« Made in Senegal » : Orchestra Baobab fait chanter Korka Dieng, première chanteuse permanente du groupe
Orchestra Baobab publie le 23 octobre 2026 « Made in Senegal », douze titres enregistrés à Dakar, avec Korka Dieng au chant. Une tournée dans les régions du Sénégal est annoncée, sans date.

Orchestra Baobab, grand orchestre de Dakar, sort le vendredi 23 octobre 2026 « Made in Senegal », son premier album studio depuis « Tribute to Ndiouga Dieng », paru en 2017. Les douze titres ont été enregistrés entièrement à Dakar, précise Strut Records, le label londonien qui édite le disque avec Madoky Music.
Douze titres, du neuf et du remanié
Le disque paraît en un seul LP, en double LP limité, en CD et en formats numériques, d'après la page du label. Quatre supports. Sa liste compte douze morceaux : Ana Maria, Tioro Bye Samba, Souvenir, Togne Bakhoul, Sibo Odia, Wuti Xaliss, Ndiaga Niaw, Casamance, Wida, Baobab 50 Ans, Gorgorlou et Senegal. Les compositions nouvelles y côtoient des classiques repris.
Le premier single, Togne Bakhoul, est une chanson de Rudy Gomis, chanteur du groupe mort en 2022 à 75 ans, adressée à son épouse. Le magazine britannique Silent Radio en traduit les paroles : le chanteur promet de ne plus la blesser, de s'asseoir à ses côtés, de lui parler sans fin et de ne plus rester dehors. Son critique y entend un mauvais sujet repenti, à qui il serait difficile de résister avec une chanson pareille.
Ana Maria, deuxième extrait dévoilé le 29 juillet 2026 par le magazine KLOF, est aussi de Gomis. Il l'a écrite pour sa grand-mère, seule personne de sa famille à avoir soutenu sa carrière musicale. Le texte puise dans l'imagerie poétique créole de la Casamance, région du sud du Sénégal, et fait du vent le messager entre les générations. Xalima, site d'information dakarois, précise que cette nouvelle version est portée par Zacharia « Papino » Koité. Silent Radio y relève l'émotion de sa voix, un guitariste au jeu détendu et un trombone qui s'ajoute à la section de cuivres pour donner l'effet d'une brise rafraîchissante. Le morceau ouvre le disque.
Tioro Bye Samba reprend un morceau de Thione Seck. Casamance salue la région d'origine de plusieurs membres du groupe, et Baobab 50 Ans marque le demi-siècle de l'orchestre.
Sur Bandcamp, la page de précommande du label donnait accès à deux titres avant la sortie, avec l'album complet livré le jour venu.
Souvenir, selon Silent Radio, passe d'un morceau lent et songeur à un air de danse porté par les cuivres. Wuti Xaliss, lui, répète son titre en rafale sur un groove détendu. Contagieux, juge le critique.
Le site du groupe annonçait en novembre 2023 un nouvel album pour l'automne 2024. Sa page d'accueil situe désormais la sortie de « Made In Sénégal » en 2026, après ce que le texte appelle une interruption de huit ans.
D'un club de la Médina à la reprise de 2001
L'orchestre naît en 1970, quand le Baobab Club ouvre ses portes à Dakar. Rudy Gomis fait partie des musiciens recrutés alors au Star Band, précise KLOF. Le site du groupe place les débuts au cœur de la Médina, dans un club construit autour d'un baobab. Le son mêle rythmes afro-cubains, traditions des griots wolofs (poètes et musiciens de cour de l'Afrique de l'Ouest), mbalax, rumba congolaise et jazz. À partir de 1977, l'orchestre s'installe au Jandeer Night Club. Il sort en 1978 deux albums, Baobab à Paris volumes 1 et 2, puis Gouygui Dou Daanou en 1979, Sibou Odja en 1980 et Ken Dou Werente en 1982. Silent Radio compte vingt albums avant la dissolution du groupe en 1987.
Le groupe a failli disparaître. Le site du groupe explique que de nouvelles tendances musicales, venues du Sénégal comme de l'étranger, ont détourné l'attention du public.
C'est un producteur britannique, Nick Gold, qui relance la carrière : en 1989, il réédite Ken Dou Werente sous le titre Pirate's Choice sur son label World Circuit, et l'orchestre repart en tournée. La réédition de 2001 provoque une reformation complète. Specialist in All Styles, en 2002, est produit par Youssou N'Dour avec Nick Gold, avec Ibrahim Ferrer en invité. Silent Radio rapporte que son titre vient d'une enseigne de salon de coiffure. Made in Dakar suit en 2007, coproduit lui aussi par Youssou N'Dour, et le groupe s'installe dans un nouveau club dakarois, le Just4U.
Le disque de 2026 paraît donc, lui aussi, chez un label de Londres.
