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Le roman d'amour que Boualem Sansal écrivait avant sa prison paraîtra le 6 janvier 2027
Grasset publiera le 6 janvier 2027 « La possibilité d'un miracle », le roman d'amour que Boualem Sansal écrivait quand il a été arrêté, le 16 novembre 2024. L'éditeur le dit « miraculeusement retrouvé, réécrit, terminé, parachevé », sans préciser comment.

Grasset annonce pour le 6 janvier 2027 « La possibilité d’un miracle », le roman d’amour que Boualem Sansal écrivait quand il a été arrêté à Alger, le 16 novembre 2024. L’éditeur le décrit comme « miraculeusement retrouvé, réécrit, terminé, parachevé ». ActuaLitté a relayé l’annonce le 21 octobre 2026.
Une voisine de Belcourt, un musicien de jazz, un vol vers Los Angeles
Le résumé de Grasset tient en quelques gestes. Un homme d’aujourd’hui, « dans la force de l’âge », prend l’avion pour Los Angeles à la recherche de Zineb, une femme aimée et perdue « il y a si longtemps ». À Alger, dans le quartier de Belcourt, elle était la voisine du narrateur.
Zineb, dit l’éditeur, était vive, libre et rieuse. Elle part avec Samuel, un musicien de jazz américain de passage, et laisse derrière elle les amis du narrateur, désolés. Le roman la suit ensuite dans l’Alger de 1962, libéré, de ruelles en quartiers et de caveaux de jazz.
Avec Samuel, elle court le monde, porte la révolution à Cuba et a un premier enfant, prénommé Algeria, qui aura à son tour une fille, Nejma. Trois générations, donc, et un pays dont le prénom est donné à une enfant.
Grasset précise que le livre est aussi politique : à la fois roman et essai, il digresse pour revenir sans cesse à l’Algérie et à son destin « libre et tragique » depuis l’indépendance. La maison parle d’une méditation « à la façon ironique de Kundera » sur le peuple, la révolution et l’esprit des lois, et d’un écrivain « tendrement mécréant ».
Le livre sort en grand format à 22,00 €, au rayon littérature française. Grasset y voit « son plus beau livre », superlatif qui fait partie de la grammaire des quatrièmes de couverture depuis qu'elles existent.
Le résumé ne dit rien de ce que le narrateur a fait de toutes ces années, ni de ce qu'il espère trouver à l'arrivée. Il dit seulement qu'il part, et c'est déjà beaucoup pour une histoire qui commence par une absence.
Un manuscrit interrompu le 16 novembre 2024
Le 16 novembre 2024, Boualem Sansal est arrêté à son arrivée à Alger, après des déclarations controversées sur les frontières entre l’Algérie et le Maroc, rappelle ActuaLitté. Il est condamné à cinq ans de prison en mars 2025, une peine confirmée en appel.
Le 27 mars 2025, selon Al Jazeera, un tribunal de Dar El Beida, près d'Alger, prononce la peine de cinq ans pour atteinte à l'unité nationale. Les propos en cause venaient d'un entretien publié en octobre 2024 par le média Frontières, où l'écrivain interrogeait le tracé des frontières entre l'Algérie et le Maroc. Le président français, Emmanuel Macron, avait appelé le jour même les autorités algériennes à la raison et à l'humanité, en disant espérer qu'elles rendent sa liberté à l'écrivain et lui permettent de se faire soigner de la maladie contre laquelle il se bat. Son incarcération provoque une mobilisation internationale d’écrivains, d’éditeurs, d’associations de défense des libertés et de responsables politiques.
Il est gracié le 12 novembre 2025 par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, après une intervention du président allemand Frank-Walter Steinmeier, soit près d'un an de détention.
Selon Grasset, le roman était déjà en cours d'écriture au moment de l'arrestation.
Tout ce que l’on sait de la suite tient dans la formule de l’éditeur : « retrouvé, réécrit, terminé, parachevé ». ActuaLitté a demandé à Grasset dans quelles circonstances le manuscrit avait été retrouvé, quelle part du texte datait d’avant novembre 2024 et quel travail éditorial avait accompagné la fin du livre. La maison n’avait pas répondu à ces questions à la publication de l’article.
On lit donc, pour l'instant, un récit d'éditeur : un texte commencé avant, repris après, et dont personne n'a décrit publiquement la part de chaque période. L'adverbe « miraculeusement » et le titre du livre parlent du même mot, ce qui fait beaucoup de miracle pour un manuscrit dont les circonstances restent à raconter.
Autre histoire tenue à distance par l'écrit : le mariage de Sissi et de François-Joseph, que des lettres ont maintenu pendant les longues absences de l'impératrice.
