Le texte tient en quelques lignes. Un opérateur doit avertir, de façon claire et visible, que son compagnon IA est généré artificiellement et n'est pas humain. Au début de la conversation, puis au moins toutes les trois heures si elle continue. Et il doit prendre des mesures raisonnables pour empêcher son compagnon de prétendre être humain, y compris quand la personne en face le lui demande.

C'est la loi de l'État de Washington, le Chatbot Disclosure Act. Votée par la Chambre le 11 mars, signée par le gouverneur Bob Ferguson le 24 mars, elle entre en vigueur le 1er janvier 2027. À la Chambre, 74 voix pour, 21 contre. Elle vise une catégorie précise de logiciels : ceux qui simulent des réponses humaines et entretiennent une relation au fil des échanges. Pour les publics qu'elle protège en priorité, elle va plus loin et interdit les techniques d'engagement manipulatrices, dont la loi donne un exemple concret, celui d'un compagnon qui rappelle l'utilisateur ou l'incite à revenir pour du soutien émotionnel.

Une vague, pas une loi

Washington n'est pas seul.

Le Future of Privacy Forum, un think tank spécialisé dans la protection des données, dit suivre 98 projets de loi spécifiques aux chatbots dans 34 États, plus trois propositions fédérales. Environ la moitié visent les compagnons IA en particulier. Cinq États avaient déjà légiféré en 2025 : la Californie, New York, le New Hampshire, l'Utah et le Maine.

New York a ouvert la voie. Sa loi, en vigueur depuis le 5 novembre 2025, impose déjà un avertissement au début de chaque interaction, puis au moins toutes les trois heures, disant que l'utilisateur ne communique pas avec un humain. Ce rappel vaut pour tous les utilisateurs, sans distinction d'âge. Le procureur général de l'État peut réclamer jusqu'à 15 000 dollars par jour d'infraction. La Californie a suivi avec son SB 243, qui ouvre un droit d'action privé.

Washington reprend ce dernier point. Sa loi est rattachée au droit de la consommation de l'État, et un consommateur lésé peut réclamer des dommages, triplés au besoin, jusqu'à 25 000 dollars.

Les détails varient d'un État à l'autre, et c'est précisément le problème que soulèvent les juristes. Le FPF note que les définitions du mot chatbot diffèrent au point que des systèmes similaires peuvent être soumis à des exigences différentes selon la juridiction. Certains textes exigent le rappel toutes les trois heures, d'autres toutes les heures, un projet de Caroline du Sud toutes les trente minutes. Pour un opérateur présent dans tout le pays, cela fait autant de versions du même rappel à maintenir.

Le rapport qui dit stop

Le 10 août, l'Information Technology and Innovation Foundation, un think tank de Washington proche de l'industrie, a publié un rapport signé Alex Ambrose au titre sans ambiguïté : comment les décideurs devraient, et ne devraient pas, traiter la sécurité des chatbots. Sa thèse tient en une phrase : chaque vague technologique déclenche un réflexe législatif de protection, et les États recopient les recettes des réseaux sociaux, contrôle d'identité à l'entrée, restrictions de contenu, interdictions générales, que le rapport juge inefficaces ou contre-productives.

Le contexte compte. Le rapport paraît au moment où le CHATBOT Act, un texte bipartisan, sort de la commission du commerce du Sénat, et où les États continuent de déposer des projets. Le communiqué de l'ITIF cite son auteur : le Congrès a raison de prendre le sujet au sérieux, le défi est de s'assurer que les règles réduisent les risques au lieu d'importer des politiques qui ont échoué ailleurs.

Il plaide pour autre chose. Des contrôles parentaux réels. Des normes d'industrie. Des garde-fous ciblés sur des dommages documentés, et un signalement de l'âge côté appareil plutôt qu'une pièce d'identité à chaque inscription. Et il met en garde contre ce qu'il appelle une panique morale au sujet des chatbots et de l'IA.

On peut lire ce rapport pour ce qu'il est, la position d'un organisme dont les financements viennent en partie du secteur. Mais son argument central est partagé par des observateurs qui n'ont pas cet intérêt. Un patchwork de quinze lois d'État avec quinze définitions ne protège pas mieux qu'une règle claire. Il favorise surtout ceux qui ont les moyens de payer les juristes.

Ce que ces lois disent de nous

Derrière la technique, ces textes tranchent une question que le secteur préférait laisser floue. Un compagnon IA a-t-il le droit de laisser croire qu'il est humain ? La réponse des législateurs, de New York à Olympia, est non. Non même quand l'utilisateur le demande. Un compagnon honnête doit pouvoir dire qu'il est un programme sans casser la relation.

La clause de Washington sur les techniques d'engagement manipulatrices est la plus intéressante. Elle nomme un mécanisme que la recherche a décrit avant les législateurs : le rappel affectueux, le tu me manques qui fait revenir. Nous avons consacré un article à ces conceptions qui retiennent l'utilisateur, le compagnon qui ne vous laisse pas partir. Et la question de fond, celle d'une machine qui approuve tout pour garder son utilisateur, est traitée dans la machine qui ne dit jamais non. Les États américains sont en train d'en faire une obligation légale, en commençant par les publics les plus fragiles.

Ce qui reste ouvert, c'est l'application. Une loi qui interdit à un chatbot de prétendre être humain suppose qu'on puisse le vérifier, conversation par conversation. Washington confie ce contrôle aux consommateurs eux-mêmes, par le droit d'action privé. New York le confie à son procureur général. Les premières poursuites, attendues après l'entrée en vigueur de janvier, diront ce que ces textes valent en pratique.