Vingt-sept peintures et une tapisserie de brodeuses : Amina Benbouchta ouvre « Like Any Others » à Dakar
OH Gallery, à Dakar, ouvre le 30 octobre 2026 « Like Any Others », deuxième exposition personnelle de la Marocaine Amina Benbouchta, jusqu'au 6 février 2027. Vingt-sept peintures précèdent une tapisserie qui réunit des brodeuses marocaines et sénégalaises.

OH Gallery, à Dakar, ouvre le 30 octobre 2026 « Like Any Others », une exposition personnelle de l'artiste marocaine Amina Benbouchta, visible jusqu'au 6 février 2027. Le Soleil l'a présentée le 20 octobre. Vingt-sept peintures conduisent à une grande tapisserie brodée, qui réunit le travail de brodeuses marocaines et sénégalaises.
Vingt-sept peintures avant la tapisserie
Deux salles de peintures ouvrent le parcours, d'après la description que Le Soleil tire du dossier de presse. Vingt-sept toiles y précèdent la tapisserie. Les mêmes figures y reviennent d'une toile à l'autre : une crinoline, un talon haut, une chaise, des animaux, des plantes. Elles émergent peu à peu de plusieurs couches de peinture superposées.
Trois séquences, « Immersion », « Seuil » et « Contemplation », structurent la visite. Haja Fanta, qui signe le texte de présentation, fait du « seuil » la clé de la démarche, un mot qui désigne à la fois « une entrée et une limite ». Chaque séquence joue sur un passage : dehors et dedans, féminin et masculin, sacré et profane, enfermement et liberté de chacun.
Le texte lit ces objets comme des entraves. Haja Fanta écrit que « la crinoline contraint le corps, tandis que le talon haut entrave le mouvement ».
Pour Le Soleil, la parure devient ainsi le signe des règles, physiques et sociales, que l'on impose aux femmes.
Les plantes disent autre chose. Le Soleil rapporte qu'elles viennent notamment de la pharmacopée, et qu'elles rappellent des savoirs que les femmes se sont passés de génération en génération. Sur la toile se croisent alors ce qui a été hérité, ce qui a été vécu en privé et ce que la société en a fait. La peinture devient, écrit le journal, un espace où ces trois choses se rencontrent.
Le public n'a encore rien vu. La description vient du dossier de presse de la galerie, relayé par deux médias sénégalais, et aucun des deux ne cite l'artiste elle-même.
Des rideaux cousus sur la toile
Le tissu court partout. Au Sénégal comme au Maroc, rappelle Le Soleil, il circule dans les mariages et entre les familles qui s'allient.
Dans plusieurs pièces, un morceau de rideau, durci au vernis, est cousu sur la peinture. Les points évoquent des sutures chirurgicales. L'image reste lisible à travers l'étoffe, et le spectateur doit la regarder à travers.
Les bin-bin sénégalais, ces perles que l'on porte à la taille, répondent aux cordons de rideaux des maisons marocaines. L'échange s'achève dans la grande tapisserie brodée, travail commun de brodeuses des deux pays.
Qui sont ces brodeuses ? Le Soleil et Dakar92, qui suivent le même dossier de presse, ne donnent ni leurs noms ni leur nombre, alors que la tapisserie est la pièce vers laquelle tout converge.
Dans la première salle se dresse l'Ammariya, le palanquin de cérémonie où l'on portait autrefois la mariée marocaine, de la maison de sa famille à celle de son époux. L'air y sent la rose séchée, le henné et le clou de girofle, des parfums liés aux rites du mariage. La mariée y incarne le passage d'un statut à un autre, et Le Soleil souligne que le foyer a deux visages : il abrite et il ancre, mais il peut aussi enfermer, lorsque les obligations faites aux femmes réduisent leur liberté.
Des routes plus anciennes que les ambassades
Amina Benbouchta est née à Casablanca en 1963, d'une mère française et d'un père marocain lié au Sénégal. Son histoire familiale sert de point de départ. D'après le dossier de presse, elle veut donner une forme visible à une fracture culturelle transmise, et tourne pour cela son regard vers le Sénégal.
Les deux pays se parlaient bien avant les chancelleries. Le Soleil date de 1960 l'établissement de leurs relations diplomatiques, mais rappelle que les routes transsahariennes du commerce portaient déjà des personnes, des marchandises et des savoirs religieux. La confrérie tidjane a renforcé cet axe spirituel : des pèlerins et des érudits sénégalais allaient jusqu'à Fès.
La dernière salle revient à l'archive familiale. Dans une vitrine, des documents, des carnets, des dessins et des objets de la vie de l'artiste. Haja Fanta relève que ces papiers sont des traces écrites « très majoritairement masculines » : les femmes y manquent, et leur absence se mesure à ce déséquilibre.
