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Une sœur, un frère autiste, une Renault 4L : « Grand-Petit Frère » sort au Maroc

Le premier long métrage de Karima Guennouni, sorti le 7 octobre 2026 dans les salles Megarama, met en scène un frère autiste que sa sœur fait évader d'un service psychiatrique. La réalisatrice dit s'être inspirée de son propre petit frère.

Illustration : Reflets / Strugggl

« Grand-Petit Frère », premier long métrage de la réalisatrice marocaine Karima Guennouni, est sorti le 7 octobre 2026 dans les salles Megarama du Maroc, après une avant-première à Casablanca la veille. Il suit Sara, qui fait évader son frère autiste Adam d'un service psychiatrique et l'emmène en Renault 4L à travers l'Atlas. La cinéaste s'en est expliquée au site Le360 le 17 octobre.

Une évasion, puis la route

Le point de départ tient en quelques lignes. Au moment de partir pour l'université, Sara apprend que son frère Adam a été interné dans un service psychiatrique, et elle décide de le faire sortir. Le reste du film, 94 minutes selon Les Inspirations ÉCO, est une traversée du Maroc à bord d'une vieille Renault 4L rouge, faite de rencontres et d'imprévus.

Le titre dit déjà la singularité du lien. Adam est l'aîné par l'âge, mais Sara se tient auprès de lui comme une protectrice, à cause de ses besoins liés à l'autisme, et c'est lui qui devient le « petit frère » dans son regard. Les Inspirations ÉCO, qui ont couvert l'avant-première du 6 octobre, y voient un renversement des rôles qui donne au récit sa tendresse sans effacer la personnalité de chacun.

Nisrine Adam joue Sara et Ismail Elfallahi joue Adam. Driss Karimi et Mohamed Nadif complètent la distribution, le second dans le rôle du père, décrit comme aussi bienveillant que malhabile pour dire ses sentiments.

De « Ferraille » en 2017 au long métrage

Sara et Adam ne sont pas nés avec ce film. Karima Guennouni les avait déjà imaginés en 2017 dans « Ferraille », un court métrage écrit par David Villemin, où Sara travaillait dans un garage et retapait une vieille Renault 4L rouge dans l'espoir d'emmener son frère voir la mer pour la première fois.

L'idée du long métrage est venue quelques semaines seulement après la fin de ce tournage, raconte-t-elle à Le360. Elle y explique que la famille du court métrage est très différente de celle du long, et que seule la relation entre le frère et la sœur est restée. Dans les festivals, des spectateurs lui disaient qu'ils auraient aimé passer plus de temps avec le duo.

Le scénario est co-écrit avec David Villemin, avec qui elle collabore sur plusieurs projets. Elle dit apprécier sa manière d'analyser les personnages et les situations, et lui attribue le recul qu'elle n'avait pas sur ses propres souvenirs avec son frère : il les a transformés en matière de cinéma, puis elle validait ou non, en poussant parfois le curseur plus loin. Il a aussi inventé une famille qui n'a rien à voir avec la sienne, ce qui lui a permis de se concentrer sur la seule relation entre le frère et la sœur. Le travail d'écriture repose donc sur un partage assez net : à l'un la fiction autour du duo, à l'autre la mémoire.

Le parcours de la réalisatrice explique aussi le film. Elle a longtemps travaillé comme technicienne sur des tournages, souvent dans le Sud, pour des productions étrangères attirées par les reliefs et la lumière du Maroc. Le360 rappelle que, pour ce premier long métrage, c'est elle qui prend les commandes, après des années passées à connaître chaque rouage des plateaux. Elle dit que son expérience l'a surtout aidée à gérer le stress des imprévus.

Le film a ensuite été présenté en compétition officielle à la 25e édition du Festival national du film de Tanger, en 2025. De cette projection, elle retient moins la compétition que le plaisir de partager enfin le film avec un public et d'entendre les rires.

Ni génie ni drame

Le cœur de l'entretien tient dans ce que la réalisatrice refuse. Pour Karima Guennouni, tout vient de son frère : elle dit que la relation avec son propre petit frère est « la raison première de l’existence même du film », et qu'il était présent dès le premier jour. Elle a grandi avec un frère autiste de onze ans son aîné, précise-t-elle à Les Inspirations ÉCO.

De là, un choix de ton. « Je ne voulais absolument pas faire un film dramatique sur le sujet, bien au contraire », déclare-t-elle à Le360. Vivre avec une personne autiste n'est pas toujours simple, ajoute-t-elle, mais c'est aussi beaucoup de joie, de rires et d'émotions, comme avec n'importe qui.

