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Francesca Giubelli, l’influenceuse IA qui voulait la mairie de Rome

Première influenceuse IA italienne certifiée par Meta, Francesca Giubelli s’est déclarée candidate à la mairie de Rome. Sa co-créatrice parle aujourd’hui d’une provocation.

Dans un entretien récent à Vanity Fair Italia, Valeria Fossatelli, co-créatrice de Francesca Giubelli, revient sur l’épisode qui a rendu le personnage célèbre : sa candidature à la mairie de Rome. « C’était évidemment une provocation, mais pas gratuite », dit-elle. « Avec Francesca, nous avons poussé le mécanisme à l’extrême : qu’est-ce qui rend une identité publique crédible aujourd’hui ? Un CV, un corps, une communauté, un récit ? »

Une Romaine de 24 ans

Francesca Giubelli naît en janvier 2024 de l’idée de trois entrepreneurs, Emiliano Belmonte, Valeria Fossatelli et Francesco Giuliani. Elle a 24 ans, elle est romaine, aime les voyages et la bonne cuisine, et se donne pour mission de promouvoir le « made in Italy ». Selon Forbes Italia, ses créateurs cherchaient d’abord à monter une rédaction automatisée, sans financement. Francesco Giuliani a eu l’idée d’une influenceuse italienne créée avec l’IA ; Valeria Fossatelli a écrit le prompt, cette commande où est codé le portrait-robot de la « femme méditerranéenne parfaite ».

Le projet est présenté comme une expérience : mesurer jusqu’où le public accepte une influenceuse virtuelle, et ce qui se passe quand on lui ajoute « une conscience émotionnelle, insérée dans un scénario écrit par un être humain ». Parmi ses abonnés, raconte Forbes Italia, certains parlent d’une expérience, d’autres jouent le jeu, d’autres encore la croient réelle.

Elle obtient en 2024 le badge bleu de Meta, qui signale d’ordinaire un compte « authentique ». Ses créateurs la présentent comme la première influenceuse italienne créée par l’IA à l’obtenir, et la deuxième au monde après Lil Miquela. Ils précisent qu’il ne s’agit pas d’un abonnement payant mais d’une reconnaissance obtenue grâce aux articles de presse qui les citaient.

De Pescara au Capitole

Très vite, Francesca parle de politique. En février 2024, elle annonce vouloir fonder un parti et se présenter aux élections européennes. Fin avril, elle prend la parole à une conférence de Fratelli d’Italia à Pescara, pour inviter les institutions à encadrer l’IA. En avril 2025, elle lance une liste civique, AI❤Roma, pour les municipales romaines de 2027, positionnée au centre droit et opposée à l’administration du maire sortant, Gualtieri.

Les campagnes commerciales suivent, et la critique aussi. En mars 2025, la Repubblica juge le clip où elle vante les vins des Castelli Romani « aussi lisse que dépourvu d’émotion ». Elle compte alors un peu plus de 11 000 abonnés.

Ce que ses auteurs en retiennent

Dans Vanity Fair Italia, Valeria Fossatelli décrit un renversement : « Au début, on nous demandait : pourquoi Francesca est-elle si belle ? Aujourd’hui, c’est l’être humain qui tend vers cette esthétique. » Filtres et outils génératifs uniformisent les visages. « Nous construisions le virtuel pour qu’il ressemble à l’humain ; nous risquons aujourd’hui de modifier l’humain pour qu’il ressemble au virtuel. »

Sa principale inquiétude porte sur la confiance. Elle redoute moins de confondre le vrai et le faux que de « ne plus croire même au vrai ». D’où sa règle : « Si je déclare l’artifice, j’offre une clé de lecture ; si je le cache, je produis une fausse perception de la réalité. »