La Légende d’abord, sept mois plus tôt
Ce roman arrive « sept mois seulement après le précédent », écrit ActuaLitté. Le précédent n'est pas un roman : La Légende, récit de la détention de Boualem Sansal, est paru chez Grasset le 2 juin 2026, sous-titré « Libres méditations d'un prisonnier encombrant ».
Le démarrage a été solide. Livres Hebdo note que l'auteur multipliait alors les déplacements : le Festival du livre de Collonges, en Suisse, le week-end du 6 juin, puis une séance de signatures le 9 juin à la librairie Au Bonheur des Livres, dans le 17e arrondissement de Paris, devant « 200 personnes, un mardi pluvieux de juin ».
Les chiffres, eux, se lisent ainsi. Selon Livres Hebdo, qui s'appuie sur le classement NielsenIQ BookData (Top 20 de la semaine du 1er au 7 juin), le livre est entré à la 4e place du Top 20 de sa première semaine, avec près de 17 000 exemplaires écoulés. D'après Edistat, cité par ActuaLitté, la première semaine a compté 15 323 exemplaires, pour un tirage initial de 150 000. Les deux sources donnent donc des chiffres différents pour la même semaine.
Le rythme est ensuite retombé : selon les dernières données Edistat citées par ActuaLitté, La Légende totalise 47 592 exemplaires vendus. ActuaLitté juge ce résultat honorable dans l'absolu, mais loin des ambitions que suggéraient le tirage et la campagne promotionnelle. La critique l'a trouvé précipité, voire bâclé, selon le même article, qui cite dans Le Monde les relevés de Raphaëlle Leyris : des incohérences chronologiques, des citations erronées, des confusions de monnaie.
Pour situer ces chiffres, ActuaLitté donne ceux du roman précédent, Vivre : le compte à rebours (Gallimard, 2024) : 11 159 exemplaires en grand format et 35 800 en poche, soit 46 959 ventes cumulées. Depuis juin, le récit de prison a donc presque rattrapé ce que le roman avait réuni en deux éditions.
Un million d’euros d’à-valoir, cent mille proposés ailleurs
En mars 2026, Boualem Sansal quitte Gallimard, son éditeur depuis Le Serment des barbares (1999), pour Grasset, une rupture après près de trois décennies de collaboration, malgré la mobilisation d'Antoine Gallimard pendant la détention. L'écrivain reprochait à son ancien éditeur une attitude trop prudente face au régime algérien, selon ActuaLitté. Le transfert s'accompagne d'un à-valoir d'un million d'euros, selon ActuaLitté, qui rapporte l'analyse de l'historien Jean-Yves Mollier : l'achat d'un capital symbolique.
Le 26 mai, sur France Inter, l'écrivain précisait que Gallimard lui avait proposé 100 000 €, contre un million chez Grasset. « J'étais étonné que je valais un million d'euros », disait-il. ActuaLitté ajoute que l'on ne sait pas si le nouveau roman entre dans cet accord, dont les modalités restent inconnues.
La présentation du livre vient de son éditeur, qui a autant intérêt qu'un autre à le dire grand, et l'article qui relaie l'annonce est lui-même titré sur la rentabilité d'un million d'euros. Le livre, lui, n'est pas encore en librairie.
Du Serment des barbares à Zineb
Sansal a 81 ans, selon Livres Hebdo, qui le cite en juin lors d'une séance de signatures à Paris devant 200 personnes un mardi pluvieux. Son premier roman, Le Serment des barbares (1999), était un portrait féroce de la société algérienne, rappelle ActuaLitté. Viennent ensuite Le Village de l'Allemand (2008), qui confronte l'héritage du nazisme à l'intégrisme islamiste, et Rue Darwin (2011), consacré aux blessures de l'histoire algérienne.
Son roman 2084 : la fin du monde a reçu le Grand Prix du roman de l'Académie française en 2015, et l'Académie l'a élu au fauteuil numéro 3 le 29 janvier 2026, au premier tour, par 25 des 26 voix exprimées, selon allAfrica.
De cette œuvre de mémoire, de religion et de pouvoir, ActuaLitté dit que « La possibilité d’un miracle » marque le retour à la fiction. Un roman d'amour, donc, dans une bibliographie qui n'en avait pas fait son sujet, et qui garde, d'après le résumé, sa part d'essai.
Grasset promet pour ce livre « la force, la vitalité, la gaieté » de l’auteur du Serment des barbares, de 2084 et de La Légende. La gaieté est un mot que l'on n'attend pas à côté d'une année de détention, et le sourire de l'éditeur ne dit pas ce que l'auteur en pense lui-même : nous n'avons trouvé aucun entretien de l'auteur sur ce roman à la date du 24 octobre 2026.
Le livre est annoncé pour le 6 janvier 2027.
Sources
- La possibilité d'un miracle, Grasset, fiche du livre à paraître le 6 janvier 2027
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