RefletsL’actualité · Amour et sentiments
Sur 15 049 Britanniques, 69,5 % se souviennent d'une étreinte, d'abord pour le réconfort
Dans une enquête de Bristol publiée le 28 octobre 2026, 69,5 % de 15 049 adultes britanniques gardent le souvenir d'une étreinte. Le réconfort arrive en tête, l'empathie et l'attachement expliquent qui s'en souvient.

Dans une enquête de l'université de Bristol publiée le 28 octobre 2026 dans la revue PLOS One, 69,5 % des 15 049 adultes britanniques interrogés disent garder le souvenir d'une étreinte pour son effet positif. Le motif le plus cité est le réconfort, loin devant les autres.
Une question en une ligne, sept raisons possibles
La question, posée en anglais, tenait en une phrase : « Is there a hug that you remember because of its positive emotional effect on you? » Il y a eu 10 457 réponses positives et 4 589 négatives.
Cette étreinte-là n'a pas de date ni de visage dans les données : le questionnaire ne demandait ni qui l'avait donnée ni où. Reste le geste, et la raison pour laquelle il a laissé une trace.
Ceux qui avaient répondu oui devaient ensuite choisir la meilleure raison dans une liste fermée : le réconfort, le soutien, l'excitation, l'amabilité, le bonheur, la fin d'une période sans contact ou le sentiment d'être compris. Sur les 9 703 personnes qui ont choisi dans cette liste, 3 154 ont retenu le réconfort, 2 783 la compréhension et 1 939 le soutien, selon le décompte de StudyFinds, qui relaie l'étude. Un autre groupe de 754 personnes a préféré écrire son propre motif, et ces réponses libres ont été mises de côté. L'excitation ferme la marche, avec 147 personnes, soit environ 1,5 %. Sept cases pour ranger une chose qui tient d'ordinaire en un seul geste : tel était le format.
Ce classement n'a rien d'une surprise pour les auteurs : leur hypothèse de départ, inscrite dans le protocole d'analyse déposé avant l'étude, était que les étreintes se retiennent pour leur réconfort, leur soutien et la compréhension qu'elles disent, plutôt que pour l'excitation.
Les données viennent du Touch Test, un projet de science participative mené par des universités avec BBC Radio 4 et la Wellcome Collection. Plus de 40 000 personnes ont rempli le questionnaire sur le toucher entre le 21 janvier et le 31 mars 2020. Les auteurs ont gardé 15 049 adultes britanniques sans handicap ni maladie de longue durée déclarés, âgés de 18 à 92 ans, dont trois sur quatre sont des femmes.
Empathie, attachement, habitudes : qui garde la trace
Les auteurs partent d'un constat simple, repris par Neuroscience News : une étreinte stimule les fibres nerveuses tactiles dites C, atténue les réactions de stress et ralentit le rythme cardiaque, mais elle ne laisse pas le même souvenir à tout le monde. Pour l'un, c'est un abri, pour l'autre une raideur, une gêne, un geste qu'on ne sait pas rendre.
Le souvenir d'une étreinte ne se répartit pas au hasard. Les adultes qui obtiennent de meilleurs scores d'empathie, à la fois pour comprendre ce que ressent l'autre et pour le ressentir avec lui, sont plus nombreux à se rappeler une étreinte marquante. Il en va de même de ceux qui saluent leurs proches en les serrant dans leurs bras.
L'attachement tire dans deux directions. Les personnes qui disent souffrir de la séparation, donc plutôt dans l'attachement anxieux, retiennent plus souvent une étreinte. Celles qui valorisent leur indépendance dans la relation, donc plutôt dans l'attachement évitant, la retiennent moins souvent. Les auteurs rappellent que d'autres travaux ont relié l'évitement à des attitudes plus négatives envers le toucher affectif, et un toucher affectif qui calme moins la douleur chez les personnes évitantes, alors qu'il atténue la douleur des adultes à l'attachement anxieux. Cette lecture reste une corrélation : l'enquête ne dit pas que l'attachement fabrique le souvenir.
Une étreinte se retient, ou non, selon celui qui la reçoit.
Dans l'autre sens, ceux qui ont du mal à savoir comment étreindre ou qui n'aiment pas cela sont moins nombreux à garder le souvenir d'une étreinte heureuse. Un score de perception du corps, construit pour l'occasion, va aussi avec un souvenir plus net, mais les auteurs le qualifient de préliminaire.
La quantité, elle, ne fait pas le souvenir. La fréquence des étreintes au quotidien, l'âge, le genre et l'acceptation de son corps ne prédisent pas qui se rappelle une étreinte. Un détail attendu a lui aussi manqué : les adultes dont les parents les bordaient le soir avec un baiser n'en gardent pas plus de souvenirs, contre ce que l'équipe prévoyait, un résultat tiré d'une seule question que les auteurs jugent exploratoire.
