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63 % des couples de femmes se partagent la vaisselle, 48 % des hétérosexuels, 39 % des couples d'hommes

Dans l'enquête de l'INED publiée le 30 septembre 2026, 63 % des couples de femmes déclarent partager la vaisselle, contre 48 % des couples hétérosexuels et 39 % des couples d'hommes. L'étude porte sur 7 575 couples vivant sous le même toit.

Illustration : Reflets / Strugggl

Sur huit tâches ménagères, ce sont les couples de femmes qui déclarent le plus souvent les partager à parts égales, selon une étude de l'Institut national d'études démographiques (INED) publiée le 30 septembre 2026. Pour la vaisselle, 63 % de ces couples se la partagent, contre 48 % des couples hétérosexuels et 39 % des couples d'hommes.

7 575 couples interrogés en 2024

L'étude est signée Gaëlle Meslay (université Toulouse Jean Jaurès), Wilfried Rault et Anne Solaz (INED). Elle s'appuie sur ERFI 2, la version française de la Generations and Gender Survey, menée dans 20 pays européens. En 2024, l'INED a interrogé 12 800 hommes et femmes de 18 à 79 ans vivant en France métropolitaine, avec un questionnaire d'environ une heure.

L'échantillon analysé compte 7 575 couples qui vivent sous le même toit, dont 276 couples de femmes et 373 couples d'hommes. Ces deux groupes ont été sur-représentés exprès. Les couples de même sexe ne forment que 1,3 % des couples cohabitants en France (0,7 % de couples d'hommes, 0,6 % de couples de femmes), ce qu'une enquête généraliste capte mal. Ils y sont rares. Selon les auteurs, c'est la première fois en France qu'un échantillon représentatif de cette taille permet la comparaison.

Les répondants ont dit qui assume huit tâches : les repas, la vaisselle, l'aspirateur ou le balai, le linge, les courses, le bricolage, l'organisation de la vie sociale et le paiement des factures. Pour les cinq plus fréquentes, les chercheurs ont construit un indicateur qui va de 0 (un seul partenaire fait tout) à 1 (partage égal).

Un couple compte comme égalitaire s'il partage chaque tâche, ou s'il se spécialise : l'un fait les repas et la vaisselle, l'autre le ménage et le linge. Environ 10 % de l'ensemble des couples ont choisi cette spécialisation, et 27 % partagent à parts égales au moins trois tâches.

La vaisselle, le linge, le bricolage

Chez les couples hétérosexuels, la répartition est inégale pour la majorité, rappellent les auteurs. Le linge et le bricolage sont les tâches les plus déséquilibrées. Elles ne sont réparties à parts égales que dans un cinquième de ces couples. Le linge revient surtout aux femmes, le bricolage surtout aux hommes.

Le 30 septembre 2026, franceinfo a écrit que dans 80 % des couples hétérosexuels la femme s'occupe du linge tandis que l'homme gère les réparations. Ce 80 % ne figure pas dans le texte de l'INED lu pour cet article, qui indique seulement qu'un cinquième de ces couples partage ces deux tâches.

Chez les couples de femmes, presque un tiers partagent le linge et le bricolage à parts égales. Les répondantes y sont deux fois moins nombreuses que dans les couples hétérosexuels à dire qu'un seul des deux partenaires s'en charge : moins de 20 %, contre 40 %. Le contraste est net. Les couples d'hommes font un peu mieux que les hétérosexuels sur ces deux tâches, dans une moindre mesure.

Pour la préparation des repas, 33 % des couples de femmes déclarent la partager, contre 30 % des couples d'hommes et 25 % des couples hétérosexuels.

Pour la vaisselle, l'ordre change. Les femmes en couple avec une femme sont 63 % à déclarer un partage égal. Chez les hommes en couple avec un homme, c'est 39 %, et chez les personnes en couple hétérosexuel, 48 %. Les couples d'hommes obtiennent donc le score le plus bas des trois groupes, ce qui donne à chacun matière à nuancer ses certitudes.

Pour les autres tâches, la répartition chez les couples d'hommes est soit moins égale, soit comparable à celle des couples hétérosexuels, sauf pour l'aspirateur et le balai. Plus de 6 % des couples d'hommes confient le ménage à un tiers, près du double de la proportion observée chez les couples hétérosexuels.

L'INED relie ce chiffre aux moyens : les couples d'hommes occupent en moyenne des positions sociales un peu plus élevées que les couples de femmes, donc disposent de plus de ressources pour déléguer. Dans l'indicateur de l'INED, une tâche déléguée compte pour zéro, comme une tâche partagée à parts égales.

