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Un article la veille, une vingtaine de présents, une question sur le filmage : Brittany Newell à Stanford

Le 8 octobre 2026, l'autrice Brittany Newell a parlé devant une vingtaine de personnes du programme SLE de Stanford, un article l'ayant visée la veille. Selon le Stanford Daily du 14 octobre, un étudiant a demandé à voix haute si elle acceptait d'être filmée.

Illustration : Reflets / Strugggl

Devant une vingtaine de personnes du programme SLE de Stanford, l'autrice Brittany Newell, dont le roman s'inspire de son expérience de dominatrice à San Francisco, a parlé le 8 octobre 2026. Le Stanford Daily a raconté la rencontre le 14 octobre 2026, avec une question lancée à voix haute : « are you comfortable being filmed? »

Un courriel, puis un article la veille

Le programme Structured Liberal Education, dit SLE, est décrit par le Stanford Daily comme le programme de résidence en arts libéraux que l'université de Stanford, en Californie, réserve à ses étudiants de première année. Il a invité Brittany Newell, de la promotion 2016 de l'université, puis titulaire d'un master, dans sa série de rencontres « Books and Boba ». Son roman « Soft Core », inspiré en grande partie de son expérience directe de dominatrice, a retenu l'attention de grands médias, écrit le Daily.

Le courriel qui annonçait la rencontre promettait « advice to budding writers about a career in the arts ». Le 7 octobre 2026, la veille, le journal étudiant The Stanford Review a publié un article intitulé « SLE invites Professional Dominatrix to Advise Students ». Il parlait de la rencontre au futur, sans l'avoir vue.

Le Review y oppose le profil de l'invitée aux textes du programme. Il cite les Méditations de Marc Aurèle, qu'il décrit comme un traité sur la discipline et la maîtrise de soi, et l'Éthique à Nicomaque d'Aristote. Il juge aussi le roman faible : il rappelle que le New York Times y voit des intrigues secondaires qui « peter out or climax abruptly ».

Le Review se demande ensuite ce que le programme gagne concrètement à l'accueillir, si elle est au moins une écrivaine remarquable et si elle traite son sujet de façon neuve. Il s'interroge aussi sur l'idée que des hommes paient une intimité coûteuse et passagère plutôt que de consulter un thérapeute agréé. Ces questions sont les siennes, posées sans avoir entendu l'invitée.

Le texte concède pourtant le point décisif : le programme « has the right to choose which speakers it wishes to platform ». Le reproche porte sur le choix de l'invitation, non sur le droit de la faire. Un cadre posé par ses propres critiques, avant même que la salle ne s'asseye.

Ce que la salle a demandé

Le Daily compte environ vingt personnes, entre étudiants du programme, anciens et enseignants. Selon plusieurs participants, la plupart des questions ont porté sur le processus créatif de l'autrice, sur ses années à Stanford et sur l'édition. Pour Vivi LaFont, du programme, certains ont aussi interrogé son passé de dominatrice dans son rapport à son travail littéraire.

La directrice associée du programme, Michaela Hulstyn, résume la rencontre autrement que le Review ne l'avait imaginée : fiction saluée par la critique, influences littéraires, conseils pour publier des nouvelles, démarcher un agent et se repérer dans l'édition. L'étudiant Nic Chesterman dit que beaucoup de participants s'intéressaient surtout au métier d'écrivain.

Hulstyn voit aussi un recoupement avec le programme de l'automne : l'idée que la fiction peut faire autre chose que délivrer des messages. La formule vaut pour le roman comme pour l'invitation, qui n'avait pas à porter de morale pour être tenue.

Le professeur d'anglais Mark Greif a modéré la rencontre. Il avait aussi invité Brittany Newell dans son cours de roman contemporain américain. Il dit que l'invitation n'était pas nécessairement « pushing an agenda other than that of encouraging people to read and also perhaps to become artists ».

Le programme annonçait des conseils d'écriture, la salle a posé des questions d'écriture. L'affaire s'est jouée ailleurs que dans la salle, et en partie avant elle.

Un téléphone, une question posée à voix haute

Selon plusieurs témoins cités par le Daily, deux étudiants sont passés du fond de la salle au premier rang en cours de rencontre, apparemment pour filmer discrètement avec leur téléphone. Brittany Newell a mentionné l'article du Review. Ils ont ri à voix basse. Quand elle a demandé pourquoi, ils ont répondu qu'ils connaissaient l'auteur de l'article, d'après une participante qui demande l'anonymat par crainte de représailles sociales.

