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Islande : 15 % des pères en congé en 1998, plus de 80 % en 2002, rappelle une tribune de TIME
Le 10 octobre 2026, TIME a publié la tribune d'un psychologue qui veut le congé paternité parmi les soins de routine. En Islande, la part des pères en congé est passée de 15 % en 1998 à plus de 80 % en 2002.

Alvin Thomas, psychologue clinicien et professeur associé à l'université du Wisconsin-Madison, demande dans une tribune de TIME du 10 octobre 2026 que le congé paternité entre dans les soins de routine des premiers mois de vie. En Islande, rappelle-t-il, 15 % des pères prenaient un congé en 1998 et plus de 80 % en 2002. Presse Santé en a publié une version française le 14 octobre 2026.
Un soin de routine plutôt qu'un avantage d'entreprise
Le texte est une tribune, rangée dans la rubrique « Ideas » de TIME, et le magazine précise que les opinions exprimées n'engagent pas sa rédaction. Alvin Thomas y soutient que le congé paternité se range à tort à côté des avantages d'entreprise, la salle de sport ou l'abondement de retraite. Il le compare au suivi prénatal. Personne ne présente celui-ci comme un petit plus.
Son argument s'appuie sur une revue de la recherche sur la paternité de Sarah Schoppe-Sullivan, de l'Ohio State University. Les enfants dont le père s'est impliqué de façon positive et durable y ont de meilleures relations avec leurs pairs, un attachement plus sécurisant, des scores plus élevés aux tests d'intelligence et une meilleure préparation en mathématiques et en langage. Alvin Thomas écrit lui-même que ces tendances sont corrélationnelles. Elles apparaissent sur les bulletins dès la maternelle, ajoute-t-il, et peuvent se prolonger jusqu'à l'âge adulte.
Il avance aussi une piste sur le mécanisme : la qualité du jeu. Le chercheur canadien Daniel Paquette a observé que le jeu du père comprend souvent de l'excitation, de la surprise, de l'émerveillement et un choc passager. Selon la tribune, ce type d'interaction fonde la prise de risque, l'efficacité personnelle et l'affirmation de soi.
Le cerveau est dans le titre. Il n'est pas dans les références. Les résultats cités portent sur des relations entre pairs, des tests et des bulletins, et le texte ne cite aucune étude d'imagerie cérébrale.
La version de Presse Santé, signée Aline Legrand et relue par le Dr Muriel Dodin, reprend les mêmes exemples. Sa seule référence scientifique est un document de 2020 de l'Institute of Research on Poverty, et son illustration est marquée « Photo IA ». Comme la tribune, elle part du cas américain : les États-Unis sont l'un des seuls pays riches sans garantie fédérale de congé paternité payé.
Quand une part du congé est réservée aux pères
La tribune donne trois exemples où la règle a changé la pratique. En Islande, la part des pères en congé passe de 15 % en 1998 à plus de 80 % en 2002. L'Espagne enregistre une hausse de 400 % entre 2000 et 2007.
En Allemagne, une indemnité fixe est remplacée en 2007 par une prestation de 67 % du revenu net, et deux mois sont réservés aux pères. La part des pères qui prennent un congé parental passe de 3,5 % en 2006 à 24,8 % en 2021. Quinze ans pour un père sur quatre. Le barème a déplacé les comptes, il ne les a pas soldés.
Le mécanisme a un nom dans la tribune, « à prendre ou à laisser » dans la version de Presse Santé : une part du congé payé est réservée au père et ne peut pas passer à la mère. L'Organisation internationale du travail (OIT) en fait une de ses recommandations. Dans une note du 24 juin 2025, elle cite les quotas des pays nordiques comme Suède, qui ont augmenté le recours des pères, et le système espagnol, qui a selon elle fermé l'écart.
L'OIT chiffre cet écart. Les mères ont droit en moyenne à 24,7 semaines de congés parentaux payés, les pères à 2,2 semaines. Dans 71 pays, les pères n'ont aucun congé parental payé prévu par la loi ; 121 pays reconnaissent un droit au congé paternité, et 105 seulement le paient.
La directrice du département des conditions de travail et de l'égalité de l'OIT, Sukti Dasgupta, dit que des droits égaux et non transférables, financés sur fonds publics, sont nécessaires pour un changement réel. La note rappelle qu'en 2023, 708 millions de femmes en âge de travailler étaient hors du marché du travail à cause de soins non rémunérés, contre 40 millions d'hommes.
