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« Je m’éparpille moins, je choisis mes combats », dit une députée passée par la méditation à l’Assemblée
Le 28 septembre 2026, l’IÉSEG a présenté une étude sur la pleine conscience à l’Assemblée nationale : 77 participants entre 2018 et 2021, douze entretiens. Les personnes interrogées disent mieux se concentrer et mieux prioriser.

À l’Assemblée nationale, huit cycles de méditation de pleine conscience ont réuni 77 participants entre 2018 et 2021, dont 42 députés. L’IÉSEG School of Management a présenté le 28 septembre 2026 une étude fondée sur douze entretiens avec des personnes passées par ces cycles.
Douze voix, trois bénéfices
L’étude a été menée par les enseignantes-chercheuses Julie Bayle-Cordier et Caroline Rieu Plichon, avec Solenn Tynevez, diplômée de l’école, en collaboration avec le think tank Initiative Mindfulness France. Elle cherche à comprendre comment des députés et des assistants parlementaires qui ont suivi un programme de réduction du stress basée sur la pleine conscience (en anglais MBSR) perçoivent son effet sur leur vie professionnelle, sur leur vie personnelle et sur leur manière de décider.
Selon Julie Bayle-Cordier, les témoignages font ressortir trois bénéfices individuels : une meilleure concentration, une capacité accrue à prioriser, un rapport plus apaisé au temps et à l’incertitude. Une assistante parlementaire résume : « La Pleine conscience aide à se calmer et, par conséquent, à être plus concentré. »
Une députée décrit un changement dans sa façon de travailler : « Je m’éparpille moins, je choisis mes combats, je choisis les sujets. »
Une « bulle » où les clivages s’effacent
Les séances ont créé, selon l’étude, un espace où les rôles et les oppositions politiques pouvaient s’effacer un moment. Une participante parle d’une « bulle », d’un moment « en dehors du temps politique » où « tout était laissé de côté ». Les personnes interrogées évoquent aussi plus de bienveillance, de confiance et de qualité dans les relations, y compris entre députés de partis différents.
Le résumé ne dit pas si cette confiance a changé la manière de débattre une fois la séance finie. Il décrit une trêve, pas une dispute mieux menée, et la question reste ouverte.
Au Royaume-Uni, où la pratique est installée depuis plus longtemps, la question a été posée plus directement. Jamie Bristow, codirecteur du think tank Mindfulness Initiative, dit avoir vu les parlementaires formés parler plus civilement les uns aux autres et mieux se contredire. Son hypothèse, qu’il formule comme une impression : « I got the sense they became less identified with their own beliefs, so were able to have their beliefs criticized without taking it personally. »
Un parlementaire britannique cité dans le même article de Mindful va dans le même sens, sans renoncer à ses convictions : « Mindfulness doesn’t make me less ideological. I still strongly believe in what I believe, but I am more civil and able to have positive and productive relationships with people in other parties. » L’ancien député Chris Ruane, qui a introduit la pratique à Westminster, le dit à sa façon : « It’s hard to bare your soul to people from different political parties in the evening and then be nasty the next morning. »
Comment la méditation est entrée au Palais Bourbon
Le 12 décembre 2017, le psychiatre Christophe André est venu présenter la méditation à des députés et à leurs collaborateurs, à l’invitation de la socialiste Delphine Batho et du député La République en marche Pacôme Rupin. Les deux élus s’étaient rendus en octobre à Londres, à une rencontre internationale de parlementaires sur la méditation. Delphine Batho justifiait l’initiative par l’engouement de la société et par le fait que « les apports de la méditation sont corroborés par des études scientifiques ».
Pacôme Rupin, diplômé de l’Université de Strasbourg en « méditation et neurosciences », annonçait un programme MBSR pour janvier 2018 : « Les députés ont des vies très chargées, des responsabilités, la méditation est sans doute encore plus importante pour eux. » Le programme se déroule sur huit semaines. D’après l’association qui a relayé l’événement, 13 personnes, surtout des élus, se sont inscrites au premier cycle.
La suite s’est étalée sur plusieurs années. L’Initiative Mindfulness France, groupe de travail né en 2015 d’une initiative britannique, mentionne un troisième cycle à l’Assemblée en octobre 2019, un quatrième en janvier 2020 et un cinquième par visioconférence en avril 2020.
Un nouveau cycle a démarré au printemps 2023, après la période couverte par l’étude.
À Westminster, la première séance d’information date de 2013 et réunissait 22 parlementaires de tous bords. Selon Mindful, le cours de huit semaines y a depuis été suivi par plus de 300 parlementaires et plus de 800 membres de leur personnel.
Ce que la pratique promet à un élu
Le programme MBSR dure huit semaines. Aleteia, en décembre 2017, le présente comme un moyen d’aider les patients à faire un travail sur eux-mêmes, sur leur esprit et sur leur relation à la souffrance. Pour les élus, le point de départ est autre : les chercheuses de l’IÉSEG parlent de pression permanente, de flux continu d’informations, d’agendas surchargés et de décisions prises dans l’urgence.
