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Trop peur de partir seule, Tania a rejoint neuf inconnues pour seize jours en Chine
Dix femmes de 25 à 64 ans, inconnues entre elles, ont fait seize jours de Chine avec Copines de Voyage en septembre 2026. Tania y est allée parce qu'elle avait trop peur de partir seule.

Dix femmes de 25 à 64 ans, qui ne se connaissaient pas, ont passé seize jours ensemble en Chine en septembre 2026 avec l'agence Copines de Voyage, raconte le magazine GEO dans un reportage publié le 25 octobre 2026. Tania, 25 ans, y est allée parce qu'elle avait « trop peur » de voyager seule.
Un circuit, deux images et dix profils
Copines de Voyage a été créée en décembre 2016 et revendique 40 000 voyageuses accompagnées, avec une communauté de plus d'un million de femmes. Le principe : un petit groupe, un programme préparé.
Autre détail qui compte pour la suite : le comparateur Ulysse range l'agence dans la tranche des 30 à 50 ans. Le groupe de Chine, lui, va de 25 à 64 ans. Une tranche d'âge de catalogue ne dit pas tout.
Le programme se lit comme un dépliant : les gratte-ciel de Shanghai, les palais impériaux de Pékin, les pitons rocheux de Zhangjiajie, les rizières en terrasse, les ruelles de vieux villages, puis Hong Kong. La fiche de l'agence annonce 14 nuits sur place, des groupes de 4 à 10 personnes et un « Rythme dynamique ».
Pour plusieurs participantes, il a suffi de deux images : la Grande Muraille et les colonnes de pierre de Zhangjiajie, que l'on associe au film Avatar. Les montagnes de cinéma servent de produit d'appel, et GEO ne s'en cache pas.
Virginie, une quadragénaire, n'imaginait pas la Chine comme une destination de paysages. « Pour moi c'était juste du béton, des grands immeubles, de la pollution, des usines », raconte-t-elle. Tout a basculé en mai 2026, quand une amie est partie seule trois semaines dans le pays et lui a envoyé des photos. Virginie hésitait alors entre un trek au Népal et la Chine, a pesé les contraintes matérielles du trek, puis a tranché.
Inès, 31 ans, installée en Corée du Sud depuis quatre ans, avait déjà fait onze séjours avec l'agence. Shanghai et Pékin, elle connaissait. C'est la combinaison avec Zhangjiajie qui l'a fait repartir.
Le frein, c'est l'agenda des autres
GEO place la difficulté ailleurs que dans la destination : encore faut-il trouver avec qui partir. Les amis n'ont pas les mêmes congés, les couples ont leurs projets, les budgets ne suivent pas au même rythme.
Inès a des vacances tous les trois mois et peut y consacrer un budget conséquent. Ses amis restés en France, non. Marion, 33 ans, redoutait de se retrouver au dernier moment avec un programme de Nouvel An qui ne lui conviendrait pas, et a tenté un premier séjour plus court, en Laponie.
Virginie, elle, voulait célébrer Holi en Inde et voir le Taj Mahal en 2016, mais ses amies étaient en couple ou sans budget. Elle est claire sur ce qu'elle refuse : « Or je n'aime pas voyager seule car c'est fade, il n'y a pas de partage ». Depuis, elle a fait quatre voyages avec la plateforme.
Le cas de Tania est différent, et plus net. « J'adore voyager mais pour l'instant j'ai trop peur de le faire toute seule ! Pour moi Copines de voyage c'était l'occasion de voyager seule mais accompagnée. » Elle dit aussi qu'elle n'a pas eu à trouver les visites, les activités, les hôtels ni les guides.
Le départ solo, version encadrée : voilà le produit.
GEO décrit une formule qui séduit des voyageuses aux profils très différents, entre besoin de liberté, goût des rencontres et envie de se laisser porter. Ces trois moteurs ne tirent pas dans le même sens, et le reportage ne dit pas lequel domine chez les dix. Un besoin de liberté s'accommode mal d'un programme où les journées commencent tôt et suivent des sentiers, des escaliers et des passerelles suspendues, comme le décrit la fiche de l'agence. L'envie de se laisser porter s'y trouve mieux. Chacune a donc négocié, sans le dire, ce qu'elle cédait pour partir : le choix de l'itinéraire contre la compagnie, l'imprévu contre la sécurité.
Neuf inconnues à apprivoiser
Reste la question que le programme ne règle pas : va-t-on s'entendre avec celles qui partagent deux semaines de route ? Beaucoup de participantes testent d'abord le format sur quelques jours. Shazia, une Suissesse d'une trentaine d'années, a fait une semaine en Jordanie avant de s'engager pour seize jours en Chine.
Virginie résume le résultat : « On rencontre 9 nouvelles filles et souvent on se lie d'affection pour quelques-unes ». Certaines rencontres se prolongent après le retour, selon GEO, avec des voyages à deux organisés hors de l'agence.
