gros succès national de 2026.
Six semaines de salles ont suffi.
Movistar Plus précise qu'il a occupé chaque jour la première place du box-office national, sur 552 écrans, et qu'il a dépassé les entrées de Spider-Man: Brand New Day et de La Odisea, le film de Christopher Nolan. D'après Mundiario, ces deux superproductions ont attiré 5,4 et 5 millions de spectateurs. La note de Movistar Plus vient du producteur lui-même, qui diffusera le film sur sa plateforme après les salles : c'est la source du chiffre de 5,5 millions, pas un décompte indépendant.
Le montage de production explique une partie de ce parcours. La bola negra est un Original Movistar Plus et Suma Content Films, coproduit avec El Deseo et Le Pacte, avec la participation d'Atresmedia, et distribué en salles espagnoles par Elastica.
Quatre pages de Lorca, trois époques
Le titre vient d'un texte inachevé de Lorca, quatre pages seulement d'un possible roman selon Variety. Un fils de la haute société de Grenade y tente d'entrer dans un cercle local, et le comité l'écarte par un vote à boules, blanches pour oui, noires pour non, parce qu'il le soupçonne d'aimer les hommes. Lorca a été fusillé pendant la guerre civile espagnole peu après avoir commencé à l'écrire.
Le film part de cette scène et tisse trois récits, en 1932, en 1937 et en 2017. Celui de 1937 en forme l'épine dorsale : un trompettiste républicain, joué par le musicien Guitarricadelafuente dont c'est le premier rôle à l'écran, survit à un bombardement en rejoignant l'armée nationaliste. Penélope Cruz y joue une chanteuse de cabaret en temps de guerre, Glenn Close une spécialiste américaine de Lorca dans une brève apparition, et Lola Dueñas figure au générique.
Le film dure 159 minutes, ce que le critique de Variety, Guy Lodge, range parmi ses défauts dans un compte rendu publié le 21 mai 2026, après la projection cannoise.
La strate de 2017 suit un historien, Alberto, joué par Carlos González, qui vit ouvertement avec son compagnon Juan Pablo, interprété par l'humoriste et cinéaste Julio Torres. Celle de 1937 met le trompettiste face à Rafael Rodríguez Rapún, joué par Miguel Bernardeau, que Variety présente comme le footballeur et soldat qui fut l'amant de Lorca. Dans une brève apparition à la fin, Lorca lui-même dit en anglais dans le texte de Variety : « This land has too many love stories buried in its fields ».
Un marché qui remonte sans retrouver ses salles pleines
Le succès tombe sur un marché en reprise. Les chiffres présentés par Rentrak au marché du cinéma indépendant Merci, à Valladolid, donnent 489,4 millions d'euros de recettes pour les 41 premières semaines de 2026. C'est 40 % de plus que l'an passé à la même période et 8 % de plus que la moyenne des années 2017 à 2019.
Les productions nationales y pèsent lourd. La bola negra, Torrente presidente et le film d'animation Tadeo Jones y la lámpara maravillosa réunissent près de 60 % de la recette du cinéma espagnol cette année, selon Mundiario.
Les entrées racontent autre chose que les euros. De janvier à septembre, elles ont augmenté de 29 %, mais restent 13 % sous la moyenne de 2017 à 2019. Les recettes progressent donc plus vite que la fréquentation.
David Rodríguez, directeur général de Rentrak España, a dit que « era imposible prever la magnitud de su éxito » avant la sortie, même si le film réunissait tous les ingrédients d'un grand succès. Il ajoute que d'éventuelles nominations aux Goya et aux Oscars pourraient prolonger sa vie en salles.
Un public plus jeune et plus féminin que celui du drame
Le détail le plus parlant tient à la salle. Une étude de Rentrak pour Cinequest, citée par Mundiario, indique que 39,2 % des personnes interrogées avaient moins de 35 ans, contre 25,1 % d'ordinaire pour un drame. Les femmes représentaient 62,1 % du public sondé. La taille de l'échantillon n'est pas donnée dans l'article.
