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Jimmy Pelletier a roulé 25 000 km en vélo à main et refait son tracé en Argentine

Le paralympique de Baie-Comeau a parcouru 25 000 kilomètres depuis juin 2025, près de trois fois le record mondial de distance continue en vélo à main. Il lui en reste 15 000.

Illustration : Reflets / Strugggl

Jimmy Pelletier a parcouru 25 000 kilomètres en vélo à main depuis son départ de Québec en juin 2025, annonce Ma Côte-Nord le 13 octobre 2026. L'ancien paralympique de Baie-Comeau entame en Argentine les 15 000 derniers kilomètres d'un tour du monde de 40 000 kilomètres, mené pour financer le Complexe santé Adaptavie, à Québec.

Une route sans accotement, un tracé refait

Début octobre, l'Argentine a déjà demandé un détour. Selon Info-web, le 15 octobre 2026, Jimmy Pelletier a dû modifier son parcours parce que l'accotement de la route prévue était inexistant, ce qui mettait sa vie et celle de sa conjointe, Manon Bélanger, en péril.

Le détour est la seule vraie nouvelle du tronçon, et elle tient en une phrase. Le reste est de l'arithmétique à grande échelle.

Les 25 000 kilomètres équivalent à environ sept Tours de France, ou à plus de la moitié de la circonférence de la Terre, selon Ma Côte-Nord. En un peu moins de 16 mois, le dénivelé cumulé atteint près de vingt fois l'ascension du mont Everest, d'après Info-web. Ces comparaisons viennent de l'équipe et de ses relais régionaux : aucune mesure indépendante n'est publiée.

Il vient de terminer la dixième étape, sur treize prévues. Le site de l'expédition indique que l'étape 10, en Amérique du Sud, est en cours et que les neuf précédentes sont bouclées. Elles ont mené l'équipe au Royaume-Uni et en Irlande, en Europe de l'Ouest, en Australie, en Thaïlande, au Maroc, puis de nouveau en Europe et au Moyen-Orient, en passant par deux éditions de la Randonnée Jimmy Pelletier, l'événement cycliste annuel qui finance Adaptavie.

Du Kilimandjaro à la traversée du Canada

Le tour du monde n'a rien d'un premier pas. Jimmy Pelletier a représenté le Canada aux Jeux paralympiques de Turin en 2006, en ski de fond assis, puis atteint en 2012 la 11e place mondiale en vélo à main, selon Le Petit Journal. Il a renoncé à viser Rio pour s'occuper de sa fille.

En 2015 est née la Randonnée Jimmy Pelletier, qui a reversé plus de 2,6 millions de dollars canadiens à des associations locales, dont Adaptavie, d'après la même source. En 2018, il a gravi le Kilimandjaro en vélo de montagne adapté, aidé de cordes et de planches. En 2019, il a traversé le Canada de Vancouver à Halifax, 7 200 kilomètres en 65 jours, ce qui donne une moyenne d'environ 125 kilomètres par jour.

À l'arrivée, il n'a pas fêté, il a écouté : « Quand j’ai fini la traversée du Canada, il y a une voix qui m’est venue. » La suite tient en une phrase, rapportée par Le Petit Journal : « J’ai dit à ma sœur : je vais faire le tour du monde. » Ce récit est le sien, et personne d'autre ne l'a vérifié, mais les étapes qui précèdent sont toutes documentées par la presse canadienne.

Un record que personne ne visait

Au mois de novembre 2025, au Portugal, Jimmy Pelletier a franchi un 8557e kilomètre en continu et battu le record mondial de distance en vélo à main, selon Radio-Canada. La marque précédente appartenait depuis 2022 au Belge Michiel Desmet. La Presse Canadienne la chiffre à 8556 kilomètres.

Il ne la poursuivait pas. Son chef de mission, Mario Légaré, a raconté à Radio-Canada que l'équipe s'était aperçue en consultant le Livre des records Guinness que le projet fracasserait forcément la marque. « C'est assez accessoire, mais on est content, car ça donne l'occasion de faire parler de nous », a-t-il dit.

Cette franchise a un prix de lecture. Mario Légaré est aussi directeur général d'Adaptavie, l'organisme qui touche l'argent, et la plupart des chiffres de ce récit viennent de lui, de Jimmy Pelletier ou du site de la tournée. Un record, ici, sert d'abord de levier de collecte.

Avec 25 000 kilomètres au compteur, l'équipe parle de près de trois fois la marque. Jimmy Pelletier, lui, garde le cap : « Mais pour moi, le plus important, c'est de faire les 40 000 kilomètres puis de ramasser le plus possible de fonds pour Adaptavie. »

Cent kilomètres par jour, la tête à six pouces du sol

Jimmy Pelletier roule couché sur son vélo à mains, selon Radio-Canada. Paralysé au-dessus du nombril, d'après Le Petit Journal, il dit à Radio-Canada ne pas pouvoir utiliser son tronc du tout.

