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67 décollages en huit mois : Mauro Granzotto, 67 ans, part de Venise avec une ordonnance en anglais

Mauro Granzotto, 67 ans, devait quitter Venise le 16 octobre 2026 pour huit mois, 21 étapes et 67 décollages. Il vit depuis 2017 avec une fibrose pulmonaire idiopathique et emporte huit mois de médicaments.

67 décollages en huit mois : Mauro Granzotto, 67 ans, part de Venise avec une ordonnance en anglais
Illustration : Reflets / Strugggl

Mauro Granzotto, 67 ans, devait décoller de Venise le 16 octobre 2026 pour un tour du monde de huit mois : 21 étapes, 67 décollages, une première halte de 29 jours en Indonésie. Ce consultant financier de Trévise, proche de la retraite, emporte aussi huit mois de médicaments et une ordonnance rédigée en anglais.

Une tour de 21 étages tenue par 28 liaisons

Juste avant le départ, Il Messaggero et Il Mattino racontent les derniers préparatifs. Granzotto a été pendant 23 ans dirigeant d'une entreprise de mode, puis consultant financier depuis 25 ans. Ces derniers mois, il a dû conclure ses dossiers, dire au revoir à ses clients et bâtir l'itinéraire presque de zéro.

Septembre, raconte-t-il, lui a fait vivre des semaines d'une intensité jamais éprouvée, avec la sensation de ne plus tout tenir. Il a trouvé son image au cours d'une conversation avec un client ingénieur : une tour de 21 étages, un par étape, maintenue debout par les 28 liaisons aériennes principales. « All’inizio sono stato l’ideatore del progetto, poi ho dovuto trasformarmi in architetto, ingegnere e infine arredatore », a-t-il expliqué.

Le premier tronçon mène de Venise à Rome, puis à Doha, où il compte deux jours d'escale, avant Jakarta. Il voyage avec une valise, qu'il juge la formule la plus commode pour ce type de trajets, et admet qu'il aura du mal à respecter la limite de poids, parce qu'il a toujours tendance à ajouter quelque chose.

Ses amis lui ont offert deux T-shirts à la carte du voyage et une lettre.

Ils forment un groupe de cinq couples qui partagent une amitié profonde depuis environ quinze ans. Granzotto dit ne pas avoir retenu ses larmes en lisant la lettre, puis conclut : « Ora sono pronto per partire ».

Une carte de quatre mètres et quarante ans de Pacifique

Le projet n'est pas né en septembre. Dans un premier récit publié en août, Il Messaggero décrit une carte du monde accrochée devant le lit de Granzotto, presque aussi grande qu'un mur : quatre mètres sur deux mètres soixante. C'est pendant le Covid qu'il y a tracé, du doigt, les lignes de ce voyage. « È da quarant’anni che ho dentro il fuoco del Pacifico e il desiderio di attraversare il mondo senza fretta », dit-il.

Le voyageur n'est pas un débutant. Il compte déjà 124 pays visités, un premier tour du monde en 1990, une des anciennes routes de la soie parcourue en 1997, d'Istanbul à Almaty, puis la Patagonie, l'Afrique, l'Asie du Sud-Est, Cuba et Madagascar. En 1993, il a traversé le Pérou avec deux amis avant de poursuivre par la route jusqu'à Caracas, à une époque où Internet n'accompagnait pas encore chaque déplacement et où les guides Lonely Planet faisaient office de boussole. Il se déplace en bus et en train, dit-il, parce que c'est là qu'on connaît un lieu, et il lit des essais, des guides et même des romans avant d'entrer dans un pays. Ce sont les rencontres, plus que les paysages, qui lui sont restées : en Iran, en 2014, des jeunes qui voulaient parler anglais avec un étranger, et en Birmanie de jeunes moines qui discutaient de football italien.

L'organisation a été confiée en partie à l'agence Hirondelle, de Giuliano Cazzaro, avec qui il a monté un casse-tête de billets « round the world ». Le programme annoncé en août traverse le Qatar, l'Indonésie, Singapour, les îles Salomon, Vanuatu, la Nouvelle-Calédonie, l'Australie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande, Tonga, les Fidji, les Samoa, les îles Cook, la Polynésie et Hawaï, puis les Amériques, entre Miami, la Colombie, le Panama et les Caraïbes.

Les chiffres ont bougé. En août, les deux journaux parlaient de 38 vols et de 22 étapes. En octobre, ils comptent 21 étapes et 67 décollages. Les articles n'expliquent pas l'écart, et aucun ne dit si le nouveau décompte remplace l'ancien ou le complète : un tour du monde de huit mois se recompose sans doute jusqu'à la dernière réservation.

