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« Trois ou quatre heures de plus » : la Première ministre du Japon chiffre son ménage devant le Parlement

Le 14 octobre 2026, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a dit au Parlement passer « trois ou quatre heures de plus » que ses prédécesseurs masculins aux tâches domestiques. Elle le dit comme une impression, sans relevé publié.

Illustration : Reflets / Strugggl

Sanae Takaichi, Première ministre du Japon, a dit au Parlement le 14 octobre 2026 qu'elle passe probablement « trois ou quatre heures de plus » que ses prédécesseurs masculins à faire les tâches domestiques. Elle répondait à une question sur le temps que les chefs de gouvernement japonais passent en séance.

Une question sur le Parlement, une réponse sur la vaisselle

La question est venue de la majorité. Fumitake Fujita, député du Parti de l'innovation du Japon, membre de la coalition au pouvoir, a interrogé la Première ministre sur les heures que les chefs de gouvernement passent à répondre à l'opposition ou à siéger, entre cinq et sept heures par jour selon l'AFP. Il s'appuyait sur une étude, que l'agence ne nomme pas : en 2022, le Premier ministre japonais avait assisté aux séances 72 jours, contre 50 jours pour son homologue britannique et 13 pour le dirigeant allemand.

Le député a reconnu l'importance des débats législatifs, puis a ajouté : « Le fait que notre dirigeant soit confiné pendant de si longues heures au Parlement n’est pas conforme aux standards internationaux ».

Sanae Takaichi a répondu en ouvrant son emploi du temps domestique. « Le matin, je prends mon bain, je prépare le petit-déjeuner, puis je fais la vaisselle, sans parler du maquillage », a-t-elle expliqué, avant de conclure : « J’ai l’impression de passer trois ou quatre heures de plus que les Premiers ministres hommes à faire ces choses-là ».

Elle a aussi rappelé qu'elle lit des dossiers la nuit. « J’aime lire ces piles de documents que j’ai rapportées à la maison au milieu de la nuit », a-t-elle dit, tout en reconnaissant qu'il lui est difficile de trouver le temps de se concentrer et de réfléchir à l'orientation du pays. Elle avait déjà dit dormir deux à quatre heures par nuit et avoir parfois fixé des réunions de travail à trois heures du matin, rappelle l'AFP.

Une impression, sans colonne d'en face

Le registre qu'elle présente compte quatre lignes : le bain, le petit-déjeuner, la vaisselle et le maquillage, ce dernier introduit par « sans parler du ». Il manque la colonne d'en face. Aucun article sur cette séance ne chiffre le temps que ses prédécesseurs masculins consacraient aux mêmes gestes, et elle ne cite aucun relevé : elle parle d'une impression.

La comparaison porte donc sur un total que personne n'a mesuré, entre une Première ministre et des hommes dont aucun article ne chiffre l'emploi du temps domestique. Cela ne dit pas qu'elle a tort. Cela dit seulement que l'ordre de grandeur annoncé n'a pas de base chiffrée dans ce que la presse rapporte.

L'autre côté du compte mérite autant d'attention. La question de Fumitake Fujita ne dépend pas de la réponse : si un Premier ministre passe 72 jours en séance quand son homologue allemand en passe 13, l'écart existe, quelle que soit la manière dont la Première ministre emploie ses matinées. La chaîne sud-coréenne SBS précise que la coalition du Parti libéral-démocrate et du Parti de l'innovation du Japon pousse, pendant la session extraordinaire en cours, une réforme du fonctionnement du Parlement visant à réduire le temps de présence du chef du gouvernement. La vaisselle de la Première ministre arrive donc dans un débat sur la Diète, pas dans une enquête sur les ménages.

SBS juge pour sa part que Sanae Takaichi s'est une nouvelle fois appuyée sur des rôles de genre figés. C'est un jugement de la chaîne, qui n'ajoute aucune mesure à celles de l'AFP.

Juillet : le même registre, déjà contesté

Ce n'est pas la première fois que la Première ministre dresse l'inventaire de ses soirées. En juillet 2026, elle a écrit sur X, selon le magazine Time, qu'elle avait pu dormir cinq heures, pour la première fois depuis longtemps, pendant un week-end de trois jours, en rattrapant du repassage et de la couture. Elle y disait aussi que dormir entre zéro et trois heures était devenu la norme depuis sa prise de fonctions.

Time rappelle qu'à son élection à la tête du Parti libéral-démocrate, en octobre 2025, elle avait annoncé abandonner l'expression équilibre entre vie professionnelle et vie privée pour travailler sans relâche. Ce message a été critiqué par des opposants, qui lui reprochent de privilégier la quantité de travail sur sa qualité.