Il décrit la route de l'intérieur : « Quand tu roules, t'as la tête à 6 pouces du sol, les camions passent à côté. » Le vent, la pluie, les flaques et les gaz d'échappement viennent avec, ajoute-t-il, et les lunettes sont exclues parce qu'elles se couvrent de buée. La cible hebdomadaire de l'équipe est de 400 kilomètres, rapporte le Journal Haute-Côte-Nord, ajustée au terrain. Sur le papier, c'est un horaire de facteur. Sur le bitume, c'est un autre sport.

Manon Bélanger, enseignante dans la région de Québec, a pris deux ans de congé sans solde. Sur sa propre bicyclette de route, elle ouvre le chemin et guide son conjoint dans les virages et les ronds-points, puisque sa position très basse limite sa visibilité. Elle rédige aussi un livre sur la traversée et répond aux questions de plusieurs classes du Québec. L'accueil varie fortement d'un pays à l'autre. En Thaïlande, a raconté Jimmy Pelletier à La Presse Canadienne en mars 2026, l'équipe a été reçue « comme Céline Dion », avec une escorte policière quotidienne. Au Québec, ajoutait-il, on a de la misère à lui donner une journée.

Le matériel, lui, ne se remplace pas au coin de la rue. À Radio-Canada, il raconte qu'un câble en aluminium de changement de vitesse, le seul élément non doublé, a cédé en Europe. Un bricoleur l'a recollé à l'époxy avec une broche, en attendant un soudeur et un machiniste.

S'adapter plutôt que viser la limite

Les mots reviennent d'une source à l'autre. En février 2026, depuis la Thaïlande, Jimmy Pelletier disait au Journal Haute-Côte-Nord que le sens du défi était de « s’adapter chaque jour, accepter les imprévus et continuer d’avancer malgré tout ». Sa devise, rapportée par Le Petit Journal en octobre 2025 : « Dans la vie, on a toujours le choix de survivre ou de s'adapter. »

Il est devenu paraplégique en 1996 après un accident de voiture, à 19 ans. Au Petit Journal, il raconte le déclic : « J’ai décidé de m’adapter à ma nouvelle condition. » Puis, à propos des marathons en fauteuil : « Ça m'a donné confiance. En fauteuil, la confiance, c'est tout. »

La confiance en sa propre capacité d'agir, la psychologie l'appelle l'autoefficacité, et elle a sa littérature sur les lésions de la moelle épinière. Une étude publiée dans l'International Journal of Environmental Research and Public Health le 16 octobre 2021 a interrogé 142 personnes sud-coréennes touchées par une lésion de la moelle épinière, qui pratiquaient au moins une fois par semaine un sport en groupe d'entraide (tennis de table, natation, rugby en fauteuil, musculation). L'acceptation du handicap faisait le lien entre autoefficacité et satisfaction de vie.

Les limites sont celles que les auteurs disent eux-mêmes : un recrutement par convenance, une enquête transversale sans groupe de comparaison, donc aucun lien de cause à effet démontré, et aucun financement extérieur. Aucun de ces sports n'est le vélo à main, et personne n'y roulait seul vers Buenos Aires. L'étude éclaire un mécanisme possible, pas le cas Pelletier.

Le tracé de l'Argentine a changé parce que la route ne laissait pas de place, et le plan a plié sans que le projet s'arrête. Mario Légaré le dit à sa façon au Journal Haute-Côte-Nord : « À cette échelle, on réalise rapidement que ce n’est pas nous qui contrôlons tout. »

Dix dollars le kilomètre, et la suite

Un kilomètre coûte 10 dollars canadiens.

Chaque kilomètre du parcours s'achète symboliquement pour ce prix, soit environ 6 euros, au profit du futur Complexe santé Adaptavie. Selon Ma Côte-Nord, l'ouvrage comprendra des espaces adaptés, une clinique de kinésiologie, un laboratoire de recherche et un portail de diffusion des connaissances. Mi-mars 2026, la tournée avait réuni un peu plus de 225 000 dollars sur un objectif de 800 000, d'après La Presse Canadienne. Aucun chiffre plus récent n'a été publié dans les articles consultés.

La France a eu sa part. Du 29 mai au 8 juin 2026, la dixième Randonnée Jimmy Pelletier a relié Versailles, Chartres, Le Mans, Angers, Tours, Orléans, puis Versailles, soit 672 kilomètres, avec seize cyclistes venus du Québec selon Ma Côte-Nord.

Autre itinéraire long, autre mur : le marcheur Karl Bushby, après 49 110 km à pied, a buté sur une trentaine de kilomètres d'eau.

Prochain jalon : terminer l'étape 10 en Argentine, puis traverser le sud des États-Unis du Pacifique à l'Atlantique à l'étape 11, avant de rentrer par la côte Est à l'étape 12, a indiqué Jimmy Pelletier. Le retour au Québec est attendu en juin 2027, selon le Journal Haute-Côte-Nord et Radio-Canada.

Sources

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

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