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À 50 ans, une ouvrière de Hô Chi Minh-Ville enfile sa première robe de mariée, après 25 ans de vie commune
Le 15 octobre 2026, 52 couples d'ouvriers de Hô Chi Minh-Ville ont eu le mariage que le loyer et les enfants avaient repoussé, certains après 25 ans de vie commune. Le programme existe depuis 2007 et a aidé 1 206 couples.

Trần Thị Mỹ Hạnh, ouvrière de 50 ans, a porté une robe de mariée pour la première fois le 15 octobre 2026 à Hô Chi Minh-Ville, après 25 ans de vie commune et deux enfants. Elle faisait partie des 52 couples réunis ce jour-là par la Fédération du travail de la ville, l'Union des femmes et l'Union de la jeunesse pour un mariage collectif.
Un mariage repoussé par le loyer
Hạnh et son mari, Lâm Thanh Hùng, 52 ans, ont passé plus de vingt ans à Hô Chi Minh-Ville dans une petite chambre louée. Elle travaille en entreprise, lui conduit une moto-taxi réservée par application, selon le site Soha du 17 octobre 2026. Pour des travailleurs loin de leur village natal, écrit le site, la vie se compte en mensualités à payer, et un mariage, même légitime, reste un luxe tant que le revenu ne couvre pas le nécessaire. Hạnh admet avoir parfois eu le sentiment d'être lésée, puis le couple a laissé ce rêve derrière lui.
« Tôi đã mong chờ ngày này từ rất lâu rồi », a-t-elle dit, et elle l'attendait depuis longtemps.
Les autres couples racontent la même attente sous d'autres formes. Trần Thị Minh Tâm, 48 ans, ouvrière, et Phan Ngọc Dương, qui conduit un triporteur, sont mariés depuis 22 ans et vivent ensemble depuis 30 ans sans avoir jamais fait de noce, rapporte le site 24h. Leur aîné a 29 ans. Huỳnh Minh Phong, né en 1974, et Lê Thị Tươi, née en 1980, se sont rencontrés en 2001 et ont élevé deux enfants : le fils a terminé un cursus court en informatique et rentre de son service militaire, la cadette est en dernière année de lycée. Tươi résume leur vie par une phrase : « Chúng tôi cố gắng làm lụng, chắt chiu nuôi con ăn học », autrement dit travailler et économiser pour les études des enfants. Tuổi Trẻ voit dans leur tenue un cadeau qu'ils se font à eux-mêmes après des années passées à mettre les enfants d'abord.
À l'autre bout des âges, Nguyễn Phan Chánh Thuần, né en 1995, et Lê Thị Bảo Yến, née en 1998, ont un fils de 6 ans. Lui est ouvrier chez S4 Fashion Partner Việt Nam, elle travaille chez Hantex Vina. Il a perdu son père enfant, elle est orpheline de père et de mère, selon Tuổi Trẻ. Aucun proche ni ami n'a pu venir, la cérémonie tombant un jour ouvré. Plus jeunes encore, Võ Minh Danh et Mai Trần Phương Uyên, nés en 2002 et âgés de 24 ans, avaient fêté leur union à la maison faute de budget. Uyên, éducatrice en maternelle, dit n'avoir jamais imaginé une noce au restaurant, en robe de mariée.
Du vélo au métro, puis un banquet de 800 personnes
Les 52 couples se sont retrouvés avant l'aube au siège de l'Union de la jeunesse de la ville, où ils ont attendu le maquillage, d'après la radio VOV, qui parle d'un rassemblement dès deux heures du matin. Ils ont ensuite offert des fleurs au monument Hồ Chí Minh sur la rue piétonne Nguyễn Huệ, et des responsables de la ville leur ont remis leurs certificats de mariage, indique Vietnam+. Le cortège est passé par un défilé à vélo, selon le Saigon Giải Phóng, puis par la ligne 1 du métro, de Bến Thành à Suối Tiên.
Pour Yến, c'était la première fois dans le métro, une façon de sentir le développement de la ville, écrit Tuổi Trẻ. Trần Ngọc Nhân et Nguyễn Chí Cường, 26 ans tous deux, se sont assis côte à côte pour regarder défiler les rues et les immeubles. Après près de 7 ans de relation, ils étaient enregistrés comme mariés depuis juin 2025, sans avoir pu porter la tenue de noce.
Le repas et la cérémonie ont eu lieu au centre d'expositions WTC Expo, avec environ 800 invités, délégués et proches, selon la radio VOH. Les organisateurs avaient prévu pour chaque couple la tenue, le maquillage, les photos, une table au banquet et des cadeaux, précise Vietnam+. Soha ajoute les alliances.
