RefletsL’actualité · Esprit et profondeur

Un programme de compassion devance la pleine conscience chez 503 personnes touchées par un cancer

À l'ESMO 2026, l'hôpital Clínic de Barcelone a présenté un programme de huit semaines qui entraîne la compassion et fait mieux que la pleine conscience sur 503 personnes. Les groupes n'ont pas été tirés au sort.

Un programme de compassion devance la pleine conscience chez 503 personnes touchées par un cancer
Illustration : Reflets / Strugggl

L'oncologue Begoña Mellado, de l'hôpital Clínic de Barcelone, a présenté au congrès de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO), tenu à Madrid du 23 au 27 octobre 2026, un programme de huit semaines qui entraîne la compassion. Sur 503 personnes touchées par un cancer, il a fait reculer la dépression et l'anxiété davantage que la pleine conscience seule, mais les groupes n'ont pas été tirés au sort.

Trois groupes, huit semaines, une définition

Begoña Mellado est oncologue médicale à l'hôpital Clínic, chercheuse à l'IDIBAPS et professeure titulaire à l'Université de Barcelone. Le Compassionate Mind Training (CMT, entraînement de l'esprit compatissant) est un cours structuré de huit semaines. Selon l'hôpital Clínic, il combine pleine conscience et entraînement à la compassion, pour donner aux personnes touchées par un cancer des outils face à la détresse émotionnelle qui accompagne la maladie.

L'hôpital a présenté à l'ESMO plus de trente contributions, dont deux communications orales mises en avant : celle-ci et l'analyse finale de survie d'un essai sur le cancer du foie. L'étude s'intitule « Compassionate Mind Training for Emotional Distress Management in Oncology Patients and Their Families: A Multicenter Prospective Study ». Elle a été dirigée par Begoña Mellado et Tamara Saurí, avec le Dr Maria Vidal et les psychologues Marcial Arredondo, Ruth Carpio et Clara López-Solà, au sein du programme ONCOR de l'hôpital, en collaboration avec le programme DOMUM, l'institut de recherche IDIBAPS, l'Université de Barcelone, l'Institut catalan d'oncologie et l'hôpital universitaire Dr Josep Trueta.

Le texte de l'hôpital, daté du 26 octobre 2026, est la source principale de ce compte rendu, et l'hôpital est aussi l'auteur de l'étude : le résultat est présenté par ceux qui l'ont obtenu. L'établissement porte par ailleurs l'accréditation « ESMO Designated Centre of Integrated Oncology and Palliative Care ».

Les 503 participants, patients, proches et aidants, ont été divisés en trois groupes. Le premier a suivi le CMT, le deuxième un programme de pleine conscience, le troisième, sans intervention, servait de groupe témoin. Une dépêche reprise par Infobae le 27 octobre 2026 parle d'une liste d'attente et précise que plus de 80 % des participants étaient des patients atteints de cancer.

Le CMT a été mené à terme par 75,8 % des participants.

Le programme de pleine conscience a obtenu 76,3 %, presque le même taux, ce qui écarte l'idée que la compassion se serait payée en abandons. Aucun abandon n'est attribué à un malaise émotionnel causé par l'intervention, et 90,2 % des participants n'ont signalé aucun préjudice perçu.

Pour Begoña Mellado, « La compasión la entendemos como la motivación y la acción para atender el sufrimiento ». Le programme entraîne autant le soin de soi que la capacité de recevoir ou d'offrir celui des autres, ajoute-t-elle. Cette définition comporte un geste, et pas seulement un regard attentif : agir sur ce qui fait souffrir, pour soi comme pour autrui.

Ce qui a reculé, et par rapport à quoi

Après huit semaines, le groupe CMT affichait moins de dépression, moins d'anxiété et moins de détresse psychologique. Il progressait aussi en autocompassion et en décentrage, c'est-à-dire la capacité de prendre de la distance avec des pensées et des émotions difficiles. Trois mesures, donc, en tête de la dépêche. La qualité de vie s'améliorait, de même que des symptômes courants comme la fatigue, la douleur et l'insomnie.

Ces progrès dépassent ceux du groupe témoin et ceux du groupe pleine conscience, y compris après correction pour comparaisons multiples. La seconde comparaison est la plus instructive. Se distinguer d'un groupe sans intervention demande peu. Se distinguer d'un autre programme de méditation suppose que la compassion ajoute quelque chose à l'attention seule, et c'est ce que l'équipe avance : ses résultats suggèrent, selon Begoña Mellado, qu'entraîner explicitement la compassion peut devenir un outil utile, sûr et applicable pour le bien-être émotionnel et la qualité de vie des personnes atteintes de cancer.

