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François Pilet, médecin de famille près de quarante ans à Vouvry, défend une médecine d'abord attentive
Le 5 octobre 2026, le journal Réformés a publié le portrait de François Pilet, médecin de famille à Vouvry pendant près de quarante ans. Il y dit que ses parents lui ont appris la moitié de son métier : porter attention à l'autre.

Médecin de famille à Vouvry, dans le Chablais valaisan, pendant près de quarante ans, François Pilet dit de ses parents qu'ils lui ont appris « la moitié de son métier » : porter attention à l'autre. Le journal Réformés a publié son portrait le 5 octobre 2026. Retraité depuis sept ans, il en a tiré un livre, paru en janvier 2025.
Un père forgeron et une prière chaque matin
À 4 ans, François Pilet voulait devenir pasteur ou ramoneur. « J’avais un attrait pour le noir, semble-t-il », dit-il à Réformés, avant d'ajouter que c'est peut-être parce qu'il a « baigné là-dedans depuis tout petit ». Son père, forgeron, a siégé au Conseil de paroisse de Rossinière, dans le Pays-d'Enhaut, de ses 28 à ses 80 ans.
Chaque matin, ses parents prenaient un temps de prière à deux. « Prier avec quelqu’un, c’est partager quelque chose, mettre ensemble ses soucis et son espérance. Cela donne une certaine force », raconte-t-il. Ce qu'il en a retenu pour son métier tient en une consigne, celle « de porter attention à l’autre », qu'il juge d'autant plus importante dans les métiers du soin. Il dit avoir toujours essayé d'être dans « la bienveillance, l’empathie, le non-jugement » et de chercher « l’humain derrière toutes les histoires de vie cabossée ».
Le portrait, signé Anne Buloz, est présenté comme une lecture d'une minute. Il raconte un parcours, et aucune donnée sur ses patients n'y figure.
Le monde relationnel que la faculté n'offrait pas
Il quitte le Pays-d'Enhaut en 1967 pour dix ans d'études à Lausanne, où il vit d'abord chez ses grands-parents. Sa certitude d'alors : il ne fera « ni le droit ni la médecine ». Son professeur de philosophie, Michel Cornu, lui fait découvrir la psychologie. C'était, dit Pilet, l'époque de Piaget à Genève, et le programme de la faculté lui paraît « très aride ». Il renonce à s'inscrire. « J’ai compris que la médecine générale me permettrait de trouver ce monde relationnel dont j’avais envie depuis toujours. »
Il épouse Isabelle en 1977, s'installe en Valais, et le couple ouvre en 1982 un cabinet de deux généralistes à Vouvry. Il y constate vite que les gens « ont beaucoup besoin d’être écoutés ». Il suit alors plusieurs formations, notamment en psychologie au sens large.
Le Temps, dans un article du 25 mars 2025 signé Christian Lecomte, raconte qu'après une visite à domicile, on lui a dit en partant : « Au revoir monsieur le curé. » Le journal explique la méprise : Pilet confessait ses patients, au sens où il écoutait et recevait des confidences, souvent liées au foyer, au travail, aux tourments, aux joies, au sens de la vie.
Pilet y cite aussi un souvenir de superviseur. Longtemps, il a encadré de futurs médecins. Il se rappelle un interne face à un saisonnier portugais qui souffrait terriblement du dos. L'interne avait tout fait juste, selon les recommandations apprises à l'hôpital universitaire. S'il s'était intéressé à la personne, il aurait appris que cet homme portait de lourds cageots de légumes de l'aube au crépuscule, dormait sur une paillasse dans une grange, parlait peu le français et souffrait d'isolement. « Il en avait donc plein le dos! », conclut Pilet.
C'est une anecdote, racontée de mémoire par celui qui en tire la leçon. Elle illustre sa thèse, elle ne la démontre pas.
Un proverbe contre les grandes déclarations
Durant sa carrière, il a gardé sa foi pour lui. « A cette époque-là, la spiritualité était taboue en médecine », dit-il, et il estime qu'il reste beaucoup à développer pour que les jeunes médecins ouvrent l'esprit à cette dimension.
Sa règle tient dans un proverbe qu'il aime bien : « Ce que tu es parle si fort que je n’entends pas ce que tu dis. » Il a, dit-il, « un peu de peine avec les gens qui font de grandes déclarations de foi ». Pour lui, « le plus parlant » est « la preuve par l’acte, par l’exemple donné par notre comportement ». La règle s'applique aussi bien aux chartes de bienveillance affichées en salle d'attente : seul le temps passé auprès de quelqu'un se vérifie, et les affiches ne le comptent pas.
Son épouse Isabelle, catholique, est citée dans la postface de son livre : sa foi à lui « n’a pas besoin de paroles car elle est intégrée à sa vie ». Le couple est actif depuis toujours sur le plan œcuménique. Pilet reste pourtant « très critique vis-à-vis des religions », de leurs travers, violences, excès et abus de toutes sortes. Il préside l'Assemblée de paroisse de Vouvry, où il vit depuis 1982, pour la 38e année, et y est régulièrement sollicité pour des conflits entre personnes. « C’est fou, le nombre de différends qui se développent au sein des Églises! », dit-il.