Ce que le don comprend
Le don a une liste, et elle est concrète. Anh Trần Vũ Khoa et chị Nguyễn Thị Cẩm Tú vivent ensemble depuis 3 ans et ont un petit enfant. Lui travaille sur des chantiers, une à deux semaines par mois ; elle a quitté son emploi parce que l'enfant tombait souvent malade, rapporte Soha. Un incendie a ravagé leur chambre louée, emportant jusqu'au peu d'argent qui servait à acheter le lait de l'enfant. Les sponsors leur ont remis « Căn phòng mơ ước », la chambre de rêve : le logement sera remis à neuf, meublé à nouveau, avec une aide pour une partie du loyer. Khoa raconte à VOV qu'il n'a pas dormi de la nuit précédente.
Chez Huỳnh Thị Tuyết Nhung, dont le cancer du sein est suivi depuis 2019 selon Soha, le mari partage les tâches ménagères et s'occupe de la famille pour qu'elle garde le moral. La famille loge avec ses deux filles dans un recoin d'un parking à deux-roues. Soha lit dans la cérémonie une reconnaissance pour ceux qui ont tenu leur foyer malgré les épreuves.
Le don vient aussi de volontaires. Anh Trung Hiếu, qui dirige le club de photographie de mariage gratuite, dit à VOV que les sourires des mariés font tenir son équipe depuis 8 ans. Un club de maquillage, Sắc màu yêu thương, a travaillé auprès d'eux. Le directeur de la société Herbal Well, Phạm Nguyễn Ngọc Nhân, qui accompagnait le programme, parle d'un honneur et de sourires de mariés comme de ce qui compte le plus pour lui, d'après Soha.
Les comptes rendus de presse du 15 octobre ne chiffrent ni le budget ni la part des sponsors. Le programme, lui, a une histoire : lancé en 2007 par l'Union de la jeunesse et le Centre d'appui aux jeunes ouvriers de la ville, il en est à sa 16e édition et a aidé 1 206 couples, selon Tuổi Trẻ et le Saigon Giải Phóng. L'édition 2025 réunissait 50 couples, d'après un titre d'article que le quotidien relie au sien. En 2026, trois organisations le portent ensemble pour la première fois.
Des témoins pour dire que le couple n'est pas seul
Dawn Braithwaite, professeure émérite de communication à l'université du Nebraska-Lincoln, a visité à domicile des couples qui renouvelaient leurs vœux, souvent à 25, 40 ou 50 ans de mariage. Elle le raconte dans une chronique de Psychology Today du 25 mai 2023. Quelques couples y organisaient la noce de leurs rêves, impossible au départ, le plus souvent faute d'argent. Elle retient qu'un mariage reste un lien entouré de familles, d'amis, de paroisses et de communautés, et que les couples voulaient le montrer en invitant du monde.
Plusieurs couples interrogés disent que la cérémonie a resserré leur lien. L'un d'eux juge que la noce officielle, très petite, ne signifiait guère plus que le fait d'être légalement mariés. Les limites tiennent à l'échantillon : la plupart des couples sont blancs et quelques partenaires sont hispaniques, la chronique ne donne pas leur nombre, et tous avaient choisi la cérémonie. À Hô Chi Minh-Ville, les 52 couples avaient déjà enregistré leur mariage, sans la fête, et la comparaison s'arrête là.
Le don n'a pas acheté d'affection : ces couples étaient ensemble depuis 25 ans, pour certains. Il a donné ce que la chronique décrit chez les autres, des témoins. Tuổi Trẻ note que la joie des 52 couples se communiquait de l'un à l'autre, faute de proches pour Thuần et Yến.
Un banquet offert, un vœu de rendement
Thái Thu Xương, vice-présidente permanente de la Confédération générale du travail du Việt Nam, a dit que le mariage collectif allège les frais des adhérents et marque l'attention du syndicat et de la communauté, selon Vietnam+. Elle a aussi dit au Saigon Giải Phóng qu'elle espérait que les mariés auraient après la noce plus d'élan pour « lao động giỏi, sống tốt, tích cực đóng góp cho doanh nghiệp », autrement dit travailler bien, vivre bien et contribuer à l'entreprise et à la ville. Le banquet est offert, le vœu de rendement est joint au menu.
La même responsable précise, selon Vietnam+, que la responsabilité du syndicat ne s'arrête pas au jour du mariage : elle touche à l'emploi, aux revenus, au logement et aux prestations sociales. Le programme « Hành trình hạnh phúc » prolonge la journée par des séances sur la vie de famille et l'éducation des enfants, et relie les couples à des aides sociales et à des bourses pour les enfants d'ouvriers.
Pour le fils de 6 ans de Thuần et de Yến, la noce sera un souvenir, écrit Tuổi Trẻ. Il regarde déjà avec impatience les photos de ses parents en mariés.
Sources
- Renewing Marriage Vows, Psychology Today, Dawn O. Braithwaite, 25 mai 2023
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