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Sab, 32 ans, rentre à Singapour après 61 jours de sac au dos et le dit en vidéo

Partie le 15 juillet pour la Norvège, la Singapourienne Sab, 32 ans, a dit se sentir seule au bout de 61 jours, lasse de se présenter 700 à 800 fois à des inconnus.

Sab, 32 ans, rentre à Singapour après 61 jours de sac au dos et le dit en vidéo
Illustration : Reflets / Strugggl

Au bout de 61 jours sur la route, Sab, une Singapourienne de 32 ans, a filmé son envie de rentrer. Elle avait quitté un poste de bureau en juin pour vivre de contenus de voyage, et sa vidéo, publiée en septembre, est relayée depuis le 23 octobre 2026 par VnExpress, puis par Znews.

Des Lofoten à Santiago, avec 30 kilos sur le dos

Le départ est daté. Le 15 juillet, Sab prend l'avion pour la Norvège, où elle marche 200 kilomètres dans l'archipel des Lofoten, selon le récit de Znews. Elle enchaîne avec la Suède et le Kungsleden : 110 kilomètres de sentier, six jours sans douche. Puis la Grèce.

Son équipement tient dans un sac de 30 kilos, avec quelques appareils pour filmer et photographier. Son filet de sécurité tient en moins de place encore : d'après Znews, elle n'avait ni économies ni plan de secours. En Grèce, elle s'habitue à parler face à la caméra et à monter ses vidéos seule. Le doute arrive au rythme du solde bancaire, qui baisse chaque jour pendant que le contenu ne rapporte encore rien.

En Espagne, l'élan revient grâce aux gens croisés sur le chemin de Compostelle. Au bout de cinq jours de marche, devant la cathédrale de Santiago de Compostela, elle fond en larmes et laisse sortir des émotions longtemps contenues. Début septembre, elle loue un appartement au Portugal pour souffler après plus d'un mois de route : elle visite les villes, goûte les plats locaux, suit un cours de pilates, et ses matinées commencent par une marche tranquille face au lever du jour. Rien, dans cette liste, ne ressemble à une galère, et c'est ce qui rend la suite instructive. Le décor est celui des cartes postales du départ sans filet, avec une différence que les cartes postales taisent : quelqu'un doit payer le logement.

Sept cents présentations, pas d'ancre

Au soixante et unième jour, Sab le dit à voix haute devant l'objectif. Dans la vidéo, rapporte VnExpress, elle lance : « Mom, I'm coming home. I feel very lonely. » Puis elle précise : « Freedom looks very different at different stages of your life. »

Elle voyage seule depuis ses 18 ans. À cet âge, des mois de route ne lui faisaient pas manquer sa famille ni ses amis, et le sac à dos incarnait pour elle la liberté. À 32 ans, elle regrette sa vie simple à Singapour, sa famille, ses amis de longue date et les dîners où l'on parle de tout. Znews compte ce qu'il en coûte de rencontrer sans cesse : elle a dû se présenter 700 à 800 fois, et les politesses échangées au comptoir d'un bar ne l'enthousiasment plus comme avant.

Le budget pèse aussi. Elle change d'Airbnb tous les quatre ou cinq jours, d'après Znews, et l'inquiétude des factures l'empêche de se concentrer sur la création. « I have no anchor and it's very easy to get lost if you have no anchor », dit-elle dans la vidéo. Rétrospectivement, elle juge avoir vécu de façon irresponsable en démissionnant sans préparation, mais Znews précise qu'elle reste fière d'avoir osé.

Le slogan du départ sans filet n'avait pas prévu la facture de l'Airbnb.

Nous n'avons pas pu ouvrir la vidéo d'origine sur Instagram : les propos cités viennent de VnExpress, qui la décrit comme virale, et de Znews. VnExpress situe la publication « last month » par rapport à son article du 23 octobre, soit en septembre, ce que recoupe Znews, selon qui Sab préparait ses bagages à la mi-septembre pour rentrer. Elle est désormais à Singapour, sans avoir renoncé à son projet de devenir créatrice de contenus : elle aime partager, filmer les paysages et passer de longues heures à monter, rapporte Znews. Ce qu'elle lâche, c'est le rythme du voyage.

Combien de contacts, et de quelle qualité

Les 700 à 800 présentations de Sab forment un compte, et ce compte dit peu de chose sur ce qu'elle regrette : des conversations de fond avec des gens qu'elle connaît. Une étude parue le 15 juillet 2026 dans Nature Communications fait justement cette distinction. Menée par l'université de Bristol, la fondation Nesta et Amsterdam UMC, avec les universités d'Oxford et de Manchester, elle sépare la solitude (la qualité des relations d'une personne) de l'isolement social (le nombre de ses contacts).

