Dak'Art 2026 choisit un enseignant de Tétouan pour Grand témoin et expose un artiste de trottoir
Le 6 octobre 2026, l'APS a annoncé le Marocain Faouzi Laatiris comme Grand témoin de la 16e Biennale de Dakar, du 19 novembre au 19 décembre. Soixante-quinze créateurs ont été retenus sur près de 900 dossiers.

Le Marocain Faouzi Laatiris sera le « Grand témoin » de la 16e Biennale de l'art africain contemporain de Dakar, a annoncé l'Agence de presse sénégalaise (APS) le 6 octobre 2026. La manifestation, communément appelée Dak'Art, se tiendra du 19 novembre au 19 décembre 2026.
Un enseignant de Tétouan pour Grand témoin
Faouzi Laatiris enseigne à l'École des beaux-arts de Tétouan, dans le nord du Maroc, depuis les années 1990. C'est le directeur artistique de la biennale, le Franco-Iranien Mourad Montazami, qui l'a choisi, et il le dit sans détour : Laatiris est « quelqu'un qui m'a beaucoup marqué dans mon parcours ».
Il l'a connu quand il travaillait lui-même au Maroc, et la relation a compté dans le choix, puisque le directeur artistique assume de mettre à l'honneur ceux qui l'ont marqué. Pour Montazami, qui a été conservateur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Tate Modern de Londres entre 2014 et 2019, puis a fondé la plateforme Zamân Books & Curating, il était « normal » d'honorer ceux qui ont influencé son propre parcours. Il a été nommé à la tête de cette édition le 15 avril 2026. Le choix est donc personnel. Il assume.
L'APS décrit Laatiris comme un « artiste hors système », méconnu du grand public. Montazami, lui, parle d'« un vrai incubateur de talent très connu pour sa transmission », doté d'« une grande liberté » et d'« un grand sens de l'humour ». Son travail part de la récupération, du recyclage et des mythes populaires, et Montazami le tient pour pratiquement le premier artiste marocain à avoir travaillé l'installation immersive.
Laatiris est la deuxième personnalité artistique à porter ce titre à Dakar. La première, en 2024, était la Kényane Wangechi Mutu, que l'APS présente comme une « icône reconnue de l'Afrofuturisme ».
Les propos sur Laatiris viennent presque tous du directeur artistique lui-même, qui défend son propre choix. Les dépêches de l'APS ne citent aucun critique indépendant.
Soixante-quinze créateurs, près de 900 dossiers
La liste des participants a été dévoilée le 24 septembre 2026, lors du lancement officiel au Musée des civilisations noires de Dakar, devant le ministre de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme, Alpha Thiam. Près de 900 dossiers de candidature avaient été reçus. Un collectif de commissaires, dont la Sénégalaise Fatou Bintou Rassoul Sy, de Raw Material Company, en a retenu 54 artistes visuels pour l'exposition internationale et 21 pour la section design, soit 75 créateurs au total.
À cette sélection s'ajoutent le Grand témoin et une carte blanche confiée au Sénégalais Serigne Mbaye Camara. La biennale rendra aussi hommage à Laatiris et à l'artiste sénégalais Abdoulaye Niokhor Bob, dit Ngor.
Les artistes viennent de partout : d'Afrique, d'Europe, des États-Unis et d'Amérique latine.
Parmi les pays cités par l'APS figurent le Sénégal, l'Afrique du Sud, le Kenya, le Nigéria, la Tunisie, le Brésil, le Suriname et l'île Maurice. Dix artistes représentent la France, et deux collectifs viennent du Cap-Vert et du Ghana, selon allAfrica.
Onze Sénégalais figurent dans l'exposition internationale, et trois dans le design, un chiffre qu'il faut replacer dans le temps pour mesurer ce qu'il change par rapport aux éditions précédentes. En juillet, la secrétaire générale de la biennale, Marième Ba, indiquait que les Sénégalais étaient passés de trois ou quatre lors des éditions précédentes à sept, huit, voire neuf sur une sélection d'une soixantaine de créateurs. La liste publiée le 24 septembre en compte onze sur 54, et c'est elle qui fait foi.
Le thème de l'édition est « (Anti)fragilité : arts de la réparation et stratégies du contrecoup ». Montazami explique que les artistes y « cherchent à repenser nos formes du vivre ensemble », entre humains et avec le vivant.
Des artistes que les grandes biennales montrent peu
Le directeur artistique a donné deux critères à sa sélection : « la nouveauté » et « l'émergence ». Il a aussi pris en compte les artistes « pas assez représentés », ceux des territoires insulaires et archipéliques, des Dom-Tom, du Suriname ou de Maurice, où il est difficile de devenir visible. Pour eux, dit-il, Dakar est « une énorme plateforme de visibilité ».
