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Khadija Telli, juriste à Tolga, remporte à Doha le prix Katara avec un roman sur un tailleur

Deux Algériennes, Khadija Telli et Sarah Selti, figurent au palmarès de la 12e édition du prix Katara du roman arabe, qui a reçu 2 610 candidatures.

Khadija Telli, juriste à Tolga, remporte à Doha le prix Katara avec un roman sur un tailleur
Illustration : Reflets / Strugggl

Khadija Hussain Telli, qui rédige des contrats à Tolga, une oasis de la wilaya de Biskra, a reçu le prix Katara du roman arabe pour un roman jeunesse inédit, Le Tailleur de Tolga. Elle l'a raconté le 20 octobre 2026 au quotidien Echorouk. Avec Sarah Selti, primée dans une autre catégorie, elle place l'Algérie parmi les trois pays à compter deux lauréats, derrière l'Égypte et ses quatre prix.

Un tailleur, un tableau et un garçon de Tolga

Le roman suit Amjad, un garçon passionné par le patrimoine et le passé, qui tente de percer le mystère d'un tailleur représenté dans une œuvre d'art, d'après le résumé que donne le site Ici l'info. L'autrice précise à Echorouk que le texte part de l'histoire d'un tailleur énigmatique ayant vécu dans la région de Tolga à une époque donnée, et d'une vieille toile, pour en faire une enquête qui mêle recherche historique, patrimoine, art et aventure.

Le trajet d'Amjad le mène de Tolga jusqu'à un village des hauteurs de Béjaïa. Selon l'autrice, ce déplacement est aussi la rencontre de deux cultures algériennes, chacune avec ses particularités locales. Parmi les thèmes qu'elle cite, la vérité face à la légende, l'art comme lien entre le présent et le passé, et l'identité algérienne vue comme un tissu partagé.

Khadija Hussain Telli est romancière, poète et autrice pour la jeunesse. Elle est titulaire d'une licence de droit et d'un certificat d'aptitude à la profession d'avocat, et son métier, à Tolga, touche à la documentation et à la rédaction de contrats. Echorouk rappelle qu'elle avait remporté en 2019 le premier prix d'un concours de roman de jeunes auteurs organisé par la maison Utopia, puis en 2025 le prix Abdelhak Brarhi du meilleur texte de théâtre destiné aux enfants. Ce n'est pas sa première rencontre avec Katara : l'an dernier, elle était déjà sur la liste courte dans la même catégorie, avec Bousaadia, un roman qui puise lui aussi dans le patrimoine culturel.

Sur la scène de l'Opéra de Katara, à Doha, elle dit avoir ressenti de la fierté, de la gratitude et une crainte respectueuse.

Sa mère se trouvait à ses côtés.

Surtout, elle présente la récompense comme collective : selon elle, ce moment n'était pas personnel, il « كان تتويجا للرواية الجزائرية », soit une consécration du roman algérien. Elle dit avoir entendu son nom et celui de son pays, puis vu sur le grand écran un titre qui porte le nom de sa région.

Interrogée sur l'écriture pour la jeunesse, elle parle d'une responsabilité : il faut comprendre le monde des jeunes lecteurs sans sous-estimer leur intelligence, et renoncer au conseil direct. Le jury, ajoute-t-elle, lit selon des critères critiques et esthétiques précis, ce qui fait de la victoire une reconnaissance de la valeur du texte. C'est la parole d'une lauréate sur son propre prix, recueillie dans un entretien, sans autre témoin que son récit.

Deux Algériennes dans un palmarès dominé par l'Égypte

Le palmarès de cette douzième édition a été publié le 16 octobre 2026 par l'agence soudanaise SNA, qui le rattache à une cérémonie à l'Opéra de Katara, à Doha, en présence de ministres, d'ambassadeurs et d'écrivains. Nous n'avons pas pu ouvrir la page de la fondation Katara elle-même, et ces résultats viennent donc des comptes rendus de presse.

Selon le site marocain Tanja Al-Adabia, l'Égypte arrive en tête avec quatre prix. L'Algérie, l'Arabie saoudite et la Palestine en ont deux chacune, et des auteurs du Maroc, du Soudan, du Yémen et du Qatar sont aussi couronnés.

Dans la catégorie des romans publiés, trois auteurs reçoivent 30 000 dollars chacun et la traduction de leur livre en anglais : l'Égyptienne Samar Nour, la Saoudienne Maha Abdelaziz Al-Yamani et le Soudanais Mohand Rajab Al-Dabi, pour Le siège de la gazelle Waw. Trois études de critique romanesque sont aussi distinguées, dont celle du Marocain Hamid Kettani sur l'évolution du roman arabe et sur la périodisation de sa critique, celle de la Palestinienne Amal Younes et celle de l'Égyptien Mahmoud Farghali. Le roman qatari publié revient à Khalaf Al Khalaf, et le prix du roman historique inédit à l'Égyptienne Noha Fahim.

