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Rose Dieng-Kuntz, pionnière sénégalaise de l’IA, devient un avatar primé à Bruxelles

Des étudiants de l’IAM de Dakar ont fait de l’informaticienne Rose Dieng-Kuntz (1956-2008) un avatar conversationnel, primé au concours AVATARS 2026.

Photo : Enam Bosokah (Wiki Unseen), CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Fin mars 2026, à Bruxelles, des étudiants du Groupe IAM (Institut africain de management) de Dakar ont remporté le concours AVATARS dans sa catégorie la plus technique : les avatars conversationnels. Leur projet donne une voix et un visage à Rose Dieng-Kuntz, informaticienne sénégalaise et pionnière de l’intelligence artificielle, morte en 2008. La cérémonie de clôture était programmée le 27 mars, jour où elle aurait eu 70 ans.

Un concours pour les « grandes oubliées »

Le concours AVATARS est organisé par XR4Heritage, un programme de valorisation du patrimoine par les technologies immersives. Son principe : « donner une voix aux personnages du passé » à travers des contenus capables d’intéresser les jeunes à l’Histoire. Le thème 2026, « Les Héroïnes de la science », visait les femmes scientifiques que l’Histoire a laissées dans l’ombre.

La catégorie remportée par l’IAM demandait un avatar « métahumain », c’est-à-dire un visage numérique réaliste, doté d’une base de connaissances IA pour dialoguer avec le public. L’équipe réunissait cinq étudiants, Fatou Dieng, Destiga Amour Exaucé Batola, Benewende Sofiane Koinda, Hadja Mariam Bailo Diallo et Sega Diouf, avec leur directrice Coumba Guirassy Traoré et leur mentor Malick Faye Diagne. L’autre équipe en lice venait du Maroc. Le prix a été remis en présence du ministre de l’Égalité des chances Yves Coppieters.

C’est la deuxième victoire de l’IAM. En juin 2025, à Bruxelles, son avatar de la romancière Mariama Bâ avait reçu le prix de la « meilleure influenceuse historique IA », parmi huit équipes venues de cinq pays.

Qui était Rose Dieng-Kuntz

Née à Dakar le 27 mars 1956, Rose Dieng obtient une bourse pour étudier les mathématiques à Paris. En 1976, elle devient la première femme d’Afrique noire admise à l’École polytechnique. Elle se spécialise ensuite à l’École nationale supérieure des télécommunications et soutient une thèse d’informatique à l’université Paris-Sud.

Après un passage chez Digital Equipment Corporation, elle entre en 1985 à l’INRIA, l’institut national de recherche en informatique, où elle fera toute sa carrière. En 1992, elle devient la deuxième femme à diriger une équipe de recherche de l’institut, l’équipe ACACIA, près de Nice. Ses travaux portent sur le partage des connaissances sur le web, aux débuts de ce qu’on appellera le web sémantique. Elle reçoit le prix Irène-Joliot-Curie en 2005 et la Légion d’honneur en 2006.

Elle meurt en juin 2008 des suites d’une longue maladie. Valérie Pécresse, alors ministre de la Recherche, salue « un esprit visionnaire et un talent immense ». En 2026, son nom a été retenu parmi les 72 femmes scientifiques appelées à figurer sur la tour Eiffel, où seuls des noms d’hommes avaient été gravés en 1889.

Une influenceuse d’un autre genre

Les influenceuses IA vendent souvent des vêtements ou des abonnements. Celle-ci ne vend rien. Elle ne se fait pas passer pour une personne inventée : elle prête une voix à une femme qui a existé, et personne ne peut la prendre pour elle. L’artifice est annoncé d’emblée, et revendiqué comme un outil de mémoire. XR4Heritage le dit à sa façon : les grandes gagnantes du concours, ce sont les scientifiques elles-mêmes, dont les travaux sont restés trop longtemps invisibles.