Les chercheurs ont croisé trois méthodes sur des données de la UK Biobank : une analyse d'observation, des comparaisons entre frères et sœurs et une randomisation mendélienne, qui s'appuie sur la génétique pour approcher une causalité. Résultat : solitude et isolement social vont avec une moins bonne santé mentale et un bien-être moindre, la solitude étant aussi liée à une moins bonne santé générale. L'équipe n'a pas trouvé de preuve nette d'effets sur des maladies physiques précises, sans pouvoir les exclure.

Dr Zoe Reed, chercheuse en psychologie à Bristol et autrice correspondante, conclut que « loneliness, and possibly social isolation, are still important public health concerns », surtout pour la santé mentale et la santé générale.

Les limites comptent ici autant que les résultats. L'étude porte sur des adultes d'âge mûr et plus âgés, pas sur des voyageurs de 32 ans. Elle mesure la solitude à un seul moment, et ses auteurs demandent d'étudier la solitude durable et les plus jeunes. Elle ne dit rien d'un voyage de deux mois. Elle donne seulement un vocabulaire : ce que Sab décrit, un déficit de liens profonds malgré un grand nombre de rencontres, relève de la qualité plutôt que de la quantité.

Jennifer, 27 ans : même départ, autre arithmétique

Un autre récit singapourien, publié par AsiaOne en avril 2026, permet de mesurer l'écart. Jennifer Hong, 27 ans, secrétaire dans un ministère de la Santé, quitte son emploi en décembre 2024 et part le 27 décembre 2024 pour un trajet terrestre de Singapour au Kazakhstan. Prévu pour cinq mois sur sept pays, il s'allonge : elle atteint le Kazakhstan au bout de 114 jours, puis ajoute le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, l'Arménie et la Géorgie. Elle visite onze pays et rentre en février 2026.

Ses raisons de partir : l'épuisement, le stress, des difficultés familiales et l'instabilité de son emploi. Elle décrit un stress qui avait fini par affecter sa façon de penser, avec des pensées qui tournaient en boucle, et affirme que le voyage a aidé à la soulager de ce burnout. Sa famille, dit-elle, accepte ses départs en solo parce qu'elle la sait indépendante. Mais son budget vient d'années d'économies, pour environ 20 000 dollars de dépenses, selon son estimation. Son moteur de prolongation tient en une phrase : « I also realised I still had things to figure out in my life ». Et elle sait où s'arrêter. Hésitante devant l'Europe, elle cite un proverbe qu'elle a retenu, « If you get on the wrong train, get off at the first stop. The longer you stay, the more expensive it gets », et craint de manquer d'argent pour revenir.

Jennifer a aussi eu le mal du pays : par temps froid, quand il fallait s'habiller en couches chaque jour, et devant l'envie de laksa. Elle dit qu'en voyageant seule, elle s'est découverte « a totally different person » : elle se plaint moins et agit davantage.

Deux récits ne font pas une statistique, et leurs différences sont multiples : âge, épargne, itinéraire, durée. Les sources ne permettent pas d'attribuer l'écart à l'un de ces facteurs plutôt qu'à un autre, et aucun des deux articles ne mesure ce que chacune a gagné ou perdu en chemin.

Un doute dans les commentaires, un plan B à l'arrivée

Sous la vidéo de Sab, VnExpress relève surtout de la sympathie, et Znews note que certains spectateurs voient dans l'essai raté un moyen de mieux se connaître plutôt qu'un échec. Un internaute écrit : « Everything should be in moderation; having a place to come home to is a non-negotiable. » Un autre demande pourquoi on transformerait un loisir en métier. Un troisième raconte avoir vécu la même chose : on attend d'un voyage qu'il change la vie, et il ressemble au bout du compte à « one long lonely tourist stay ».

Le goût du très long voyage en solo prend d'autres visages, comme celui de Mauro Granzotto, 67 ans, et ses 67 décollages depuis Venise. Sab, elle, garde la création de contenus comme cap. Elle envisage un emploi à temps partiel ou à distance pour avoir un revenu stable pendant qu'elle construit son audience, selon VnExpress et Znews, et dit à ceux qui bâtissent quelque chose qu'il faut croire que cela marchera, avec un peu plus de temps.

Sources

Rencontrer une femme exploratrice

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.