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Halima, tourné sans l'aide du CCM, reçoit une mention spéciale à El Gouna après deux prix à Shanghai

Le 23 octobre 2026, le film marocain Halima de Yassine El Idrissi a reçu une mention spéciale à El Gouna, après le prix d'interprétation féminine de Khadija Amari à Shanghai en juin. Le réalisateur dit avoir demandé six fois l'aide du Centre cinématographique marocain sans l'obtenir pour ce film.

Halima, tourné sans l'aide du CCM, reçoit une mention spéciale à El Gouna après deux prix à Shanghai
Illustration : Reflets / Strugggl

Le film marocain Halima, de Yassine El Idrissi, a reçu une mention spéciale dans la compétition des longs métrages du Festival d'El Gouna, en Égypte, dont la neuvième édition s'est close le 23 octobre 2026. Son réalisateur l'a écrit, réalisé, produit et monté lui-même, et dit n'avoir obtenu aucune aide du Centre cinématographique marocain (CCM) pour ce film.

Une mention sans montant, dans un palmarès à 50 000 dollars

El Gouna est une station balnéaire de la mer Rouge, et son festival, dont c'était la neuvième édition, s'est achevé le vendredi 23 octobre 2026 par une cérémonie de remise des prix. Le Rio Times, qui s'appuie sur la couverture de la cérémonie par le site égyptien Youm7, rapporte que le jury des longs métrages était présidé par la réalisatrice britannique Joanna Hogg.

L'Étoile d'or, dotée de 50 000 dollars, est allée à Safe Exit, du réalisateur égyptien Mohamed Hammad. L'Étoile d'argent (25 000 dollars) a récompensé All the Lovers in the Night de Yukiko Sode, l'Étoile de bronze (15 000 dollars) A Little Light d'Ali Asgari, et le prix du meilleur long métrage arabe (20 000 dollars) Yesterday the Eye Didn't Sleep de Rakan Mayasi.

Safe Exit suit Samaan, un jeune gardien de sécurité dont les parents sont morts dans les violences religieuses de la région. Le film avait été présenté à Berlin en février 2026, dans la section Panorama, et l'Étoile d'or lui donne un élan de plus sur le circuit des festivals. Le prix du documentaire est allé à Citizen Osama d'Ahmed Hassouna, qui suit un journaliste du nord de Gaza pendant la première année de son fils.

Halima figure à part, parmi les mentions spéciales. Le Rio Times précise que les montants des mentions spéciales, des prix d'interprétation et du prix remis au Marocain Faouzi Bensaïdi n'ont pas été indiqués. Rien n'établit donc que la mention s'accompagne d'une somme.

Amr Mansi, cofondateur du festival, a dit à Youm7 dans un entretien publié le 24 octobre que le coût élevé fait du financement la principale difficulté de l'événement. Il ajoute que le festival grandit chaque année et attire plus de sponsors et de soutiens locaux. La question de l'argent traverse ainsi les deux bouts de la chaîne, ceux qui organisent et ceux qui tournent.

Le film n'arrivait pas en inconnu à El Gouna. Yassine El Idrissi explique que Halima y avait déjà gagné un prix de la plateforme de post-production du festival, ainsi qu'au MedFilm Festival, face à d'autres films encore inachevés. Variety l'a aussi placé parmi ses dix titres à suivre de l'édition 2026.

Shanghai, le 20 juin : meilleure réalisation et meilleure actrice

La mention d'octobre prolonge un parcours que le film avait ouvert en juin. Le 20 juin 2026, au 28e Festival international du film de Shanghai, Yassine El Idrissi a reçu le prix de la meilleure réalisation et Khadija Amari celui de la meilleure actrice, dans la compétition principale du Golden Goblet. Morocco World News, qui le rapporte en juin 2026, note que le film y mettait fin à 27 ans d'absence du Maroc dans cette catégorie.

Deux prix, pour un seul film.

Les chiffres donnent la mesure de la sélection. Le festival a reçu environ 4 100 films de 125 pays et régions, un record pour lui, et seuls 12 titres, tous en première mondiale, ont été retenus dans la compétition principale. Selon le réalisateur, Halima était le seul film arabe et africain parmi eux, et il a été projeté quatre fois devant le public, salles pleines. Yassine El Idrissi voit dans cette reconnaissance un détail qui compte pour lui. Le prix vient d'un festival d'Asie, et non des institutions occidentales qui, dit-il, décident souvent quels festivals comptent et quelles voix du Sud deviennent visibles. L'Est, résume-t-il, peut valoriser l'Est.

Le parcours du réalisateur éclaire ce regard. Il est titulaire d'un master de cinéma de l'Académie du film des Pays-Bas et dit que ses œuvres précédentes ont été montrées dans environ 300 festivals, dont Rotterdam, Gothenburg et Clermont-Ferrand. Il parle donc du circuit en connaisseur, ce qui donne du poids à ses critiques.

