Père d'un enfant autiste, Jérôme Cohen-Olivar sort « Autisto » le 4 novembre dans sept villes marocaines
Le 4 novembre 2026, « Autisto » est sorti dans sept villes du Maroc, avec Loubna Abidar en mère seule d'un fils autiste. Son réalisateur dit s'être appuyé sur sa vie de père, pour un budget annoncé d'environ 8 millions de dirhams.

Loubna Abidar joue Malika, une mère célibataire dont le fils est autiste, dans « Autisto », film de Jérôme Cohen-Olivar sorti dans les salles marocaines le mercredi 4 novembre 2026. L'avant-première a eu lieu la veille à Casablanca, devant l'équipe du film et des journalistes, avant une conférence de presse.
Sept villes à l'affiche, deux mois de tournage
La production a annoncé une sortie à Casablanca, Rabat, Tanger, Fès, Meknès, Oujda et Marrakech, en même temps que l'affiche officielle du film, selon VH. Le film est parlé en darija, le dialecte marocain, et sous-titré en anglais. Le360 le présente comme un drame qui entend briser les tabous et ouvrir un débat public sur la prise en charge de l'autisme.
Sa productrice, Zhor Fassi Fihri, a donné à Le360 un budget d'environ 8 millions de dirhams. Le tournage a duré deux mois, sur différents sites de Casablanca. Ces chiffres viennent de la production elle-même, sans comptes publiés. Le film a reçu le soutien du Centre cinématographique marocain, précise L'ODJ, qui y voit une œuvre « dépouillée de tout vernis spectaculaire ».
Il a d'abord quitté le pays.
Le long métrage a été présenté à la 40e édition du Festival international du film de Fort Lauderdale, en Floride, du 20 au 28 février 2026, dans trois salles du festival, selon Infomediaire. Le réalisateur et la productrice avaient fait le déplacement.
Malika, Adam et le gardien du cimetière
Le synopsis de la Cinémathèque marocaine commence par une peur. Malika vit chaque jour dans l'angoisse qu'Adam, son fils atteint d'autisme sévère, ne s'enfuie à jamais. Un drame la pousse à envisager de le placer dans un établissement spécialisé.
Elle rencontre alors Mahmoud, gardien d'un cimetière, que la fiche décrit comme parlant avec les morts la nuit. Adam et lui nouent un lien profond et silencieux. Submergée par la crainte de perdre son fils, Malika demande à Mahmoud de s'éloigner. Le rôle d'Adam revient à Youssef Bouhra Zina, celui de Mahmoud à Ismaïl Kanater, décédé avant la sortie.
Pour L'ODJ, Cohen-Olivar signe « un film sobre et profondément humain ». Son critique décrit une mise en scène réaliste, une caméra collée à Malika, une lenteur qui donne du poids au temps et un silence traité comme une parole. Le cinéaste, écrit-il, ne cherche pas à expliquer ou à vulgariser l'autisme, mais à transmettre la solitude, la peur et l'épuisement du quotidien.
Ce réalisme marque un changement de registre. La Cinémathèque marocaine rappelle que Cohen-Olivar a passé la majeure partie de son enfance au Maroc en tournant des courts métrages d'horreur en super 8, avant de partir pour Los Angeles, d'y étudier à UCLA puis au Lee Strasberg Institute, et de voir son premier court métrage, Susan Susan, acheté par Disney. L'ODJ note que le film rompt avec la veine fantastique de certaines de ses œuvres précédentes.
Casablanca n'a pas été choisie au hasard, ajoute le critique : son vacarme, ses contrastes et sa dureté servent de contrepoint au récit, la vitalité de la ville croisant l'exclusion et la détresse d'une mère se dissolvant dans le flux du quotidien. La lumière et l'ombre y figurent l'isolement. L'autisme n'y est pas présenté comme une maladie ou un défaut, mais comme une autre manière de percevoir le monde, régie par des sons, des couleurs et des rythmes qu'Adam est seul à savoir lire.
L'ODJ voit dans le film une réflexion sur le sens de la maternité, l'étendue du sacrifice et le droit de fléchir. Il montre aussi, écrit le critique, le stigmate qui poursuit les familles d'enfants différents dans un contexte où les structures d'accompagnement, l'éducation, la santé et le soutien psychologique demeurent insuffisants.
Un père derrière la caméra
Cohen-Olivar a expliqué à Le360 que l'idée vient de son expérience de père d'un enfant autiste. Il a d'abord hésité à la porter au cinéma. Ce sont les difficultés rencontrées par son fils en entrant dans l'adolescence qui l'ont décidé. « Certaines scènes sont inspirées de situations que j’ai moi-même vécues avec mon fils », a-t-il dit.