Chesterman, assis à côté d'eux, a remarqué l'angle d'un des téléphones. Il l'a signalé à l'invitée en lui demandant : « are you comfortable being filmed? Because I think someone's filming. » Les deux étudiants ont nié. La participante anonyme décrit ensuite « a panic, deleting stuff », qu'elle mime en montrant les gestes de balayage d'un écran, sans avoir vu ce qu'il affichait.

Le Daily dit avoir sollicité les deux étudiants et ne rapporte pas leur réponse.

La scène tient en deux phrases, et une seule demande un accord. Une conférence est un lieu où l'on parle devant d'autres; l'enregistrer en secret relève d'un autre accord, que personne n'avait demandé à la principale intéressée. Chesterman est le seul, dans le récit du Daily, qui pose la question à celle dont l'image est en jeu. Le Daily ne dit pas si le programme applique une règle sur l'enregistrement de ses rencontres.

Le principe est le même que celui des plateaux de tournage, où des professionnels sont chargés de faire poser les limites et de recueillir le consentement avant que la caméra tourne, comme au Kenya avec une coordinatrice d'intimité certifiée.

Ce que l'autrice et le programme répondent

Brittany Newell a évoqué l'article du Review plusieurs fois pendant la rencontre. Selon une participante, elle trouvait amusant qu'un journal de Stanford attaque sa crédibilité alors qu'elle est ancienne de l'université. À la demande du Daily, elle a écrit : « I don’t mind controversy. It’s good to make people think and feel deeply. »

Elle a ajouté qu'elle préférait gagner de l'argent en aidant des hommes et des femmes à vivre mieux la honte qui défigure leur vie plutôt qu'en concevant des technologies de guerre. Une réponse nette. Elle déplace la question de la morale de son métier vers celle des métiers concurrents, et elle laisse le lecteur juger si ce déplacement répond à ce que le Review demandait, puisque le Daily ne rapporte aucun contre-argument du Review à ce sujet.

Michaela Hulstyn défend le choix du programme : « Our optional events are meant to introduce students to a range of writers, artists and thinkers whose ideas challenge assumptions or help them engage thoughtfully with a variety of ideas and forms ». Elle ajoute que la polémique a nourri une discussion entre étudiants sur le double standard dans la réception de l'écriture des femmes. D'après elle, Brittany Newell a dit pendant la rencontre que lorsque des hommes écrivent sur ce sujet, on parle d'expérimental, et que lorsque ce sont des femmes, on parle de complaisance ou de journal intime.

Mark Greif plaide pour le campus comme lieu d'épreuve : « The university often is the place in which you have that experience of figuring out what your judgement and principle works out to be, in confrontation with guests who aren’t exactly like you. » Il rappelle aussi ce qu'il appelle la première règle de la critique littéraire, qui sépare l'œuvre imaginée de son auteur, tout en estimant que l'expérience personnelle de l'autrice donnait un accès direct à la communauté où se situe le livre.

Deux lectures de la même invitation

Le 13 octobre 2026, une étudiante du programme, Ada Huang, a publié dans le Daily une tribune en défense de l'invitation. Elle écrit que l'article du Review a été rédigé avant que l'on sache de quoi la rencontre parlerait, et que, d'après plusieurs participants, l'autrice a surtout parlé de son processus créatif et de la publication, notamment pour la communauté queer.

Elle reproche aussi au Review de réduire l'invitée à son métier en oubliant son premier contrat d'édition à 21 ans et les éloges reçus par son roman, dont ceux du New York Times Book Review. Elle compare enfin la situation à celle d'auteurs dont la vie privée est connue et que l'on étudie quand même en classe. Sa conclusion tient à une méthode : on aborde les textes et les personnes avec « intellectual humility, not moral condemnation ». Elle défend le droit de l'auteur du Review à son opinion, mais juge sa critique du programme fondée sur une réaction émotionnelle plus que sur un raisonnement. C'est une tribune, signée d'une étudiante du programme concerné, et elle se lit comme telle.

Le 14 octobre 2026, Breitbart News a repris les questions du Review. Le débat sort du campus par ce relais.

Du côté des participants, Vivi LaFont refuse qu'on écarte quelqu'un de l'espace littéraire à cause de son parcours. La participante anonyme regrette que l'incident éclipse ce que l'autrice a transmis. Le Daily ne mentionne aucune suite annoncée du programme pour la série « Books and Boba ».

Sources

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.