RefletsL’actualité de Thaïlande
Ai-Ailynn, l’influenceuse virtuelle thaïlandaise née des confinements
En 2021, une agence de Bangkok lançait Ai-Ailynn, présentée comme la première influenceuse virtuelle du pays. Portrait d’un personnage né de la pandémie.
En septembre 2021, une jeune agence de Bangkok, SIA Bangkok, présente Ai-Ailynn, « le premier humain du métavers en Thaïlande ». Elle a 21 ans, un carré noir et un grain de beauté sous l’œil droit. Sur Instagram, elle publie ses tenues du jour et ses sorties dans les cafés et les musées de Bangkok. En moins d’un mois, elle réunit plus de 5 000 abonnés. Elle n’existe pas.
Cette brève est un portrait : nous n’avons trouvé aucune actualité récente d’Ai-Ailynn, et les faits ci-dessous datent pour l’essentiel de 2021.
Un personnage né de la pandémie
SIA Bangkok, créée en 2021, se présente comme la première agence d’influenceurs virtuels du pays. Ai-Ailynn est sa première création. Sur son site, l’agence la décrit comme audacieuse, intelligente, moderne, mystérieuse et sûre d’elle. Elle lui donne aussi une taille, 1,65 m, et un groupe sanguin, AB.
Le personnage est largement né des contraintes sanitaires. « Un influenceur du métavers comme Ailynn permet de dépasser des limites comme la distanciation sociale et le vieillissement de la société », expliquait l’agence au Straits Times. À l’AFP, elle disait avoir été lassée des « limites des influenceurs humains » pendant les confinements, et jugeait les influenceurs virtuels « adaptés à la nouvelle normalité ».
Le pari tombe au bon moment. Une enquête gouvernementale de 2020, citée par le Straits Times, montrait que les Thaïlandais passaient en moyenne 11 heures et 25 minutes par jour en ligne, environ une heure de plus qu’en 2019.
L’égérie d’un opérateur
Ai-Ailynn devient rapidement la première ambassadrice virtuelle d’AIS, le premier opérateur mobile du pays. Pratthana Leelapanang, responsable de l’activité grand public d’AIS, explique que la marque a fait entrer « le premier influenceur virtuel de Thaïlande » dans la « famille AIS » pour rapprocher le monde virtuel du monde réel. Le communiqué prête à Ai-Ailynn une déclaration : la technologie est importante, mais c’est à nous de décider comment l’utiliser, « plutôt que de la laisser nous utiliser ».
Elle n’est pas seule. L’AFP cite à la même époque Bangkok Naughty Boo, un personnage virtuel non binaire « de 17 ans pour toujours », créé par un styliste et ses amis.
Ce qu’en disaient les experts
Les professionnels interrogés en 2021 voyaient dans ces personnages des partenaires sans scandale, entièrement maîtrisés par les marques. Mais ils en pointaient aussi la limite. « Le marketing d’influence repose sur la confiance, et il n’est pas facile de bâtir la confiance pour un influenceur virtuel, surtout quand tout le monde sait que c’est un personnage de fiction », disait Nirote Chaweewannakorn, de l’agence Gushcloud.
Sakulsri Srisaracam, spécialiste des médias numériques au Panyapiwat Institute of Management, relevait au contraire une forme de transparence : la plupart de ces personnages ne cachent pas qu’ils sont fictifs. Une influenceuse humaine, Mutchima Wachirakomain, 25 ans, résumait à l’AFP : « Les gens ont toujours soif d’authenticité. Ces personnages ne peuvent pas remplacer les liens intimes que les humains ont entre eux. »
Cinq ans plus tard, le site spécialisé VirtualHumans.org classe le compte d’Ai-Ailynn parmi les comptes inactifs ou arrêtés. Le média thaïlandais 9Conversations en parle au passé, comme d’une influenceuse qui a autrefois animé les réseaux sociaux.