Un mot, d'abord. La dépêche ouvre sur « Un nuevo estudio ha demostrado » que le programme réduit la dépression et l'anxiété. Les chercheurs, eux, parlent de résultats prometteurs qui doivent être confirmés par des essais cliniques randomisés. Entre « démontré » et « prometteur », la distance est celle qui sépare un titre d'un protocole.

Pas de tirage au sort, pas d'écart chiffré

Le plan d'étude est prospectif et multicentrique, mais non randomisé. Dans un essai de ce type, rien ne garantit que les trois groupes se ressemblaient au départ, et ni le texte de l'hôpital ni celui de la dépêche n'indiquent comment les personnes ont été réparties entre le programme de compassion, la pleine conscience et l'absence d'intervention.

Ils ne donnent pas non plus la taille de chaque groupe, l'ampleur des écarts, le financeur ni une revue : l'étude a été présentée à un congrès, et aucune publication n'est citée.

Dans la même dépêche, un autre travail présenté à l'ESMO porte sur une alimentation d'au moins 30 types de plantes différentes par semaine pendant les premières semaines d'immunothérapie. Il compte 54 patients évaluables. Son auteure, Marthe Verhaert, de l'université VUB à Bruxelles, juge ses résultats initiaux prometteurs et reconnaît qu'il faut encore mieux comprendre ce que signifient les changements observés dans le microbiote. Le ton de prudence est le même des deux côtés de la dépêche, ce qui rend le verbe « démontrer » du début d'autant plus voyant.

Les textes ne disent pas laquelle de ces mesures, l'autocompassion ou le décentrage, explique l'écart avec les deux autres groupes, ni si l'une des deux l'explique.

Un précédent plus petit, sans groupe de comparaison

Une autre équipe a testé une version plus courte de la même idée. Compassion With You (COMwithU) compte cinq séances individuelles de 60 minutes, en présentiel ou en visioconférence, centrées sur l'autocompassion, avec la présence compatissante du thérapeute et des pratiques qui étendent la compassion aux autres.

L'étude, enregistrée en Corée du Sud, est une étude de faisabilité à un seul bras, avec mesures avant, après et à un mois. Sur 44 personnes qui ont commencé, 37 ont suivi au moins trois séances sur cinq, soit un taux d'achèvement de 84,1 %. L'utilité du programme est jugée à 4,63 sur 5 en moyenne. L'anxiété, la dépression, le bien-être spirituel, la démoralisation et l'autocompassion se sont améliorés de façon significative, tandis que l'intolérance à l'incertitude n'a pas changé de façon significative.

Les effets les plus nets concernent la démoralisation et le bien-être spirituel. Chez les participants au-dessus du seuil de démoralisation au départ, 68,0 % ont montré une amélioration fiable et 56,0 % un changement cliniquement significatif au suivi. Le suivi à un mois a toutefois été complété par 30 personnes, soit 88,2 % des 34 qui sont allées au bout du programme, et non par les 44 du départ.

Sans groupe de comparaison, ce travail ne dit pas ce que ces personnes auraient ressenti sans les séances.

Son intérêt tient au cadre que ses auteurs posent. La détresse liée au cancer dépasse l'anxiété et la dépression : elle touche à la perte de sens, à l'impuissance, à l'incertitude et aux tensions dans les relations. La démoralisation et le bien-être spirituel, mesurés ici, ont rarement été examinés dans les interventions fondées sur la compassion en psycho-oncologie, selon eux. Ils demandent des essais randomisés pour évaluer l'autocompassion, les processus de compassion dans la relation et les résultats existentiels.

Ce que l'hôpital demande avant de généraliser

Begoña Mellado affirme : « Creemos que sí es viable incorporar este tipo de programas a la atención oncológica habitual ». Elle pose aussitôt des conditions : des professionnels formés, une évaluation préalable, un suivi, et une coordination avec les équipes de psycho-oncologie.

Elle ajoute que le soutien psycho-oncologique « debería formar parte de la asistencia habitual, no ser un recurso al que solo se llega cuando el sufrimiento es muy intenso ». Les interventions fondées sur la pleine conscience et la compassion peuvent compléter la prise en charge psychologique ou psychiatrique spécialisée, rappelle-t-elle, sans la remplacer lorsqu'elle est nécessaire.

Le CMT n'est pas la première intervention de pleine conscience à entrer dans l'actualité de la santé mentale. Un cours de pleine conscience en ligne, destiné à prévenir la rechute dépressive de femmes enceintes, relevait de la même famille d'interventions, mais avec une question différente : celle d'une rechute à éviter, non d'une détresse existentielle à traverser.

Les prochaines étapes annoncées par l'hôpital sont de consolider le déploiement du programme en pratique clinique et d'étudier les profils de patients et de proches qui pourraient en tirer le plus de bénéfice. Aucune date.

Sources

Rencontrer une femme spirituelle

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.