Ce que mesure l'étude française, et ce qu'elle ne mesure pas
Pour la France, la donnée la plus proche vient de l'Inserm et de Sorbonne Université, présentée dans un communiqué du 5 janvier 2023. L'équipe de Maria Melchior, directrice de recherche à l'Inserm, a exploité la cohorte Elfe : plus de 10 000 couples hétérosexuels, dont les enfants sont nés en 2011. Les chercheurs ont comparé la dépression post-partum deux mois après la naissance selon que le père avait pris, comptait prendre ou ne prenait pas un congé de deux semaines. À deux mois, plus de 64 % des pères avaient pris leur congé, 17 % comptaient le faire et près de 19 % n'en avaient ni pris ni prévu. La dépression post-partum touche, dans l'année qui suit une naissance, 17 % des mères et plus de 10 % des pères en bonne santé, selon le communiqué.
Les résultats se lisent en deux colonnes.
Chez les pères, la dépression touche 4,5 % de ceux qui ont pris le congé et 4,8 % de ceux qui comptaient le prendre, contre 5,7 % des autres. Chez les mères, le sens s'inverse : 16,1 % lorsque le conjoint a pris le congé, 15,1 % lorsqu'il comptait le prendre, 15,3 % lorsqu'il ne l'a pas pris. Le communiqué note que, pour les mères, la prise du congé par le conjoint ne semble pas avoir d'effet bénéfique significatif.
Les auteurs donnent deux lectures possibles de ce résultat. La première : deux semaines ne suffisent pas à prévenir la dépression des mères, et la répartition inégale de la garde des enfants pourrait jouer. La seconde : un biais de sélection. Maria Melchior le formule ainsi : « Il est ainsi possible que les pères dont la compagne est plus à risque de dépression, prennent plus volontiers un congé paternité ». L'étude est observationnelle, les enfants sont nés avant l'allongement de 2021, qui a fait passer le congé de 11 à 25 jours, et le communiqué appelle de nouvelles recherches sur la durée et le moment du congé.
Les pères y gagnent un peu. Les mères, rien de mesurable. Pour l'équité à l'intérieur du couple, ce chiffre pèse davantage que celui du cerveau de l'enfant, et il est plus gênant.
Aux États-Unis, une dispute sur la façon de compter
La question américaine tient à la méthode de comptage. Un document de travail de la Réserve fédérale de Minneapolis conclut que 95 % des pères prennent zéro semaine de congé, et trois jours en moyenne contre 7,2 semaines pour les mères. L'American Institute for Boys and Men répond, dans une analyse du 10 juin 2026, que cette mesure ne compte que les semaines entières d'absence et s'arrête en 2019.
Son exemple chiffré : 40 jours pris d'un seul bloc valent huit semaines de congé selon la définition de la Réserve fédérale, mais 40 jours étalés sur environ 14 semaines, à raison de trois jours de travail par semaine, ne comptent pour rien. Les pères prennent leur congé par morceaux presque quatre fois plus souvent que les mères : 27 % contre 7 %, selon une enquête du ministère américain du Travail de 2018.
Selon une enquête 2026 de NORC pour New America auprès de plus de 2 000 pères d'enfants de moins de six ans, 80 % des pères prennent du temps à la naissance, contre 89 % des mères, pour trois semaines en moyenne. Les auteurs de l'institut insistent : ce n'est pas la parité, et la moitié des pères qui ont pris un congé en ont pris deux semaines ou moins.
La moitié des pères interrogés disent avoir pris moins de temps qu'ils ne le voulaient. Chez ceux qui n'ont rien pris, la durée souhaitée médiane est de trois à quatre semaines.
Le temps à la maison se compte aussi par d'autres voies. Une analyse d'Ari Binder pour le même institut estime que les pères ont augmenté leur temps de garde d'enfants et de ménage d'environ 3,6 heures par semaine entre 2019 et la période post-pandémie. Un autre décompte, déclaré sans relevé publié, est celui de la Première ministre japonaise, qui chiffrait son propre ménage devant le Parlement le 14 octobre 2026.
Ce que coûterait l'alignement des congés
L'OIT a aussi mis un prix sur l'écart. Offrir au moins 14 semaines de congé payé à 67 % du salaire antérieur à toutes les femmes et à tous les hommes demanderait, selon ses estimations, 142 milliards de dollars d'investissement annuel supplémentaire d'ici 2035. Soit 0,13 % du PIB en moyenne, de 0,08 % en Europe et en Asie centrale à 0,49 % dans les États arabes.
Sources
- Paternity Leave Is More Than a Perk. It Builds a Baby's Brain, TIME, Alvin Thomas, 10 octobre 2026
- Les pères bénéficiant de 2 semaines de congé paternité seraient moins à risque de développer une dépression post-partum, Sorbonne Université et Inserm, 5 janvier 2023
- ILO brief highlights global five-month gender gap in paid parental leaves, Organisation internationale du travail, 24 juin 2025
- Dads are taking more parental leave than the headlines suggest, American Institute for Boys and Men, 10 juin 2026
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