Elle écarte aussi l'autre cliché du cinéma, celui du prodige, dans la lignée de « Rain Man ». « Le superpouvoir de mon frère, c’était plutôt sa capacité à faire des bêtises avec son regard malicieux », dit-elle. À Les Inspirations ÉCO, elle formule le même constat sur les écrans : « Quand on le voit, il s’agit souvent d’un génie ou bien d’une histoire tragique. »

Le troisième rôle principal est tenu par Salim Benmoussa. Il a été choisi après plusieurs essais, puis une rencontre chez lui, où son côté solaire s'est imposé.

Ce travail sur le personnage s'est fait avec l'acteur. Ismail Elfallahi avait rencontré le frère de la réalisatrice pendant le tournage du court métrage. Pour le long, il a vu d'autres personnes autistes, lu et s'est documenté, et il a cherché à construire Adam, un personnage précis, plutôt qu'à jouer un autiste générique. Pour le casting de Sara, les essais se sont faits en sa présence, sans forcément prévenir les actrices qu'il était lui-même comédien, afin de voir qui savait suivre ses improvisations.

La réception en salle l'a surprise. Les applaudissements qui ont accompagné plusieurs scènes avec Adam, dit-elle, allaient au-delà des rires attendus. Elle y lit l'objectif qu'elle ne s'avouait pas : que le public quitte la salle avec un sentiment chaleureux pour lui, et le voie comme une personne, pas seulement comme quelqu'un en situation de handicap.

L'hôpital comme point de départ

Le film s'ouvre sur un internement. Sur la question des institutions, la réalisatrice et ses commentateurs ne disent pas tout à fait la même chose.

Interrogée par Le360 sur la manière dont la société accompagne les personnes autistes et leurs familles, Karima Guennouni répond que non, ce n'était pas son propos. Selon elle, le film raconte avant tout la force de la famille face à l'épreuve. Elle cite Bouya Omar, qui a définitivement fermé pendant qu'elle écrivait la première version du scénario : « C’était une réalité que je souhaitais dénoncer ». L'hôpital est le point de départ du récit, ajoute-t-elle, pas son sujet central. Ce qui l'intéressait, c'était de montrer ce que change la présence de quelqu'un qui vous connaît, vous aime et vous soutient.

L'ODJ Média lit le film un peu plus largement. Pour lui, derrière l'autisme se dessine la question du droit de chaque individu à être reconnu pour ce qu'il est, et le film interroge, sans discours démonstratif, la façon dont une société accueille ceux dont les comportements sortent des normes.

Le contexte hors écran reste lourd, mais ses chiffres datent. À l'occasion de la Journée mondiale de la sensibilisation à l'autisme 2022, La Quotidienne citait l'association Vaincre l'autisme, selon laquelle le Maroc compte environ 680.000 personnes autistes, dont plus de 216.000 enfants. Nafissa Eddnadni, présidente de l'association Al Youssra, y jugeait que « Le Maroc est encore très en retard en termes de scolarisation des enfants avec autisme ». Ces données ont quatre ans.

L'Atlas, loin des grandes villes

Karima Guennouni tenait à tourner dans le Sud et dans l'Atlas, et elle ne s'en cache pas : le choix du road trip est, dit-elle, avant tout égoïste, parce que pour elle le cinéma est un voyage. Elle voulait aussi montrer ce Maroc à ceux qui n'ont jamais eu la chance de le découvrir.

Le choix a un coût. « Ce n’est pas quelque chose qu’on voit souvent dans les films nationaux, de par la difficulté d’aller tourner à l’extérieur des grandes villes aussi », explique-t-elle à Les Inspirations ÉCO. L'ODJ Média rappelle que les productions marocaines privilégient souvent des lieux plus faciles d'accès et mieux équipés, et que la cinéaste a assumé ces contraintes pour préserver l'authenticité visuelle de son récit.

La Renault 4L rouge, remise en état pour le tournage, fait office de second décor. Le frère et la sœur y partagent leurs silences, leurs désaccords et leurs moments de complicité, dans un habitacle étroit que L'ODJ Média oppose aux véhicules habituels des grandes aventures de cinéma.

Après Tanger

Les Inspirations ÉCO indiquent que le film est sorti dans les cinémas Megarama du Royaume, et Le360 le dit « désormais en salles ».

Quant à la vitrine nationale où il avait concouru, elle change de date. Le Centre cinématographique marocain (CCM) a reporté la 26e édition du Festival national du film de Tanger, prévue du 23 au 31 octobre 2026, au mois de mars 2027. Le CCM invoque la forte concentration de festivals en octobre et le risque de chevauchement avec des rendez-vous internationaux qui exigent le statut de première projection. Le CCM veut en faire le premier grand rendez-vous de l'année et le lancement de la saison du cinéma national, dont l'aboutissement international reste le Festival international du film de Marrakech.

Sources

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

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