Le chef du Parti démocrate pour le peuple, Yuichiro Tamaki, a déclaré : « Resting is part of her job ». Il a demandé s'il ne vaudrait pas mieux consacrer son temps précieux aux décisions que seul un Premier ministre peut prendre. Le secrétaire général du gouvernement, Minoru Kihara, a répondu que la Première ministre comprend l'importance de l'équilibre entre travail et vie privée.

Un universitaire, Li Hao, de l'Université de Tokyo, voit dans ce type de message un appel à l'électorat conservateur, qui y lit à la fois un travail politique intense et le maintien de rôles traditionnels à la maison. Il ajoute que le tollé montre un changement de valeurs : de plus en plus de personnes pensent que le poids du ménage ne doit pas reposer sur les seules épaules des femmes. James Brown, professeur à l'Université Temple au Japon, tempère : la colère sur les réseaux sociaux ne représente pas tout le pays, et les plus âgés restent plus attachés aux attentes traditionnelles.

Le contexte politique pèse dans le même sens. Aux dernières élections à la Chambre basse, en février, les femmes ont obtenu 68 des 465 sièges, rappellent l'AFP et le Japan Times, qui décrivent des rôles de genre rigides dans le pays.

224 minutes contre 41 : le registre national

La déclaration d'une personne ne se lit pas seule. Les chiffres nationaux, eux, existent. Selon des données de l'OCDE de 2020 relayées par l'Institute for Social Vision Design (ISVD), un institut japonais, les Japonaises consacrent 224 minutes par jour au travail non rémunéré (ménage, enfants, soins aux proches) et les Japonais 41 minutes. L'écart est de 5,5 fois, le plus large des pays de comparaison, contre 1,4 en Suède, 2,2 aux États-Unis et 2,3 au Royaume-Uni. Les hommes japonais, eux, travaillent 452 minutes par jour contre rémunération, le chiffre le plus élevé de cette comparaison.

La même note cite l'enquête 2021 du Bureau des statistiques du Japon sur l'emploi du temps : dans les ménages à deux revenus avec un enfant de moins de six ans, les épouses consacrent 7 heures 28 minutes par jour aux tâches liées au foyer, les maris 1 heure 54. Nous n'avons pas pu ouvrir la note de l'OCDE sur le Japon : ces chiffres viennent de la synthèse de l'ISVD, pas du document d'origine.

L'ISVD s'appuie sur la notion de pauvreté de temps, introduite par Clair Vickery dans le Journal of Human Resources en 1977 : il reste peu ou pas de temps libre une fois retirés le sommeil, les repas, les soins personnels et le travail. Kunio Urakawa, de l'Université Kyushu, a mesuré en 2024, devant un forum du JILPT, qu'elle touche 25,1 % des épouses de ménages à deux revenus avec un enfant de moins de six ans, contre 8,4 % des maris. Son seuil exige au moins une heure de loisir en semaine et trois heures le week-end.

L'ISVD note aussi qu'une enquête du Nomura Research Institute de 2022 trouvait seulement 6 % environ des ménages japonais ayant déjà eu recours à un service de ménage, par résistance à laisser entrer des étrangers à la maison et par conviction que cette charge revient à la famille. C'est la piste que l'universitaire Li Hao évoque pour la Première ministre : déléguer le ménage à un service.

La comparaison avec le chef du gouvernement est ici inversée. Elle compare ses heures à celles de ses prédécesseurs, quand les statistiques comparent les heures des épouses à celles de leurs maris, dans les foyers ordinaires.

Et en France, une heure et demie par jour

Les lecteurs français n'ont pas à chercher bien loin pour mettre un chiffre en face. D'après l'enquête Emploi du temps de l'Insee de 2009-2010, relayée par l'Observatoire des inégalités, les femmes consacrent en moyenne 3 heures 26 par jour aux tâches domestiques (ménage, courses, soins aux enfants), contre 2 heures pour les hommes. Les femmes passent deux fois plus de temps que les hommes à faire le ménage et à s'occuper des enfants, les hommes devançant les femmes au bricolage, avec 20 minutes par jour contre 5.

L'Insee souligne que l'écart s'est réduit mais demeure, à une heure et demie par jour. Ce mouvement vient surtout des femmes : leur temps domestique est passé de 3 heures 48 en 1999 à 3 heures 26 en 2010, celui des hommes de 1 heure 59 à 2 heures. Ces chiffres datent de l'enquête 2009-2010 : ils décrivent le début des années 2010, pas la situation d'octobre 2026.

Sur la vaisselle elle-même, une enquête de l'INED sur les couples a mesuré ce que les couples déclarent partager, selon leur composition.

Le chiffre à retenir tient en une ligne de l'Observatoire : en onze ans, le temps domestique des femmes a baissé de 22 minutes et celui des hommes a gagné une minute.

Sources

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.