L'artiste glisse une partie de ces documents dans son propre travail, et y remet son expérience à elle, dans une histoire qu'elle a reçue. Le Soleil parle d'un regard de femme, d'épouse, de mère et d'artiste sur une mémoire familiale jusque-là portée surtout par des hommes.
Le dossier de presse conclut sur une phrase de Haja Fanta : « la transformation est continue ». Selon le texte, les rencontres avec des personnes, des lieux et des histoires héritées peuvent révéler chez chacun des dimensions de soi jusque-là méconnues.
Une artiste déjà vue à Dakar
« Like Any Others » est la deuxième exposition personnelle d'Amina Benbouchta à Dakar, selon Le Soleil. La première, « Chambre centrale, coulée rouge », a occupé OH Gallery de février à avril 2022. « Mangrove » a suivi dans le showroom de la galerie, de mai à juillet 2022, en marge de la Biennale de Dakar. L'artiste a encore figuré dans une collective, « Home », en 2024, et la page que la galerie lui consacre mentionne un séjour de recherches à Dakar en juillet 2025.
Cette page appartient à la galerie qui présente l'exposition, ce qui en fait une source de la maison. Elle indique que l'artiste est diplômée en anthropologie et en études du Moyen-Orient de l'université McGill, à Montréal, en 1986, puis qu'elle a suivi des ateliers de dessin, de lithographie et de gravure à Paris. Elle a été auditrice libre à l'École nationale des beaux-arts de Paris de 1988 à 1990, puis a dirigé dans les années 1990 le magazine de mode et de culture Les Alignés.
En 2005, toujours selon la galerie, elle a cofondé le Collectif 212, un laboratoire d'expériences artistiques consacré à l'émergence d'une nouvelle phase de l'art contemporain au Maroc. Son travail explore les frontières de la peinture et s'étend à l'image, à la sculpture et à l'installation. Elle y développe un alphabet de formes tirées de la vie domestique : le lit, la chaise, la table, et la crinoline, que la galerie décrit comme une cage ambulante autrefois portée par les femmes.
Le site e-taqafa.ma, de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger, la dit installée entre Paris et Casablanca, et lui prête un premier travail d'installation en 1997 à Rabat. Il cite parmi ses expositions internationales la Biennale du Caire en 1993, le Musée national des femmes et des arts à Washington en 1997 et le Kerava Museum, en Finlande, en 2003. La galerie ajoute Marrakech à ses lieux de vie et cite, parmi les collections qui détiennent ses œuvres, le ministère marocain de la Culture, le Musée moderne de Marrakech et la collection Royal Mansour.
Bruxelles et Paris, la même saison
Dakar n'est pas la seule étape de l'automne. À Bruxelles, l'exposition « Africa Legacy: The Cradle of Art », conçue par Didier Claes, est présentée jusqu'au 1er novembre 2026. Elle réunit plus de 250 œuvres classiques et contemporaines, issues de collections privées et institutionnelles, et inscrit les arts africains dits classiques et la création contemporaine dans une même continuité. Parmi les noms cités figurent Malick Sidibé, Seydou Keïta, Chéri Samba, Joana Choumali et Omar Victor Diop, aux côtés d'Amina Benbouchta.
Amina Benbouchta y montre une œuvre issue du corpus développé pendant sa résidence au Kalhath Institute, en Inde, où elle a travaillé avec des maîtres brodeurs autour des savoir-faire textiles et de la broderie traditionnelle. Le fil de la broderie court donc d'un continent à l'autre. L'Inde pour cette œuvre bruxelloise, le Maroc et le Sénégal pour la tapisserie dakaroise.
Pour les lecteurs en France, un autre rendez-vous est déjà ouvert. À l'Institut des Cultures d'Islam, à Paris, « Le bal des Ogresses » dure de septembre 2026 à février 2027, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026. La commissaire invitée, Sonia Recasens, y réunit treize artistes femmes de plusieurs générations, dont Amina Benbouchta, autour des récits sur Aïcha Kandisha et des figures d'ogresses du pourtour méditerranéen. L'information vient de la page de la galerie OH Gallery, qui représente l'artiste.
Trois villes, donc, en une saison.
À Dakar, la salle ouvre le 30 octobre 2026. La galerie garde « Like Any Others » à l'affiche jusqu'au 6 février 2027.
Sources
- Amina Benbouchta, OH Gallery, page de l'artiste
- Exposition « Africa Legacy » et Exposition « Le Bal des ogresses », Institut des Cultures d'Islam, OH Gallery
Rencontrer une femme sénégalaise
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