Une échéance qu'on se donne sans le décider

L'article d'août ajoute ce que l'organisation ne dit pas. Granzotto vit depuis 2017 avec une fibrose pulmonaire idiopathique, une maladie rare et grave qui rigidifie peu à peu les poumons et rend l'effort de plus en plus essoufflant. D'où la réserve de médicaments pour les huit mois et l'ordonnance en anglais, pensée pour éviter les ennuis aux contrôles des aéroports.

Sur le moment où l'on s'impose un calendrier, il est direct. « Inconsciamente cominci a darti delle scadenze », dit-il de la maladie. Il en a tiré que le voyage est l'essence de sa vie, et il ne demande à personne de l'imiter. Il espère seulement qu'un lecteur se dise que, si lui y arrive, il peut tenter ce qu'il croyait impossible : « Non bisogna per forza fare il giro del mondo. Il punto è non smettere di cercare ciò che ci fa sentire vivi ».

La psychologie du regret apporte un éclairage, avec des limites nettes. Neal Roese, professeur de marketing à la Kellogg School of Management, a examiné onze études où des personnes classaient les domaines de leur vie qu'elles regrettent le plus. L'éducation arrive en tête, puis la carrière, la romance, la parentalité, le soi et les loisirs. Pour Roese, ce classement reflète là où chacun voit des possibilités de changer, ce qu'il appelle le principe de l'opportunité. « Regret is like a flag going up », résume-t-il : le regret pousse à agir quand quelque chose peut encore être corrigé.

Le texte de la Kellogg School date de 2010 et résume des recherches, sans détailler les échantillons. Dans l'article, Roese rattache lui-même ses résultats à l'idée américaine de possibilité, et rien ne concerne des voyageurs ou des personnes malades. Roese note aussi un paradoxe : là où la société décide davantage, dans les pays où le mariage arrangé est courant par exemple, les gens auraient moins de regrets, faute de marge de manœuvre. Granzotto, de son côté, ne parle pas de regret. Il dit qu'on tient souvent pour normales des compétences acquises avec les années, et qu'en regardant ce qu'il a organisé, il mesure avoir accompli quelque chose d'important.

Partir seul : ce que disent deux sondages d'agences

Le voyage en solo n'est plus réservé aux vétérans de la route de la soie, du moins si l'on en croit les sondages, tous deux publiés par des entreprises qui vendent des voyages. Selon une étude menée par OnePoll pour eDreams du 9 au 17 juin 2026 auprès de 1 000 adultes français ayant voyagé à l'étranger ces cinq dernières années, 41 % des voyageurs solitaires français partent seuls pour être libres de leurs choix et de leur rythme, contre 36 % en 2023. Seuls 22 % le font faute de proches disponibles.

Dans la même enquête, 38 % attendent d'un voyage en solo plus d'autonomie et de confiance en soi, en apprenant à gérer les imprévus. C'est une attente déclarée, pas un effet mesuré. Autre chiffre de l'enquête : 39 % des Français citent la sécurité comme l'élément le plus important à préparer (trousse de secours, contacts d'urgence), soit dix points de plus qu'en 2023, juste derrière les Britanniques (40 %) et devant les Allemands (38 %). La liberté se vend bien, mais elle voyage avec une trousse de secours.

Le Travel Trend Report du Dertour Group, relayé par TourMaG en août 2026, interroge 8 000 Européens dans 13 pays. Près de 30 % envisagent de voyager seuls dans les douze mois, 32,2 % en France, derrière l'Allemagne et la Suède. La proportion monte à 37,6 % chez les célibataires. Les voyageurs solo y restent 10,4 jours en moyenne, contre 8,9 jours pour l'ensemble des voyageurs, et partent davantage hors saison. Le rapport décrit aussi un profil de voyageur JOMO, pour Joy of Missing Out, qui préfère un nombre limité d'expériences à l'accumulation de visites. Un tour du monde en 21 étapes et 67 décollages n'entre pas tout à fait dans cette case.

Deux sondages d'agences prouvent surtout que l'envie se vend bien. Le départ de Granzotto se mesure à autre chose : une valise, une carte et des boîtes de médicaments.

À l'autre bout de l'échelle des durées, Karl Bushby, parti du Chili le 1er novembre 1998, n'avait plus que la Manche à franchir début octobre.

Jakarta d'abord, puis le Pacifique

La première grande étape sera l'Indonésie, avec une présence prévue de 29 jours. Le retour est annoncé en juin 2027, selon les articles d'août. Nous n'avons pas pu trouver de compte rendu du décollage du 16 octobre lui-même.

Sources

Rencontrer une femme exploratrice

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.