Six demandes au CCM, aucune aide pour ce film

C'est dans ce même entretien que le réalisateur ouvre le débat sur le financement. Il dit avoir déposé six fois une demande de soutien auprès du CCM sans l'obtenir pour Halima. Le film a pourtant reçu ensuite un soutien en post-production, selon lui, par le biais de concours de films inachevés.

Ses reproches visent le système et non un nom. Il juge malsain que le cinéma marocain ne se demande pas s'il est bon ou non, et applaudit chaque film qui part à l'étranger sans compter ceux qui n'y sont pas allés. Il estime que les mêmes réalisateurs peuvent toucher plusieurs fois de fortes aides malgré de faibles résultats, pendant que des milliers de diplômés attendent leur tour, et il qualifie le dispositif de profondément défaillant, appelant à une réforme structurelle. Il affirme aussi que la promotion n'explique pas tout : à ses yeux, certains films sont faibles et certains bénéficiaires le sont aussi. Ce sont ses mots, tels que Morocco World News les rapporte, et le site ne publie aucune réponse du CCM.

Le coût de cette économie de moyens apparaît dans le récit de fabrication. Yassine El Idrissi a passé près de deux ans à réunir le budget tout en écrivant le scénario, puis deux ans de plus à tourner et à monter. L'équipe a filmé par blocs, levé de l'argent, puis tourné de nouveau. Il a aussi assuré les décors et les costumes, un choix qu'il décrit comme nécessaire et risqué, faute de producteur ou de monteur pour lui signaler ses erreurs.

Sa conclusion s'adresse aux plus jeunes : faire des films sans attendre indéfiniment un soutien. Il rejette l'idée qu'il faille des millions pour concourir, en rappelant que des films de la même compétition à Shanghai disposaient de plusieurs millions de dollars.

Une femme âgée au bord de la mer

Yassine El Idrissi dit avoir fait de son héroïne une femme âgée par nécessité du récit. Selon lui, un cinéma qui n'apporte pas de personnages et d'histoires nouveaux devient de la répétition, et la simplicité apparente de Halima est la porte d'entrée de la tension du film. Cette femme, dit-il, paraît familière avant qu'on la découvre porteuse de secrets, de stratégies de survie et d'une complexité morale que le spectateur n'attendait pas d'une silhouette aussi ordinaire.

Le film suit Halima, une femme âgée qui vit discrètement près de la mer. Un appel téléphonique la force à affronter des souvenirs vieux de cinq ans, dont ses liens avec un trafic de cannabis. Yassine El Idrissi dit avoir voulu une femme ordinaire, comme nos grands-mères, avant de révéler un personnage complexe, porteur de secrets et de stratégies de survie.

Il attribue à Khadija Amari le fait d'avoir porté le film, et le jury de Shanghai a suivi en la couronnant. Dans un cinéma qui, selon lui, répète les mêmes histoires quand il ne crée pas de nouveaux personnages, c'est le choix d'une héroïne de cet âge qui fait le sujet.

Le thème n'est pas neutre au Maroc. Morocco World News rappelle que la loi 13-21 encadre le cannabis à usage médical, pharmaceutique et industriel, l'usage récréatif restant interdit, et que ce cadre vise en partie à offrir des alternatives aux cultivateurs des zones traditionnelles. Le réalisateur y voit la possibilité de vivre dignement sans ennuis juridiques, et plaide pour représenter ces habitants sans les criminaliser d'office.

Faouzi Bensaïdi, l'autre Marocain du palmarès

Le même soir, le réalisateur Faouzi Bensaïdi a reçu le Creative Achievement Award, que le Medi1 News traduit par prix de la réalisation créative, des mains du cinéaste égyptien Yousry Nasrallah. Il a ensuite récité un passage d'un poème du Palestinien Mahmoud Darwich, selon le Rio Times. Le Middle East Observer écrit que le prix reconnaît sa contribution au cinéma arabe et son parcours artistique singulier.

Dans Déserts, deux employés d'une société de recouvrement, Hamid et Medhi, sillonnent le sud du pays en costume pour récupérer le moindre dirham auprès des bergers et des villageois, parfois en échange d'un tapis ou d'une chèvre. La satire vire au tragique, loin de la carte postale, selon Jeune Afrique.

Son film Déserts, présenté à Cannes en 2023, était son cinquième long métrage de fiction, selon Jeune Afrique, qui l'a interrogé le 21 septembre 2023. Il y décrivait une envie des cinéastes du Maghreb d'arrêter un commerce entre le Sud et le Nord, et ne plus être réduits à des films calibrés pour un marché : « Nous en avons fini avec les histoires sur nos femmes battues, nos hommes violents, ou sur l'extrémisme religieux ».

Le Rio Times indique que les dates d'une dixième édition d'El Gouna n'ont pas été annoncées.

Rencontrer une femme marocaine

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