Sarah Selti, que SNA orthographie Sarah Salti, a gagné dans la catégorie des romans inédits avec Qad naltaqi, dont le titre arabe se traduit littéralement par nous nous retrouverons peut-être. Elle partage cette catégorie avec la Palestinienne Houda Al-Mashharawi et le Saoudien Nasser Al-Sharif, et chacun reçoit 30 000 dollars, l'impression du texte et sa traduction en anglais. Khadija Hussain Telli partage la sienne avec la Yéménite Manal Taha Ahmed Al-Jarash et l'Égyptien Hani Al-Qat, pour 15 000 dollars chacun, plus l'impression et la publication des œuvres.

Le site Ici l'info, qui relaie l'agence APC, indique que la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a salué une création algérienne qui puise dans l'expérience humaine, la mémoire nationale et les questions de la société. Elle a aussi rendu hommage aux écrivains algériens dont l'engagement nourrit le patrimoine littéraire du pays.

Ce que rapporte un prix de manuscrits

Deux textes, aucun en librairie. Dans ces catégories, la récompense ne couronne pas un livre sorti, elle finance l'impression, ouvre la traduction en anglais et donne un premier public à une autrice dont le nom ne circule pas encore.

L'attention se joue d'abord à l'entrée, bien avant la cérémonie. Le directeur général de Katara, Khalid bin Ibrahim Al-Sulaiti, a annoncé 2 610 candidatures, un chiffre jamais atteint depuis la création du prix, dont 1 488 romans inédits, selon SNA. Ces nombres viennent de l'organisateur. Aucune enquête indépendante ne les confirme.

Katara a aussi lancé, du 13 au 20 octobre, une Semaine mondiale du roman, que SNA dit reconnue par l'UNESCO avec le soutien de l'ALECSO, l'organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences.

Pour mesurer l'écart, Les Éco, un site marocain, rapportait en octobre 2019, pour la cinquième édition, 1850 candidats répartis entre romans publiés, romans inédits et études, et une dotation totale de 635 000 dollars. En sept ans, le nombre de candidats a donc augmenté de plusieurs centaines, alors que le nombre de lauréats par catégorie reste de l'ordre de trois à cinq.

Un point reste flou pour un lecteur francophone. Wikipédia indique que les romans primés sont traduits en cinq langues, dont le français, mais les comptes rendus de 2026 ne mentionnent que l'anglais.

Une présence algérienne déjà ancienne à Katara

Le prix a été créé en 2014 par le quartier culturel de Katara, à Doha, et remis pour la première fois en 2015, d'après la page que Wikipédia lui consacre en anglais. Cette page signale elle-même qu'elle demande une mise à jour, ce qui invite à ne s'en servir que pour l'histoire ancienne.

Dès 2015, elle cite Waciny Laredj parmi les lauréats de la catégorie des romans publiés. En 2016, Salmi Nasser figure au palmarès. En 2019, Les Éco compte trois Algériens parmi les primés : Salmi Nasser chez les romans inédits, Mouna Srifek chez les études et Habib Sayah chez les romans publiés.

Trois années, trois fois des noms algériens. Les deux lauréates de 2026 s'inscrivent donc dans une série, avec cette particularité que leurs deux textes sont des manuscrits, sans livre encore en librairie.

Le Salon du livre d'Alger ouvre le 28 octobre

La prochaine scène du livre algérien est dans six jours. Le 29e Salon international du livre d'Alger (SILA) se tiendra du 28 octobre au 7 novembre 2026 au Palais des expositions des Pins maritimes, a annoncé le 19 octobre son commissaire, Mohamed Iguerb, lors d'une conférence de presse à la Bibliothèque nationale d'Algérie.

Il attend 1 567 maisons d'édition de 51 pays, soit 350 exposants algériens, 554 exposants arabes et 663 venus du reste du monde, d'Afrique, d'Europe, d'Asie et des États-Unis. L'Arabie saoudite est l'invitée d'honneur, et le slogan retenu est « Demain entre les pages d'un livre ». Le programme culturel comprend des conférences, des rencontres littéraires et des récitals poétiques, avec une attention aux jeunes créateurs.

Les rencontres littéraires abordent le roman, la nouvelle et la poésie, ainsi que le rapport entre écriture, mémoire et identité. Les jeunes écrivains y débattent de création et d'expérimentation. Parmi les figures annoncées par le commissaire figurent le poète syrien Adonis et le romancier Yasmina Khadra.

Le slogan, la liste des invités et le calendrier relèvent de l'organisation du salon, qui parle ici de son propre programme.

Le public entre à partir du 29 octobre, de 10 h à 19 h.

Sources

Rencontrer une femme algérienne

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