196 versions et un mot inventé : U2 consacre une chanson à Rosalía sans l'avoir jamais rencontrée
Le 7 octobre 2026, Rosalía a raconté sur NBC que Bono lui avait écrit pour vérifier des mots espagnols d'une chanson de U2 qui porte son nom. Le titre a connu 196 versions avant l'album du 13 novembre.

« I don't know Bono, but he texted me. » Le 7 octobre 2026, dans The Tonight Show de NBC, la chanteuse espagnole Rosalía a raconté que le chanteur de U2 lui avait écrit pour savoir si certains mots de la chanson qu'il lui consacre avaient un sens. Elle s'intitule « The Mirror Maker (Rosalía) » et occupe la quatrième place de l'album Carnaval De Luz, attendu le 13 novembre 2026.
Un message de Bono, et un mot qui n'existe pas
Jimmy Fallon l'a questionnée dès les premières minutes. Rosalía a d'abord répété le nom du chanteur, « Bono », en secouant la tête, avant de lâcher « that's crazy », selon Billboard.
Elle ne le connaît pas, a-t-elle précisé. Il lui a simplement écrit : il avait un nouveau projet, une nouvelle chanson, et il voulait savoir si certains mots avaient un sens.
Un mot l'a arrêtée. Bono voulait l'employer dans la chanson, et Rosalía ne l'avait jamais entendu. Elle a cherché : « it didn't exist in standard Spanish », a-t-elle dit à Fallon. Sa réponse tient en une phrase : « feel free to invent your own language ».
Fallon a cru entendre de la marmelade, raconte Billboard. Les trois articles américains qui rapportent la scène écrivent le mot de trois façons : « marmolay » chez Billboard, « marmolé » chez Stereogum, « mamole » chez Rolling Stone. Stereogum note qu'il ignore la bonne orthographe, puisque le mot n'est pas réel.
La chanteuse a qualifié l'épisode d'« insane » et de « mind-blowing ». Elle a ajouté : « when I was a kid I used to hear his songs », puis elle a chanté un bout de With Or Without You, numéro un du Billboard Hot 100 en 1987.
Stereogum souligne une limite : on ignore si ces mots inventés figurent dans l'enregistrement final.
Une démo de 2017 devenue sa 196e version
La chanson n'est pas née pour Rosalía. Selon le récit du producteur Garret « Jacknife » Lee dans la couverture de Rolling Stone consacrée à U2, elle a commencé vers 2017 comme une démo de The Edge, le guitariste du groupe, intitulée Kuti Rocker en référence à Fela Kuti, pionnier de l'afrobeat. Elle s'est aussi appelée Delilah, puis Child of the Age.
À peu près à la moitié des 196 versions, selon le décompte de Lee, la chanson a trouvé son sujet. Lee se souvient que le groupe s'est alors demandé : « Why are we singing about Rosalía? » Et encore : « How is it relevant? »
Le son a changé en route. La chanson a démarré comme un morceau de rock électrique, et le groupe a voulu la ramener vers les guitares acoustiques de l'époque Ziggy Stardust de David Bowie. Lee explique pourquoi : « Rock & roll can be quite masculine, and it's off-putting when it's too masculine. » Il cite Bowie et T. Rex comme modèles de ce contrepoids. Une autre idée a été écartée en chemin : le groupe a envisagé que Rosalía chante elle-même sur le titre. Lee raconte avoir conclu qu'il n'y avait aucune raison : « why would somebody sing on a song about them? » Le morceau s'ouvre donc sur la voix de fausset de Bono, qui imite, dit-il, le soprano de la chanteuse (« impersonating her soprano »).
« The version that we're using on the album is the 196th version », dit Lee, « with completely different lyrics ». Les paroles de la version retenue diffèrent donc de celles des versions précédentes, ce qui laisse ouverte la question du mot inventé.
Chanter une artiste vivante plutôt qu'un héros disparu
Bono présente la chanson comme une exception dans le répertoire de U2. « We normally just write songs about people in jail or dead people », dit-il à Rolling Stone, avec le sourire. Cette fois, ajoute-t-il : « This is just celebrating somebody just because they're an extraordinary artist. »
Le titre vient d'une idée qu'il développe dans le même entretien. Il commence par un aveu sur son propre métier : « it's very easy to get lost in the mirror there », dit-il, à propos de l'écriture et de la conviction que ses idées intéresseront quelqu'un. Pour lui, certains artistes veulent traverser le miroir : « there are artists who want to go through the mirror and see what's on the other side of the mirror. » Il range Rosalía parmi eux, avec Patti Smith, qui comptait pour lui dans sa jeunesse.
