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1 200 personnes ont proposé 323 films, la Thaïlande en a retenu douze pour son patrimoine
Annoncée le 5 octobre 2026, la liste du patrimoine cinématographique thaïlandais passe à 275 titres avec douze entrées. Plus de 1 200 personnes avaient proposé 323 films, un comité de 34 membres a tranché.

Douze films viennent d'entrer au patrimoine cinématographique national de la Thaïlande, dont la liste compte désormais 275 titres. Le secrétaire permanent du ministère de la Culture, Prasop Riang-ngoen, a annoncé la sélection le 5 octobre 2026, après une cérémonie à la Thai Film Archive, organisme public placé sous l'autorité du ministère.
Une liste proposée par 1 200 personnes, tranchée par 34
Le rendez-vous revient chaque 4 octobre, jour de la conservation du cinéma thaïlandais, depuis 2011. L'édition 2026 est la 16e. Plus de 1 200 membres du public ont soumis 323 films, selon Khaosod English.
Ces propositions ont été réunies avec des titres issus de la collection de préservation de l'archive, puis examinées par un comité de 34 personnes de professions différentes. Chaque film a été jugé sur son importance historique et sur son influence sur la société, la culture et les arts.
Douze ont passé. La liste de 2026 est plus courte que celle de 2015, où The Nation comptait 25 ajouts pour un registre qui s'élevait alors à 125 titres. Les sources de cette année ne disent pas si le nombre annuel est fixé à l'avance.
Le mot film y est pris au sens large. On y trouve Khon, un film muet de 13 minutes tourné en 1929 par le service d'actualités des chemins de fer royaux, qui montre un spectacle de danse masquée devant le roi. Selon Bangkok Biz News, un des enfants qui y dansent est devenu un maître de khon, Akhom Sayakhom.
On y trouve aussi les films du docteur Boonsong Lekagul, médecin considéré comme un pionnier de la protection de la nature en Thaïlande : environ 22 heures de pellicule 16 mm tournées entre 1947 et 1987, mêlant vie privée, travail médical, publicités et faune sauvage. Et une collection de 449 minutes sur les groupes ethniques du pays, réalisée en 1964 et 1965 par l'Institut für den Wissenschaftlichen Film, que Khaosod English range parmi les plus complètes de son genre.
Le précédent de 2012 montre jusqu'où va le sens du mot. Cette année-là, The Nation signalait l'entrée de Chok Song Chan, de 1927, premier long métrage de fiction produit et interprété par des Thaïlandais. Il n'en reste qu'une bande de négatif de 25 mètres, environ une minute de poursuite en voiture, retrouvée en 1995.
La liste de 2015 allait dans le même sens avec Ta-mone Prai, tourné en 1959 par un cinéaste de Narathiwat et projeté seulement dans les provinces du sud. Le film complet durait 50 minutes, mais un rouleau abîmé n'en laisse que 42, avec une histoire de triangle amoureux et de singe géant. Sanchai Chotirosseranee, directeur adjoint de l'archive, disait alors que peu de films de ce cinéma régional ont survécu.
Le cinéma de studio a sa place aussi, avec L'Épée mystérieuse (Atsawin dap kaisit, 1970), première et seule performance de niveau international de Mitr Chaibancha, qui est mort le 8 octobre 1970. Selon Thai Post, le film a été tourné en deux versions en parallèle, l'une avec l'actrice taïwanaise Kwan Ling, l'autre avec la Thaïlandaise Petchara Chaowarat, en lien avec un studio de Hong Kong. La version avec Kwan Ling dure 90 minutes, celle avec Petchara 71 minutes et reste incomplète, d'après Khaosod English. Le film est sorti le 4 décembre 1970.
L'archive compte montrer ces films en salle, sur ses pages Facebook, YouTube et TikTok, et dans des débats, selon Bangkok Biz News. Aucun calendrier de séances n'est donné.
Cherm : un taxi de nuit et un Bangkok de 2005
Parmi les douze, Cherm (Midnight My Love en anglais) est le titre le plus récent des films de fiction populaires de la liste. Sorti le 12 mai 2005, ce film de 100 minutes est signé Kongdej Jaturanrasamee, présent à la cérémonie.
Wikipédia le décrit comme un drame romantique dans lequel l'acteur comique Petchtai Wongkamlao, connu sous le nom de Mum Jokmok, joue Sombat, un chauffeur de taxi solitaire qui ne s'intéresse qu'aux vieux airs de sa station de radio. Il se lie d'amitié avec Nual, une jeune femme qu'il raccompagne chaque nuit. Elle est interprétée par Woranuch Bhirombhakdi, dite Nun, dont c'est le premier long métrage selon Wikipédia, qui orthographie son nom Woranut Wongsawan.
