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Sur 2 912 Israéliens, croire qu'on sera dans les mémoires va de pair avec une meilleure santé mentale

Une enquête sur 2 912 adultes israéliens relie la croyance qu'on se souviendra d'eux à une meilleure santé mentale et à moins de comportements addictifs. Les auteurs précisent que les liens sont modestes et que rien ne prouve une cause.

Sur 2 912 Israéliens, croire qu'on sera dans les mémoires va de pair avec une meilleure santé mentale
Illustration : Reflets / Strugggl

Les adultes qui croient que d'autres se souviendront d'eux après leur mort déclarent aussi une meilleure santé mentale, selon une enquête menée auprès de 2 912 Israéliens et relayée en français par Ma Clinique le 2 novembre 2026. Ses auteurs écartent toute conclusion causale.

Une question simple, posée à 2 912 personnes

L'étude est dirigée par le Dr Uri Lifshin et le professeur Mario Mikulincer, du Centre israélien de toxicomanie et de santé mentale et du département de psychologie de l'Université hébraïque de Jérusalem. Elle est parue dans l'International Journal of Mental Health and Addiction. Nous n'avons pas pu ouvrir l'article de la revue : les chiffres ci-dessous viennent du compte rendu de Ma Clinique, un site d'information médicale, qui présente l'étude en français.

Les chercheurs étudient ce que la psychologie appelle l'immortalité symbolique, c'est-à-dire le sentiment qu'une part de soi perdurera à travers ses relations, ses réalisations, son identité ou son héritage. Le terme est trompeur : il ne s'agit ni de survie ni de croyance religieuse.

La mesure tient en peu de choses. Les participants ont dit s'ils pensaient que d'autres personnes se souviendraient d'eux après leur décès, par exemple à travers leurs réalisations ou leur héritage. Ils ont ensuite rempli des questionnaires sur la santé mentale, la consommation de substances, les dépendances comportementales, le soutien social, l'estime de soi et le sens de la vie.

Estime de soi, sommeil, relations : ce qui va avec la croyance

Plus le sentiment d'immortalité symbolique est fort, plus les personnes interrogées rapportent une grande estime de soi, un soutien social plus solide, un sens plus marqué à la vie et des relations plus sûres. Elles disent aussi moins de symptômes de dépression, d'anxiété et de stress post-traumatique, moins de problèmes de sommeil et moins de difficultés à réguler leurs émotions.

Le schéma se prolonge du côté des comportements addictifs. Croire plus fortement qu'on se souviendra de soi va avec une consommation problématique plus faible d'alcool, de cannabis et de médicaments d'ordonnance, ainsi qu'avec moins de jeu problématique, de jeux vidéo, d'usage des réseaux sociaux et d'internet.

Quant à la taille de l'effet, selon Ma Clinique, ces corrélations étaient « généralement modestes à faibles », mais constantes sur un large éventail de résultats. Un slogan qui promettrait de bien vivre en laissant une trace aurait donc de quoi se faire discret : la mesure est régulière, pas spectaculaire. Les auteurs, cités par le même compte rendu, formulent la chose avec prudence. Selon eux, le sentiment que notre vie compte et continuera de compter pour les autres « peut jouer un rôle important dans la façon dont nous faisons face à l’incertitude » et à la connaissance de notre propre mortalité. Leurs résultats suggèrent aussi que se sentir connecté aux autres, avoir un sens à la vie et croire que quelque chose de nous restera « peut aller de pair avec une meilleure santé mentale ».

Le sens plutôt que la foi

La distinction que les chercheurs tiennent à faire sépare l'immortalité symbolique de la croyance en une vie après la mort. Les deux sont liées, mais la seconde était étroitement associée à la religiosité et à la croyance en Dieu, sans être systématiquement associée à une meilleure santé mentale. L'immortalité symbolique, elle, reste liée aux mesures de santé mentale et de consommation même après prise en compte de la croyance en l'au-delà et de plusieurs facteurs démographiques.

Ce résultat rejoint, sans la répéter, une autre enquête du même milieu. Le 22 août 2026, le Jerusalem Post rapportait une étude de l'Université hébraïque parue dans la même revue, conduite par Aaron Cherniak, Dvora Shmulewitz et Mario Mikulincer sur des adultes juifs israéliens interrogés en février 2025. Elle comptait 3 000 personnes, et ses auteurs y trouvaient trois prédicteurs de meilleure santé mentale : un sens de la vie plus fort, moins de temps sur les réseaux sociaux et moins d'exposition à des contenus nocifs en ligne.