Le miroir, ici, est donc autant celui de l'auteur que celui de son sujet.
Son attrait pour la chanteuse passe par Lux, l'album qu'elle a publié en 2025. Selon Complex, qui reprend l'entretien le 29 septembre 2026, Bono y a trouvé plusieurs thèmes qu'il comptait lui-même explorer. « She's arrived at the same point just before us, which is annoying and also really inspiring », dit-il. Le titre même joue sur l'écho entre lux et luz, deux mots qui signifient lumière, et Bono parle d'une même ambition : « the re-enchantment of the world » par l'art.
Il admet un décalage de calendrier. Le morceau a mis si longtemps à mûrir que la chanteuse est devenue célèbre entre-temps : « It's just a little embarrassing that she became so popular before we put out the song », dit-il, selon NME.
Demander la permission avant de dédier
Pour Bono, publier une chanson au nom de Rosalía sans son accord n'était pas envisageable. Il ne savait pas comment la joindre et a appelé leur amie commune, l'actrice Penélope Cruz. Elle lui a répondu, raconte-t-il : « Just call her ». Bono, lui, se voyait mal dans ce rôle : « I look like a stalker ».
La chanteuse a bien accueilli la démarche. Selon Bono, elle a été « really encouraging, and made me laugh a lot ». Les deux se sont écrit et ont parlé de leur admiration commune pour le poète espagnol Federico García Lorca.
Ils ne se sont jamais vus. Au moment de l'entretien, Bono hésitait encore à lui envoyer la version finale : « I sort of don't think I could meet her now. I'm just working up courage to send her the final mix. »
Les deux versions du récit se complètent. Bono raconte qu'il craint de passer pour un harceleur, Rosalía raconte qu'elle a fait des recherches sur un mot pour l'aider, puis qu'elle l'a laissé libre d'en inventer un autre.
Lux, l'album qui a attiré Bono
Lux est le quatrième album studio de Rosalía. Selon Billboard, il est entré à la quatrième place du Billboard 200 et a pris la première place de cinq classements du magazine, dont ceux des albums classiques et des musiques du monde. La chanteuse l'a enregistré en 13 langues, avec une production orchestrale ; NME y ajoute des voix et de l'électronique. Billboard rappelle aussi qu'elle a été nommée femme de l'année lors de son événement Latin Women in Music 2026. Bono, de son côté, dit avoir été frappé par la façon dont l'album aborde la spiritualité.
Le chiffre sert de blague dans la bande-annonce de Saturday Night Live. Le comédien Kenan Thompson y propose de faire un album qui mêle pop et musique classique en 14 langues, et Rosalía répond, imperturbable : « That's LUX, my album. I already made that. » Thompson dit 14 langues, Billboard en compte 13.
La tournée de Lux a aussi servi de laboratoire d'écoute. Un segment appelé El Confesionario y faisait monter sur scène des invités, dont Chappell Roan, Karol G et Marcello Hernández, pour des confessions avant le titre La Perla. Rosalía en parle à Fallon avec plaisir : « I just love listening to other people's stories ».
Le geste de Bono prolonge cette logique d'attention. Un chanteur de rock de renommée mondiale choisit de parler d'une artiste de la génération suivante et attend qu'elle l'autorise, au lieu de l'annoncer.
Trois rendez-vous en cinq semaines
Le calendrier s'accélère. Le 10 octobre 2026, Rosalía est invitée musicale de Saturday Night Live, présenté par Shane Gillis. C'est sa deuxième apparition dans l'émission : la première date de mars 2022, pour Motomami, avec Chicken Teriyaki et La Fama, selon Billboard.
Le 16 octobre, elle figure sur Where Is Gone?, un titre de Dopamine Chamber, cinquième album de Fontaines D.C., qui sort chez XL Recordings, rapporte NME.
Le 13 novembre, U2 publie Carnaval De Luz, son seizième album studio et le premier en neuf ans, selon Complex. Rosalía ne chante pas sur « The Mirror Maker (Rosalía) ». À la date de l'entretien de Rolling Stone, Bono n'avait pas encore osé lui envoyer le mixage final.
Sources
- U2 Interview: Making New Album 'Carnaval De Luz', Rolling Stone
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