L'ODJ, qui cite un entretien du réalisateur avec Hespress, ajoute que ce vécu nourrit le film sans en faire un récit autobiographique.
La productrice raconte le chemin d'un projet sans porteur évident. Selon elle, « le réalisateur a travaillé sur le scénario à partir de son expérience familiale » et a cherché un moment une structure pour l'accompagner. Après avoir lu le texte, elle lui a proposé de situer le récit dans un contexte marocain et en darija, convaincue qu'un film marocain sur l'autisme ouvrirait le débat sur une réalité que de nombreuses familles vivent.
Tout ce qu'on sait de cette genèse vient de l'équipe elle-même, recueilli lors de la présentation à la presse. Aucun autre témoin de l'écriture ou du financement n'apparaît dans les articles consultés.
Loubna Abidar a d'abord écouté des mères
Loubna Abidar a dit à Le360, à l'issue de la projection, que son travail ne s'est pas limité à lire le scénario : « J’ai rencontré des mères d’enfants autistes et des cadres associatifs œuvrant dans ce domaine ». Ces rencontres l'ont aidée, selon elle, à comprendre des aspects de cette expérience qu'elle ignorait.
L'actrice est connue au-delà du Maroc. VH rappelle qu'elle a été révélée à l'international par Much Loved, de Nabil Ayouch, un rôle qui lui avait valu une nomination aux César. Elle voit dans Autisto, rapporte Le360, une renaissance artistique, et souhaite que des réalisateurs lui confient des rôles qui montrent d'autres facettes de son jeu.
Le jeune acteur qui joue Adam, Youssef Bouhra Zina, a 19 ans. Il a raconté que le rôle lui avait demandé un grand effort, tant le personnage diffère de lui. Il s'est appuyé sur des personnes de son entourage qui ont des proches autistes, après avoir mené des recherches. Certaines scènes lui ont été particulièrement dures, notamment celles qui l'obligeaient à un contact physique avec le sol ou à frapper Loubna Abidar. Il lui a fallu du temps, dit-il, pour assimiler les comportements du personnage et les restituer devant la caméra.
Le film arrive un mois après un autre long métrage marocain où l'autisme est au centre. En octobre 2026 sortait Grand-Petit Frère, premier film de Karima Guennouni, qui met en scène un frère autiste.
Ce que disent les associations, ce que dit l'État
Le film s'ouvre dans un débat que les associations chiffrent. Le 15 avril 2026, Le360 reprenait dans sa revue de presse les propos de Mohammed Sajidi, président de l'association Vaincre l'autisme, cités par le quotidien Al Ahdath Al Maghribia : 14 000 nouveaux cas par an, environ 740 000 personnes touchées, dont 280 000 enfants. Ce sont ses chiffres, repris sans enquête nationale citée.
Face à l'engagement du gouvernement de prendre en charge 6 120 enfants autistes, il parle d'« exclusion organisée ». Une prise en charge limitée à la scolarisation ne le convainc pas : « La scolarisation n’est pas un traitement », dit-il, les auxiliaires de vie scolaire n'étant pas des thérapeutes. Il chiffre aussi le poids sur les familles : « Les dépenses mensuelles varient entre 3.000 et 12.000 dirhams ». Le gouvernement, lui, avait annoncé à l'occasion de la 19e Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme une accélération de ses mesures, avec une enveloppe de 500 millions de dirhams, la généralisation des aides à la scolarisation et des outils numériques. Sajidi demande s'il s'agit d'une politique publique ou d'une « communication sans impact concret ».
En avril 2023, devant la Chambre des conseillers, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Khalid Aït Taleb, avait présenté le plan national santé et handicap 2022-2026. Il prévoyait notamment une formation universitaire initiale dans l'autisme, pour combler le déficit de cadres médicaux qualifiés.
Des structures publiques existent, à petite échelle. À Dakhla, le centre pour personnes autistes, rattaché à l'Entraide nationale, accueillait 185 enfants en situation de handicap pour 200 places, selon son directeur cité par la MAP et repris par AllAfrica le 15 juin 2026. Deux associations l'encadrent : Al Amal Al Mouchriq pour 141 bénéficiaires, Arraïda pour 44. Le centre propose de la rééducation psychomotrice, de l'orthophonie, du soutien pédagogique et des sessions de formation pour les parents.
Loubna Abidar a lié le film à ce manque. Pour elle, ces familles « font face à une grande souffrance, au vu de la limitation de l’aide et de l’absence d’établissements d’enseignement spécialisés suffisants ». Elle a ajouté : « J’espère donc que les responsables visionneront le film et interagiront avec les questions qu’il soulève. »
Sources
- Autisto, Cinémathèque marocaine
Rencontrer une femme marocaine
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