« We hope our findings will help explain why hugs are perceived differently from person to person », écrivent les auteurs, qui voient comme prochaine étape l'effet de la personnalité, des expériences passées et du contexte de l'étreinte.
Des raisons un peu différentes pour les hommes et pour les femmes
Le genre ne prédit pas si l'on se souvient d'une étreinte, mais il colore le motif. Environ deux tiers des femmes ont choisi le réconfort ou la compréhension, contre environ la moitié des hommes, d'après StudyFinds. Les hommes citent plus souvent l'amabilité (12,3 % contre 4,8 %) et l'excitation (3,9 % contre 0,8 %).
Il faut lire ces pourcentages avec leur base : 85 hommes et 62 femmes seulement ont retenu l'excitation, et la question sur les raisons a reçu 2 197 réponses d'hommes pour 7 506 de femmes. Le lien entre genre et raison est qualifié de faible par l'étude, et les auteurs demandent de l'interpréter avec prudence. Le mot « arousal » figurait seul dans la liste, si bien que l'on ignore ce que les répondants avaient en tête.
Ce que la recherche disait déjà du bras qui entoure
Les auteurs rappellent que la plupart des preuves sur les étreintes et le stress reposaient sur des mesures du corps : fréquence cardiaque, tension artérielle, cytokines liées au stress, taux d'ocytocine. L'étude de Bristol ne mesure aucune hormone. Elle ne rapporte que des réponses à un questionnaire, qui viennent, selon eux, confirmer le rôle d'amortisseur de stress des étreintes.
L'un de ces travaux date de 2015. Une équipe de Carnegie Mellon University, conduite par le psychologue Sheldon Cohen, a suivi 404 adultes en bonne santé : les étreintes reçues avaient été recensées lors d'entretiens téléphoniques sur 14 soirées consécutives, puis les participants ont été exposés volontairement à un virus du rhume et surveillés en quarantaine. Les étreintes expliquaient un tiers de l'effet protecteur du soutien social. Cohen précisait que cet effet pouvait tenir au contact lui-même, ou au fait qu'une étreinte signale un soutien et une intimité. Des instituts américains de santé ont financé cette recherche.
Le même thème de l'apaisement par le contact revient dans un autre bref de cette rubrique : à l'université d'Innsbruck, 64 propriétaires de chiens ont pu caresser leur animal pendant une pause de 5 minutes entre deux épreuves de stress, et leur corps a mieux encaissé la seconde.
Un échantillon qui aime le sujet, des effets modestes
Le plus gros garde-fou tient à la façon dont les participants sont arrivés. Ils se sont portés volontaires pour un questionnaire sur le toucher, sans rémunération, après des appels diffusés à la BBC : ils sont donc probablement plus intéressés par la question que la moyenne, reconnaissent les auteurs. Tous sont britanniques, à 75 % des femmes, et l'étude prévient que les résultats peuvent ne pas valoir dans des sociétés où les normes de distance et de contact diffèrent. Elle ne contient aucune donnée française, si bien que le rapport des lecteurs de France, de Belgique, de Suisse ou du Québec à l'étreinte n'y est pas mesuré.
Les effets sont petits : les rapports de cotes vont de 0,871 pour le fait de ne pas aimer étreindre à 1,177 pour celui de saluer en serrant dans ses bras. Le modèle sur les raisons n'explique qu'entre 8,4 % et 8,7 % de la variance, et le questionnaire est transversal, ce qui interdit de dire si les traits précèdent le souvenir ou l'inverse. Le contexte de l'étreinte, qui l'a donnée et où, n'a pas été demandé, alors que les auteurs jugent probable qu'il pèse beaucoup.
Un point de transparence figure dans l'article : Michael Banissy, dernier auteur, est l'auteur d'un livre sur le toucher publié chez un éditeur commercial, ce qui ne change pas, disent les auteurs, leur respect des règles de PLOS One. Les financements viennent de l'ESRC (le conseil britannique de recherche en sciences sociales), de la fondation Leverhulme et du Conseil européen de la recherche, et le Touch Test a été commandé par la Wellcome Collection.
Les 754 réponses libres, celles de personnes qui n'ont reconnu leur raison dans aucune case, n'ont pas été analysées. Les auteurs ont mis le jeu de données en accès libre et y voient une matière riche pour une lecture qualitative.
Sources
- Why we hug: Individual differences predict emotional touch memories, PLOS One, Dueren et al., 28 octobre 2026
Rencontrer une femme sensuelle
Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.