Khaosod English retient le virage de carrière de Mum Jokmok, habitué des rôles drôles.
Time Out Bangkok, dans un texte en thaï publié pour l'inscription, lit surtout le film comme un album de la ville : néons au bord des routes, taxis qui roulent sans fin, chansons de la radio, et un McDonald's devant le centre commercial Major Ratchayothin. Le magazine souligne la situation de Sombat, ouvrier venu de province, payé à la journée, avec un revenu irrégulier. Il ajoute qu'en 2026 certains de ces lieux existent encore, que d'autres ont changé et que certains ont disparu sans que personne s'en aperçoive.
La réception de l'époque était moins unanime que la mémoire. Selon Wikipédia, le film a obtenu le prix de la critique au festival du film asiatique de Deauville en 2006 et trois prix de la Bangkok Critics Assembly (meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleur scénario, ce dernier à égalité avec Dear Dakanda). Aux National Film Awards de Thaïlande, il a été nommé dans plusieurs catégories sans en remporter.
Des plans noirs, une réalisatrice, des films sans signature
Syndromes and a Century (Saeng satawat), d'Apichatpong Weerasethakul, a été présenté le 30 août 2006 à la Mostra de Venise, premier film thaïlandais en compétition principale d'après Khaosod English. En Thaïlande, la commission de censure a exigé quatre coupes, selon Wikipédia : deux scènes de médecins qui s'embrassent et boivent de l'alcool dans un hôpital, un moine qui joue de la guitare, deux moines qui s'amusent avec une soucoupe volante télécommandée.
Le réalisateur a refusé de couper et retiré le film de la sortie nationale. Il l'a comparé à ses enfants, qu'il ne voulait pas mutiler par peur du système, selon la citation que rapporte Wikipédia. Le film est sorti en Thaïlande le 10 avril 2008, avec de la pellicule noire collée sur les scènes refusées. L'affaire a nourri une campagne pour supprimer la censure des films, rappelle Khaosod English.
En novembre 2009, la Cinémathèque du festival de Toronto l'a classé meilleur film de la décennie, sur le vote de plus de soixante historiens et programmateurs.
Le film d'Anocha Suwichakornpong, By the Time It Gets Dark (Dao Khanong), est réalisé par une femme. Sorti le 8 décembre 2016, il dure 106 minutes. Il a concouru pour le Léopard d'or à Locarno en août 2016, a reçu les prix du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur montage aux Suphannahong National Film Awards, et a été proposé comme candidat thaïlandais à l'Oscar du meilleur film étranger, sans être nommé.
Khaosod English rattache ce film et un autre au cinquantenaire du 6 octobre 1976 : le second est un film de 31 minutes tourné la même année, présentant les faits du point de vue des autorités de sécurité, dont l'auteur n'est pas clairement identifié. Trois personnes venues du film d'Anocha, Waywiree Ittianunkul, Rassamee Phaoluangthong et Achara Suwan, étaient à la cérémonie, tout comme Naowarat Yuktanan, actrice de Our Land (1976), tiré d'un roman de Malai Chupinit dont on célèbre cette année les 120 ans de la naissance.
Les femmes figurent aussi côté archives. WESTWÄRTS…Südostasiatinnen in der BRD, tourné en 1989, est un documentaire sur les femmes d'Asie du Sud-Est en Allemagne de l'Ouest, peu avant la chute du mur de Berlin. Jane Nimmanan a tourné en 1957 un film de 15 minutes en couleur, dont la seconde version, de neuf minutes en noir et blanc, n'a pas de créateur clairement identifié. Bangkok Biz News y voit une archive rare de l'histoire de la presse et de la diplomatie citoyenne.
Au moins deux entrées de la liste n'ont donc pas d'auteur clairement identifié. L'archive garde des images dont on ne sait pas toujours qui les a faites.
Ce que les sources ne disent pas
Presque tout ce qu'on lit sur cette liste reprend l'annonce de l'archive, un organisme public : Khaosod English et Bangkok Biz News décrivent les films dans les mêmes termes. Seul Time Out Bangkok apporte un regard propre, sur un seul film.
Les sources divergent d'un jour. Khaosod English date l'annonce du 5 octobre, Bangkok Biz News situe au 4 octobre la cérémonie présidée par Prasop Riang-ngoen.
Aucune ne précise ce que l'inscription apporte concrètement à un film (restauration, financement, protection). Aucune ne dit non plus quand les projections auront lieu. Les films eux-mêmes n'ont pas été vus pour ce texte.
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