À Westminster, l’argument est le même. Jamie Bristow, cité par Mindful, évoque dans un article de 2019 les fils d’actualité continus, les réseaux sociaux et la masse de notes de briefing qui mettent la concentration à l’épreuve. Il y ajoute la capacité de calmer ses réactions pour éviter les réponses que l’on regrette sous le regard du public.
Ce n’est pas toujours bien vu. Chris Ruane raconte que certains parlementaires craignaient de passer pour faibles : « Some politicians felt they may be perceived as mentally weak if they attended mindfulness sessions, and we wanted to respect their concerns. » Lors de la séance d’information de 2013, les participants avaient reçu la promesse que leur identité resterait privée et qu’aucun mouvement ne les mettrait mal à l’aise devant leurs collègues.
Le même Chris Ruane décrit son propre changement avec une formule frappante : « Mindfulness changed me from a rowdy heckler into a calmer, more reflective politician. » Le témoin est un partisan de la pratique, et le magazine qui le cite aussi. À lire avec cette réserve.
Mark Williams, professeur émérite de psychologie clinique à Oxford qui a coanimé le cours, donne à l’objectif une forme plus modeste : « You can disagree but you can disagree agreeably and with kindness. » Il ne s’agit donc pas d’abolir le désaccord.
Les sources lues ne disent pas ce que huit semaines de pratique changent à un désaccord qui a des raisons politiques.
Ce qui limite la portée de ces douze entretiens
Douze personnes ont été interrogées sur 77 participants. La page de présentation ne précise pas comment elles ont été choisies, et on y lit des témoignages, pas des mesures : personne n’a comparé des députés formés et des députés non formés, ni mesuré leurs décisions.
Le texte parle de perception, et le mot est exact.
Le lien avec la structure qui promeut la pratique est dit d’emblée par l’école : l’étude est le fruit d’une collaboration avec l’Initiative Mindfulness France, qui œuvre à faire connaître les apports de la pleine conscience auprès du monde politique. La page d’actualités de cette organisation indique que certaines de ses publications de 2026 bénéficient du parrainage du fonds de dotation Nouveau Monde, dont la mission est de financer des projets favorisant le bien-être mental. Cette page n’associe pas ce parrainage à l’étude de l’IÉSEG. Le texte complet de l’étude, hébergé par l’organisation, n’a pas été lu : ce qui précède s’appuie sur le résumé de l’école.
Les participants eux-mêmes décrivent un frein : la pratique reste parfois associée à une image jugée « étrange », voire « loufoque », surtout en politique. Pour les chercheuses, la caution de figures reconnues, comme celle de Christophe André à l’Assemblée, a renforcé la crédibilité de la pratique. L’étude recommande de poursuivre la sensibilisation, de développer la recherche, de garantir la qualité de la formation des instructeurs et de soutenir la pratique dans la durée.
La littérature scientifique incite à la prudence sur ce type de promesse. En 2018, dans Perspectives on Psychological Science, un collectif de chercheurs dont Nicholas Van Dam et Sara Lazar écrivait que « Misinformation and poor methodology associated with past studies of mindfulness may lead public consumers to be harmed, misled, and disappointed. » Leur article passe en revue ce que l’on sait et ce que l’on ignore, en insistant sur l’évaluation, la formation et les effets indésirables possibles.
Le magazine Mindful, favorable à la pratique, note de son côté des limites au Royaume-Uni. Selon Jamie Bristow, le Parlement a renoncé à élargir la pratique dans l’éducation parce que la compétence des enseignants n’était pas au rendez-vous à grande échelle. Le magazine ajoute que, dans la justice pénale, les preuves n’ont pas été jugées assez solides. Jamie Bristow reconnaît aussi que ce qu’on voit dans la salle de débat reste une minorité, et que pour certains parlementaires formés, la pratique est loin d’être quotidienne.
Les chiffres mis en avant en 2015 par le groupe parlementaire britannique, puis relayés par l’Université d’Oxford, portent sur un autre terrain : la thérapie cognitive fondée sur la pleine conscience pour 580 000 adultes exposés chaque année à une dépression récurrente, avec une économie annoncée de 15 livres pour chaque livre dépensée. Ils ne disent rien de la concentration d’un élu ni de sa manière de débattre.
Sources
- Recherche en bref : Développer l’attention des politiques par la méditation laïque, IÉSEG Insights, 28 septembre 2026
- Initiative Mindfulness France, page d’actualités, consultée le 4 octobre 2026
- Rapport du groupe de travail Initiative Mindfulness France, Association pour le Développement de la Mindfulness, consultée le 4 octobre 2026
- Mind the Hype: A Critical Evaluation and Prescriptive Agenda for Research on Mindfulness and Meditation, Université de Groningue, Perspectives on Psychological Science, 2018
- MPs back The Mindful Nation UK report, Université d’Oxford, 20 octobre 2015
La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.