Parmi 55 titres des distributeurs d'Adicine, La bola negra arrive en tête pour la transformation de l'intérêt avant sortie en intention réelle d'aller le voir. Joaquín Vegas, responsable de l'analyse clients chez Rentrak, résume : « El boca a boca ha sido tremendo ». Le film est distribué par Elastica Films, société indépendante, et selon Euronews son succès renforce le rôle des indépendants sur le marché espagnol.
Une critique plus partagée que la caisse
Le film a été présenté en compétition à Cannes le 21 mai 2026. Variety rapporte une ovation debout et un prix de la mise en scène partagé pour Calvo et Ambrossi. Movistar Plus ajoute trois prix du public : à Toronto, à Saint-Sébastien et à Busan.
Le verdict de Guy Lodge est plus réservé. Pour lui, le film trouve parfois une note poétique digne de Lorca, mais se lit plus souvent comme un mélodrame boursouflé, aux thèmes écrits en gros. Il juge la brève apparition de Glenn Close si appuyée qu'elle sonne presque comme un message d'intérêt général. Il salue aussi un cinéma où il y a « enough confidently muscular filmmaking here » pour suivre la suite de la carrière des deux réalisateurs, et pense que le film trouvera son public en Espagne comme à l'étranger.
Variety décrit les deux réalisateurs comme un petit empire du divertissement queer dans leur pays. Leur premier long métrage, Holy Camp!, comédie musicale décalée de 2017, ne laissait guère prévoir une sélection en compétition à Cannes, note le critique.
Lodge reproche aussi aux personnages d'être restés plutôt plats malgré des trajectoires qui se croisent avec soin, et à la référence à Lorca de basculer parfois dans le kitsch. Il garde pourtant une phrase pour l'énergie de la séquence d'ouverture, qui suit le trompettiste fuyant son village bombardé, entre tirs, décombres et eau.
Sa conclusion est plutôt tendre : le film ne passe pas en silence, et c'est son propos, car cet excès rend hommage à des ancêtres queer qui n'ont jamais pu vivre à voix haute.
Netflix aux États-Unis, Movistar Plus en Espagne
Le film a un acheteur américain. D'après Variety, Netflix a obtenu les droits des États-Unis à Cannes après une bataille d'enchères, puis ceux du Canada. Le film passe d'abord par les salles américaines, puis arrive sur la plateforme le 2 décembre, soit 47 jours de fenêtre exclusive en salles, la plus longue que Netflix ait donnée à un titre. Variety range le film parmi les priorités de la plateforme pour la saison des récompenses. Variety rappelle que le précédent record était de 30 jours pour Marriage Story en 2019, devant 27 jours pour The Irishman la même année.
En Espagne, c'est Movistar Plus qui diffusera le film en exclusivité après les salles, sans date annoncée au moment où SensaCine écrit. Son directeur des contenus, Juan Andrés García Ropero, y voit la raison de l'accord avec Netflix : la vente aux États-Unis « nos da una visibilidad internacional » et « nos coloca en el camino a los Oscar por segunda vez ».
Dans le même compte rendu, Variety juge Penélope Cruz, en chanteuse de cabaret enveloppée d'un boa de plumes, bien plus amusante dans son soutien aux personnages masculins que le rôle de Glenn Close. Penélope Cruz, qui a reçu l'Oscar du meilleur second rôle féminin pour Vicky Cristina Barcelona, devait recevoir un prix d'hommage spécial au festival de Toronto, où le film était présenté, d'après Variety.
La bola negra est la candidate de l'Espagne à l'Oscar du meilleur film international. SensaCine écrit qu'il faudra attendre janvier pour savoir s'il figure parmi les nommés.
Pour le public français, Le Pacte, coproducteur du film, affiche sur son site la sortie en France au 16 décembre.
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