Le slogan maison, repris par le comparateur Ulysse, est plus gourmand : « Parties avec des inconnues, revenues avec des amies. » Le reportage ne chiffre aucune amitié durable. Il ne dit pas non plus comment les témoins ont été choisis, ni si l'agence a facilité les contacts, et il ne cite aucune voyageuse déçue.
Ce que le voyage en solo change, selon une étude
Le voyage en groupe de Tania n'est pas du voyage en solo, mais la peur qu'elle cite est celle que des chercheuses ont étudiée. Magali Trélohan (EM Normandie), Joëlle Lagier et Nathalie Montargot (Excelia Business School) ont publié dans Current Issues in Tourism une étude fondée sur des entretiens approfondis avec des femmes backpackeuses de 23 à 47 ans, parties en Asie, en Amérique du Sud, en Europe de l'Est ou sur les routes de France.
Elles y distinguent trois dynamiques : la découverte, le partage et l'affrontement des peurs. Léa, 29 ans, résume la première : « Je ne pensais pas que j'étais capable de ça avant de partir seule. » Pour Magali Trélohan, le voyage en solo s'est révélé « une expérience profondément transformatrice » pour toutes les personnes interrogées.
L'étude relève aussi un revers : au retour, ces femmes se trouvent en décalage avec leur entourage, qui ne perçoit pas toujours leur évolution. EM Normandie, qui a présenté l'étude le 13 mai 2025, replace le phénomène dans une hausse mesurée par l'Organisation mondiale du tourisme : de 54 millions de femmes voyageant seules en 2014 à 138 millions en 2017.
Les limites sont celles d'une enquête qualitative. Le nombre d'entretiens n'est pas donné dans la présentation des autrices, les témoignages ne représentent pas toutes les voyageuses, et le chiffre mondial s'arrête en 2017. Les chercheuses appellent elles-mêmes à étudier d'autres contextes, comme l'expatriation ou les séjours longs à l'étranger, et des variables culturelles, générationnelles ou socioéconomiques.
Surtout, la confiance décrite naît de la débrouille, ce qui compte pour qui regarde un circuit encadré. Une des voyageuses cite des bus albanais qui roulent très vite, porte ouverte, et les autrices notent que l'affrontement du danger peut renforcer la confiance. La logistique d'un circuit encadré retire une bonne part de ces épreuves, et rien dans l'étude ne dit si la même confiance naît quand les hôtels, les visites et les guides sont réglés d'avance.
Une voyageuse singapourienne partie en sac à dos avait dit se sentir seule en route, ce que raconte un autre bref de cette rubrique. Le groupe organisé change l'équation : on est entourée dès le départ, mais l'itinéraire est tracé par l'agence.
4 515 euros, 25 avis et une Chine hors du top 5
Les départs d'avril à août 2027 affichés sur la fiche de l'agence vont de 4 515 € à 4 830 €. Selon Ulysse, les escapades de Copines de Voyage démarrent à 300 € pour trois jours, et le Bali à 2 299 € inclut le vol. La Chine se situe bien au-dessus.
La fiche affiche 25 avis. Plusieurs datent de septembre 2026, sans que la page dise de quel départ ils viennent, ni si ce sont ceux de GEO. Des voyageuses donnent 5 sur 5 à un voyage « fatiguant mais on en prend plein les yeux ». Une note de 3 parle d'un « Manque d'authenticité », une autre d'un « Voyage décevant au regard du prix : rythme trop intense, manque de liberté ». Un avis à 5 évoque même « l'atmosphère négative du groupe » : la note reste haute, le malaise du groupe est dit.
Ces avis sont publiés par l'agence sur sa propre page. Le reportage de GEO, lui, ne donne pas le prix du circuit.
Côté marché, l'agence affirme une hausse de 25 % de ses réservations depuis juin 2026 par rapport à juin 2025, et un top 5 de l'été 2026 composé de la Grèce, de Bali, du Portugal, de l'Italie et de l'Espagne. Ces chiffres viennent de l'agence elle-même, et la Chine n'y figure pas.
Du côté des freins, Ulysse cite une étude Tourlane-Ifop dont il ne donne pas l'échantillon : 78 % des Françaises n'ont jamais voyagé seules hors d'Europe, et la sécurité, frein principal, est citée par 66 % d'entre elles.
Avril 2027 : la prochaine date
Le prochain départ se joue au printemps. La fiche de l'agence liste des départs les samedis 3, 10, 17 et 24 avril 2027, avant mai, juillet et août. Pour l'un des départs d'avril, affiché à 4 585 €, elle indique « 5 inscrites /10 ».
Sources
- Circuit Chine authentique 15 jours, Copines de Voyage
- Partir seule pour mieux se trouver, The Conversation
- Le voyage en solo transforme les femmes, EM Normandie, 13 mai 2025
Rencontrer une femme exploratrice
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