Ce que la durée et le mariage changent

Chez les couples hétérosexuels, plus la relation dure, plus la répartition devient inégale. Au début de la relation, l'indicateur vaut 0,74 pour un âge moyen donné. Il tombe à 0,66 pour les couples ensemble depuis 20 ans ou plus.

Chez les couples de même sexe, cette pente n'existe pas.

Chez les femmes, la différence selon l'ancienneté est très légère. Chez les hommes, la tendance s'inverse : la répartition est plus équilibrée au-delà de dix ans de vie commune.

Le mariage suit le même clivage.

Chez les hétérosexuels, les couples pacsés ou en union libre (aucune différence entre les deux) partagent plus équitablement que les couples mariés, qui affichent la répartition la plus inégale. Chez les couples de même sexe, les écarts liés au statut sont faibles et, chez les hommes, non significatifs.

Les auteurs restent prudents. Ils avancent une explication : le mariage n'est ouvert à ces couples que depuis 2013, après un combat politique pour l'égalité des droits, et il pourrait y renvoyer à d'autres valeurs.

Ils signalent aussi deux raisons de ne pas lire la durée comme une cause. Les couples de longue date ont peut-être duré justement parce qu'ils partageaient mieux les tâches. Et un couple de longue date est composé de personnes plus âgées, socialisées à un modèle de spécialisation qui fait peser la plus grande part du travail domestique sur les femmes.

Ce que les profils n'expliquent pas

Les couples de femmes et d'hommes sont plus jeunes, plus aisés, plus souvent à deux salaires et plus urbains. Ils vivent moins souvent avec des enfants que les couples hétérosexuels. Ces différences pourraient suffire à expliquer l'écart. L'INED a donc comparé des couples de profil équivalent : union, durée, nombre d'enfants, âge, nationalité, emploi, revenu du ménage.

L'écart persiste. Il reste net. À profil comparable, les couples de femmes et, dans une moindre mesure, les couples d'hommes partagent plus que les couples hétérosexuels. Tous couples confondus, la répartition est plus égale chez les couples à deux salaires, chez les plus aisés et chez ceux sans enfant. Selon de nombreuses recherches citées par l'INED, l'arrivée d'un enfant accroît les inégalités.

Le quotidien suisse 24 heures, qui a relayé l'étude, cite les auteurs : « L’injonction adressée aux femmes de prendre en charge le travail domestique demeure fréquente ». Dans un couple de même sexe, écrit l'INED, cette attente ne pèse sur la répartition que si les deux partenaires la ressentent à des intensités différentes.

L'INED ajoute une seconde piste, au conditionnel. Les partenaires de même sexe pourraient avoir des valeurs plus égalitaires, du fait de leur orientation et de leur parcours. Ils pourraient aussi hésiter moins à faire les tâches que les normes associent à l'autre sexe. L'étude ne teste pas cette hypothèse.

Un repère plus ancien existe. L'Insee avait mesuré en 2010, dans l'enquête Emploi du temps, que 64 % des heures de travail domestique étaient effectuées par des femmes. Cette part monte à 72 % pour le cœur des tâches (cuisine, ménage, soins matériels aux enfants, linge) et descend à 60 % avec le périmètre le plus large. Une femme vivant en couple avec au moins un enfant de moins de 25 ans y consacrait en moyenne 34 heures par semaine (définition intermédiaire). Un homme dans la même situation, 18 heures. Le temps de travail total, payé et non payé, était équivalent. Avec la définition restreinte, celui des femmes dépassait de 5 heures celui des hommes.

Une étude de Lamia Kandil, Hélène Périvier et Camille Richou (Population, 2021), fondée sur les enquêtes de 1985, 1998 et 2009, donne un point de repère sur le statut d'union. En 2009, la part du travail domestique assumée par les femmes était de 72 % en union libre, 73,5 % dans le mariage et 65,1 % en cas de PACS. Les auteures l'expliquent par une auto-sélection : le PACS attirerait des couples aux valeurs plus égalitaires.

Ce qu'on ne sait pas encore

Les chiffres de l'INED reposent sur ce que chaque répondant déclare. L'enquête Emploi du temps de l'Insee, elle, faisait remplir des carnets d'activités par pas de dix minutes, ce qui donne des durées et non des impressions.

Les sous-échantillons de couples de même sexe comptent 276 et 373 couples : assez pour comparer, pas pour détailler chaque tâche et chaque tranche de durée. C'est mince.

Les sources se contredisent sur un point. franceinfo écrit que, chez les couples gays, le fossé se creuse à mesure que la relation dure. L'INED écrit l'inverse, et 24 heures aussi : plus équilibré après dix ans. Ce brief suit l'INED.

Sources

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.