Une fois le sens de la vie et les habitudes numériques pris en compte, la religiosité ne prédisait plus de façon indépendante la santé mentale, sauf pour la consommation problématique de substances. Pour Cherniak, psychologue clinicien également ordonné rabbin, « being religious is not the whole story » : l'effet protecteur de la pratique religieuse passerait en grande partie par le sens qu'elle aide à cultiver.

Le sens, donc, mesuré par questionnaire.

Ce que le calendrier de l'enquête change

Les réponses ont été recueillies en février 2025, pendant la guerre dite des Épées de Fer. L'échantillon a été construit pour refléter largement la population juive adulte d'Israël selon le sexe, l'âge, la religiosité et la zone de résidence.

C'est à la fois une force et une limite. Une enquête menée en temps de guerre dit quelque chose de la manière dont des gens font face à la menace collective, mais elle ne dit pas ce qui se passerait ailleurs ou en temps de paix. Les auteurs signalent eux-mêmes que l'étude n'a été menée qu'en Israël, en période de conflit, et qu'il faudra la reproduire dans d'autres populations, dont on ne sait pas si elles ressemblent à ce public.

La mesure principale pose une seconde difficulté. Elle porte sur ce que les personnes croient du souvenir que d'autres garderont d'elles, pas sur ce que d'autres garderont de fait. Une personne très entourée et une personne très flattée peuvent répondre de la même façon, et le questionnaire ne distingue pas un sentiment fondé d'un sentiment confortable.

Reste le sens de la flèche. Les chercheurs préviennent que l'étude ne montre pas que croire qu'on se souviendra de soi produit une meilleure santé mentale, et que la relation pourrait fonctionner dans l'autre direction : une mauvaise santé mentale peut rendre plus difficile le sentiment de connexion, de sens ou de confiance dans son héritage, ce qui retournerait l'explication sans rien changer aux chiffres.

Une idée plus vieille que l'enquête

L'hypothèse ne sort pas de nulle part. Elle prolonge la théorie de la gestion de la terreur (terror management theory), développée par Jeff Greenberg, Sheldon Solomon et Tom Pyszczynski à partir du livre de l'anthropologue Ernest Becker, The Denial of Death, paru en 1973. Selon cette théorie, la conscience de la mort crée une angoisse que les gens gèrent en investissant des visions du monde partagées et une estime de soi, dont certaines valeurs offrent une immortalité symbolique : appartenir à un pays, une lignée, une espèce qui survivra à l'individu.

Des travaux plus anciens touchent directement à la question posée en 2026. Un texte de l'Ernest Becker Foundation rappelle une étude de 1998 de Florian et Mikulincer, ce dernier codirigeant l'enquête actuelle : des participants invités à réfléchir à la manière dont on se souviendrait d'eux après leur mort étaient ensuite protégés d'un rappel de leur mortalité. Elle va dans le sens de l'enquête israélienne.

La théorie a ses critiques. Wikipédia, dans sa synthèse des objections, range parmi elles l'idée que les résultats expérimentaux sont difficiles à reproduire, et que les réactions aux signaux de mort peuvent aussi s'expliquer par la peur de l'incertitude ou par la recherche de sens. Une théorie contestée n'invalide pas une corrélation de 2 912 réponses, mais elle invite à ne pas lire dans l'enquête une preuve du mécanisme.

Ce que les lecteurs en France peuvent en retenir

Aucun des résultats n'a été recueilli en France, en Belgique, en Suisse ou au Québec, et rien dans le compte rendu ne permet de dire s'ils s'y appliqueraient. Le lien entre estime de soi, soutien social et relations sûres d'un côté, sentiment d'être remémoré de l'autre, existe dans l'enquête. Savoir lequel entraîne l'autre est une question que les chercheurs laissent ouverte.

Pour les amateurs de pleine conscience, de retraites et de rituels, l'étude apporte une nuance utile : le sens se mesure, avec des échelles, et la foi n'en est pas le seul chemin. Elle ne dit rien d'une pratique en particulier. Aucune méditation, aucune cérémonie, aucun rituel de couple n'y est testé.

Les auteurs concluent que la santé mentale et les addictions pourraient tenir non seulement à des processus biologiques, cognitifs ou de personnalité, mais aussi à la mesure dans laquelle on sent avoir établi un but, un lien socioculturel et une signification qui peuvent survivre à sa propre mort. Ils demandent des recherches expérimentales et longitudinales pour savoir si l'immortalité symbolique joue elle-même un rôle causal. Le compte rendu n'annonce ni protocole ni calendrier.

Rencontrer une femme spirituelle

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.