Strut se présente comme l'un des grands labels mondiaux pour les musiques africaines, latines et caribéennes. Son texte de présentation, qui est celui d'un éditeur parlant de son propre disque, y voit « another modern Baobab classic » et juge le moment idéal pour qu'une nouvelle génération découvre l'orchestre.
Une relève familiale et une première voix féminine
Depuis 2017, six anciens membres sont morts, compte Silent Radio. Far Out cite le saxophoniste Issa Cissoko en 2019 et le chanteur Balla Sidibé en 2020. L'orchestre s'est reconstruit autour de fils, de neveux et de collaborateurs de longue date, indique le label.
Thierno Koité dirige. Il tient le saxophone alto. Son frère Taga Koité tient la batterie, Moussa Cissokho les percussions et Yahya Fall la guitare rythmique. Papino, fils de Taga, partage le chant principal avec Korka Dieng. KLOF la présente comme la première chanteuse principale permanente de l'histoire du groupe, et la fiche du label comme sa première frontwoman, c'est-à-dire la première femme à mener le groupe sur le devant de la scène. Malick Sy joue de la basse, René « Bolero » Sowatche de la guitare solo et Wilfrid Zinzou du trombone et du saxophone ténor.
Korka Dieng chante Tioro Bye Samba, selon Silent Radio, avec une voix qualifiée de soul. Elle est aussi sur Sibo Odia, où le critique relève la grâce sinueuse de sa voix, le dialogue des cuivres et un solo de guitare retors de Sowatche. Far Out retient ce titre comme le meilleur du disque.
Le groupe se transmet en famille.
Thierno Koité résume la situation par une image, que le label et KLOF citent en anglais : « We are like the tree we are named after. No matter what happens, the baobab stands firm. »
Deux critiques britanniques, avant la sortie
Deux avis de la presse britannique paraissent à la veille et à l'avant-veille de la sortie. Silent Radio, le 21 octobre, décrit un disque élégant et sans hâte, d'une ambiance détendue qui respire le contentement. Son auteur dit avoir découvert l'orchestre avec Specialist in All Styles en 2002, un disque qui avait, selon lui, installé la réputation du groupe auprès du public européen.
Far Out, le 22 octobre, signé Ben Forrest, y voit un équilibre entre l'héritage du groupe et son goût du neuf. Le critique y retrouve les premières racines wolofs du début des années 1970 et les styles cubains que l'orchestre a adoptés en chemin. Selon lui, le pari est double : garder le public fidèle et offrir une porte d'entrée à ceux qui découvrent le groupe. Sans la production soignée, écrit-il, on pourrait prendre l'album pour un disque afro-cubain du début des années 1980. Il note aussi que le disque manque peut-être de grands titres marquants, en comparaison de certains enregistrements de la première période.
Far Out écrit que l'album a été enregistré, « reportedly », à Dakar : l'information vient du label, que le magazine relaie avec prudence. Silent Radio parle d'un changement de personnel sans heurt, les places vacantes ayant été comblées par des proches et sur recommandation personnelle.
SenePlus, média sénégalais, a consacré un article à la sortie ; nous n'avons pas pu ouvrir cet article. Le verdict reste donc britannique. Nous n'avons trouvé ni chiffre de ventes ni critique sénégalaise du disque à la date du 23 octobre 2026.
Une tournée dans les régions, sans calendrier
À la sortie du disque, la question du public se pose à Dakar même. Thierno Koité, chef d'orchestre et directeur musical, a annoncé mardi soir, lors d'une rencontre avec la presse dans la capitale, une tournée dans les régions du Sénégal après la sortie de l'album, rapporte Xalima le 21 octobre 2026. Le saxophoniste reconnaît que les prestations du groupe se sont jusqu'ici concentrées sur Dakar et sur l'étranger. L'idée est de laisser les amateurs des autres régions découvrir l'orchestre sur scène. Pour Xalima, c'est la concrétisation de cette tournée qui dira si l'ambition tient.
Côté étranger, KLOF listait dix concerts de la fin d'août à la mi-octobre, dont quatre en France, au 106 à Rouen, au Fil à Saint-Étienne, au Tourcoing Jazz Festival et à La Merise à Trappes. La dernière date française listée tombait le 16 octobre. Le site du groupe n'affiche aucune date postérieure, seulement « FURTHER DATES TBC ».
Pour l'instant, la tournée reste une promesse. Aucune date ni aucun itinéraire n'a été communiqué pour les régions sénégalaises, précise Xalima.
Sources
- Orchestra Baobab, Made In Senegal, Strut Records, page du disque, sortie le 23 octobre 2026
- Made In Senegal, Strut Records, page Bandcamp de précommande
- Orchestra Baobab, site officiel, Madoky Music, historique, discographie et dates
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