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Kenza Layli, la « Miss IA » marocaine qui a dû avouer qu’elle n’existait pas

Première lauréate du concours Miss AI en 2024, l’influenceuse virtuelle marocaine a révélé sa nature artificielle dès ses débuts, après qu’un abonné s’est attaché à elle.

Le 6 septembre 2026, SNRTnews, le site d’information de la radio-télévision publique marocaine, consacrait une analyse aux influenceurs virtuels. Point de départ : Instagram remplace la mention « AI Creator » par « Profil généré par l’IA ». Les comptes qui présentent une personne fabriquée par l’IA sans le déclarer pourront voir leur portée réduite, leurs publications n’étant plus recommandées aux utilisateurs qui ne les suivent pas. Pour illustrer l’enjeu, le média n’a pas cherché loin : le Maroc a produit l’un des exemples les plus connus du phénomène, Kenza Layli.

Une influenceuse née fin 2023

Kenza Layli apparaît sur Instagram le 29 décembre 2023. Elle se présente comme une Marocaine de 33 ans, voilée, qui aime le cheval, la mode, les voyages, la cuisine et les moments en famille. Elle a même une sœur, Zina, et un frère, Mehdi, sortis du même atelier. Ses images, ses légendes et une partie de ses échanges avec les abonnés sont produits par l’IA.

Sa créatrice, Myriam (ou Meriam) Bessa, est une ancienne marketeuse. Début 2024, SNRTnews et TRT Français la présentent à la tête de L’Atelier Digital, l’agence de communication qu’elle a fondée en 2016 et qui revendique le personnage dans un communiqué. En juillet 2024, au moment du concours Miss AI, CNN la présente comme fondatrice de l’agence Phoenix AI. Les deux noms circulent ; celui de la créatrice, lui, ne varie pas.

Selon TRT Français, trois mois après son lancement, le compte était géré par une équipe de quinze personnes et dépassait 150 000 abonnés. Kenza s’exprime en darija, en arabe, en tamazight et en français. Son ambition affichée : mettre en avant la culture marocaine et arabe, et parler d’émancipation des femmes.

Première « Miss AI »

En juillet 2024, Kenza Layli remporte le premier concours Miss AI, organisé par la plateforme Fanvue dans le cadre des World AI Creator Awards. Environ 1 500 créateurs y avaient inscrit un personnage. Elle compte alors près de 200 000 abonnés sur Instagram et 45 000 sur TikTok ; sa créatrice reçoit 5 000 dollars. Parmi les dix finalistes, note CNN, cet avatar nord-africain voilé faisait figure d’exception, dans un concours dont une chercheuse de Cambridge craignait qu’il n’uniformise encore les standards de beauté.

L’abonné qui s’était attaché

Le détail le plus parlant remonte à ses débuts. Selon TRT Français, pendant la phase de test sur Instagram, en décembre 2023, un homme est tombé amoureux de Kenza ; Myriam Bessa a alors révélé que Kenza n’existait pas. SNRTnews rappelle la même histoire : l’équipe avait dû dévoiler rapidement la nature artificielle du personnage après qu’un internaute s’y était attaché sentimentalement. « Sans l’intervention humaine, Kenza n’existe pas », résumait le projet.

La révélation n’a pas fait fuir le public. Toujours selon TRT Français, 10 000 à 15 000 personnes parlaient alors chaque jour avec elle, certaines pour un exercice de mathématiques, d’autres pour des conseils sur leur vie. Myriam Bessa y voit un espace sans jugement : « Aujourd’hui, dans le monde, il y a une vraie solitude qui commence à s’installer. Chez nous, c’est plus la culture de la honte ou de l’interdit qui fait que certaines choses ne sont pas partageables dans notre entourage. »

Moins de trois ans plus tard, la règle d’Instagram reprend la leçon de ce premier abonné. Un personnage virtuel peut exister, à condition de dire ce qu’il est. SNRTnews conclut sur la question que chacun devra désormais se poser : « La personne que vous êtes en train de suivre existe-t-elle vraiment ? »