Des cabinets où l'on compte les heures
Le livre, Des regards et des maux, est paru le 8 janvier 2025 aux Éditions Favre (216 pages). L'éditeur y voit un fil rouge : « comment offrir une présence de qualité, présence face à face ou côte à côte ». Selon le résumé de 24 heures de janvier 2025, réservé aux abonnés, Pilet y prône une médecine centrée sur l'écoute et la présence, relève des défis politiques face aux assurances et reconnaît à l'intelligence artificielle une utilité possible et des risques.
La page de l'éditeur évoque une crise de la relève et affirme qu'un tiers des étudiants en médecine envisagent d'abandonner la profession au terme de leurs études. Ce chiffre n'est sourcé dans aucune des pages lues pour ce texte.
La 5e étude Workforce, relayée par l'association Médecins de famille et de l'enfance Suisse et par 24 heures en octobre 2025, donne un cadre chiffré à la question du temps. Son auteur est Andreas Zeller, du Centre universitaire de médecine de famille des deux Bâle. En vingt ans, le temps de travail hebdomadaire des médecins de famille est passé de 50,0 à 42,1 heures. Le temps consacré aux contacts directs avec les patients a reculé de 37,2 à 31,1 heures par semaine, pendant que la part des tâches administratives, notamment les rapports aux assurances, la documentation et la saisie numérique, ne cesse de croître depuis 2020.
Les médecins relèvent la pénurie eux-mêmes : dans presque tous les cantons, plus de 75 % des médecins de famille en constatent une en 2025, selon l'étude. Elle estime que 22,3 % d'entre eux devront être remplacés en 2030 et 40,2 % d'ici 2035, soit environ 400 équivalents temps plein manquants d'ici 2030. Zeller résume, selon 24 heures : « la bureaucratie prend de plus en plus de temps, qui n’est plus consacré aux patientes et patients ».
L'étude note aussi, sans lien établi avec l'attention portée aux patients, que la satisfaction au travail est nettement plus élevée en cabinet de groupe ou à deux qu'en cabinet individuel, et que 57,3 % des médecins de famille travaillent en cabinet de groupe. Pilet a lui-même ouvert en 2017, dans son village, la Maison de la Santé du Haut-Lac, où il a accueilli des générations de jeunes collègues.
Une réserve : l'association qui diffuse l'étude défend la profession. C'est elle qui avance que les médecins de famille résolvent 94 % des problèmes de santé en ne générant que 8 % des coûts totaux, un chiffre qu'aucune page lue ne permet de vérifier. Les données sont suisses : aucune série comparable pour la France, la Belgique ou le Québec n'a été lue pour ce texte.
L'empathie des médecins, mesurée de deux façons
La recherche a mesuré ce que Pilet décrit avec des anecdotes, avec les limites que cela comporte. Une méta-analyse de Sophie Lelorain et de ses collègues, publiée le 24 janvier 2023 dans la revue Psycho-Oncology, a réuni 55 articles sur l'empathie des médecins en cancérologie. L'article lui-même n'a pas pu être lu : seul le résumé publié par la Fondation Gold, le 27 février 2023, l'a été. Selon ce résumé, la corrélation moyenne entre l'empathie du médecin et les résultats des patients atteint 0,23, avec une forte hétérogénéité : elle est la plus nette dans les études sur l'annonce de mauvaises nouvelles et chez les patients atteints de cancer avancé, et 13 des 55 études (23,6 %) dépassent 0,40.
Les auteurs reconnaissent eux-mêmes deux limites, d'après ce résumé : la difficulté de mesurer l'empathie, et celle de la distinguer de la gentillesse et de l'attention. Une corrélation n'est pas une cause, et ces chiffres portent sur la cancérologie, pas sur un cabinet de médecine générale en Valais.
Une autre méta-analyse, de Brianna Roberts et de ses collègues, parue dans PLOS One le 3 mars 2021, pose la question de qui reçoit cette attention. Elle porte sur 18 études et 9 708 patients, qui avaient évalué l'empathie de leurs soignants avec le questionnaire CARE Measure. Les patients de statut socioéconomique bas rapportaient une empathie plus faible : une différence moyenne de -0,87, avec un intervalle de confiance à 95 % de -1,72 à -0,02, donc à peine au-dessus de zéro. Pour les différences selon l'origine, les scores sont numériquement plus bas pour plusieurs groupes, sans différence statistiquement significative. Les auteurs concluent qu'il faut davantage de recherches.
Ces mesures reposent sur ce que les patients disent avoir reçu, non sur ce que les médecins ont donné. Elles laissent ouverte la question que pose le portrait de Pilet : ce que coûte, en minutes de consultation, une présence qui se vérifie par l'acte.
Sources
- François Pilet « Offrir une présence attentive est essentiel », Réformés, Anne Buloz, 5 octobre 2026
- Des regards et des maux, Éditions Favre, parution du 8 janvier 2025
- La pénurie de médecins de famille s’aggrave !, Médecins de famille et de l'enfance Suisse, étude Workforce 2025
- Socioeconomic, racial and ethnic differences in patient experience of clinician empathy, PLOS One, Roberts et al., 3 mars 2021
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