Il revendique de travailler avec des marginaux, absents des marchés de l'art et des ventes aux enchères. Selon lui, il est « plus excitant de travailler avec des artistes qui inventent quelque chose, en lieu et place de ceux qui sont connus du monde entier ou des grands musées ».
Un cas le résume. Son exemple le plus parlant s'appelle Pape Diop, un artiste « qui crée dans la rue, expose ses œuvres sur les trottoirs de Dakar, à la Médina, et qui n'est pas du tout un artiste montré dans les musées ».
Montazami cite aussi deux noms confirmés, le Béninois Georges Adéagbo et le Français Ernest Breleur, mais promet une grande majorité de découvertes. Il veut remettre en avant Ibrahima Cissé, dit Déb's, Serigne Ibrahima Dièye et Ibrahima Niang, dit Piniang, connus du milieu de l'art mais, dit-il, pas montrés à leur juste valeur.
À côté de la sélection officielle, plus de quatre cents manifestations du volet Off, programme parallèle réparti sur tout le territoire et dans la diaspora, sont attendues.
Pour un lecteur en France, la présence française est visible : dix artistes selon allAfrica, dont Ernest Breleur, et un directeur artistique passé par la Tate Modern de Londres.
La RDC invitée d'honneur, et une bande dessinée en corridor
La République démocratique du Congo (RDC) est le pays invité d'honneur. Deux artistes congolais participent à l'exposition internationale. Marième Ba juge que la résilience et la co-construction qui définissent l'anti-fragilité font de la RDC le choix évident.
La désignation a été relayée en juillet par Radio Okapi, qui cite le compte rendu du 93e Conseil des ministres de la RDC. La ministre congolaise de la Culture y parle d'une « reconnaissance internationale du rôle historique, de la vitalité créatrice et de l'influence croissante de la RDC ». Le dessinateur Barly Baruti, alors à Dakar, y voit une « victoire diplomatique culturelle qu'il faut capitaliser ».
Baruti porte un autre projet qui passe par Dakar. À la clôture de la troisième édition du festival international de la bande dessinée Ataya, il a annoncé un « corridor » culturel de la bande dessinée reliant Kinshasa, Dakar puis Tétouan, selon l'APS du 8 juin 2026. Kinshasa couvrirait l'Afrique de l'Est, Dakar l'Afrique de l'Ouest et Tétouan l'Afrique du Nord.
Le projet devait être lancé au Salon africain de la bande dessinée et de l'autre musik, à Kinshasa, du 11 au 13 septembre. Nous n'avons pas trouvé de compte rendu de ce lancement. L'Agence congolaise de presse a titré début octobre que la Biennale de Dakar serait un tremplin pour ce corridor, mais nous n'avons pas pu ouvrir son article.
L'ambassadeur de la RDC, Christophe Muzungu, a replacé l'idée dans une géographie des arts du continent : Ouagadougou pour le cinéma, Bamako pour la photographie, Abidjan pour les arts vivants, et Dakar « la capitale des lettres et de la littérature ». Il a ajouté que Kinshasa pourrait devenir la capitale africaine de la bande dessinée.
Baruti espère des parcours sans visa pour les artistes, à condition que « le côté politique, diplomatique » fonctionne. Le délégué général de Wallonie-Bruxelles, Jean-François Pakula, y voit une façon de prolonger le pont qui existe déjà entre Bruxelles et Dakar.
Un calendrier décalé et des chantiers en cours
La biennale, conçue en 1989 et lancée en 1990, se tenait traditionnellement en mai et juin. Elle est revenue en fin d'année, une habitude reprise de 2024, comme en 2024, où la 15e édition, « The Wake, Le Sillage », avait eu lieu du 7 novembre au 7 décembre après un report.
L'édition 2026 suit les Jeux olympiques de la jeunesse, prévus du 31 octobre au 13 novembre à Dakar. Le ministère de la Culture, dans son communiqué du 26 janvier 2026, y voit l'occasion de confirmer Dakar comme « capitale africaine des arts, de la culture et de la jeunesse ».
L'organisation relève du gouvernement du Sénégal, qui parle d'un projet de rayonnement et de souveraineté culturelle. Les chiffres de sélection et le récit des critères viennent donc des organisateurs.
Tout n'était pas prêt. En juillet, Marième Ba indiquait que plusieurs marchés avaient été lancés, dont celui du transport international des œuvres. L'ancien Palais de justice de Dakar, au Cap Manuel, doit accueillir l'exposition internationale et la section design, et son aménagement faisait partie des chantiers suivis, selon allAfrica.
Le prochain jalon est daté : l'ouverture, le 19 novembre 2026.
Sources
- Communiqué de presse de la Biennale de l'art africain contemporain, Biennale de Dakar, 26 janvier 2026
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