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Au Québec, 57 % des mères disent porter la charge parentale, 34 % des pères en conviennent, relève le CSF
Le Conseil du statut de la femme publie le 16 octobre 2026 un portrait des pères québécois : 73 % ont pris un congé en 2023, mais les mères comptent 5,0 heures de travail non rémunéré par jour, contre 2,9 pour les pères.

Au Québec, 57 % des mères disent assumer toujours ou le plus souvent les responsabilités parentales, alors que 34 % des pères en conviennent. Le Conseil du statut de la femme (CSF), organisme du gouvernement du Québec, publie ces chiffres le 16 octobre 2026 dans un portrait statistique consacré à l'implication des pères.
Deux comptes pour un même foyer
Les deux pourcentages viennent de l'Enquête québécoise sur la parentalité 2022, conduite par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) auprès de 10 088 mères et de 9 039 pères. Ces parents ont au moins un enfant qui vit avec eux au moins 14 % du temps, l'équivalent d'une fin de semaine sur deux. Le CSF ne retient ici que ceux qui vivent en couple, de genre opposé dans plus de 99 % des cas.
La répartition, elle, n'a pas la même allure selon qui la décrit. Parmi les pères, 63 % jugent que les responsabilités parentales sont réparties également entre les deux parents, contre 42 % des mères, soit environ 20 points d'écart. Sur les tâches ménagères et domestiques, les avis se rapprochent sans se rejoindre : 67 % des pères et 56 % des mères parlent d'un partage équitable, et 37 % des mères se disent les principales responsables.
Le CSF ne tranche pas entre ces deux versions, mais il avance une piste. Selon lui, « des études empiriques tendent d’ailleurs à montrer que les pères auraient tendance à surestimer leur contribution et que les mères en feraient une estimation plus fidèle à la réalité ».
Le passage ne nomme aucune de ces études.
La même asymétrie se retrouve en France. Dans une analyse publiée le 7 mars 2025, l'Observatoire des inégalités reprend le baromètre d'opinion du ministère des Solidarités (données 2020-2022) : 48 % des hommes disent partager le ménage à parts égales dans leur couple, contre 41 % des femmes. Pour les tâches liées aux enfants, ils sont 60 % chez les hommes et 50 % chez les femmes.
Cinq heures contre 2,9
Le temps vient d'une autre source, l'Enquête sur l'emploi du temps de Statistique Canada, dont l'ISQ a adapté les données pour le Québec. En 2022, les pères consacrent en moyenne 2,9 heures par jour au travail non rémunéré, contre 5,0 heures pour les mères. L'écart est de 2,1 heures. En 2015, parmi les parents dont le plus jeune enfant avait moins de 5 ans, les pères y passaient 3,9 heures par jour et les mères 5,3 heures, soit 1,4 heure d'écart.
Faut-il en conclure que l'écart s'est creusé ? Le CSF s'en garde : les changements méthodologiques de l'édition 2022 limitent la comparaison, et le chiffre de 2015 ne vise que les pères d'un jeune enfant.
Les deux nombres ne se comparent donc pas.
Le congé : trois pères sur quatre, et la moitié s'arrête au congé de paternité
Le CSF voit dans la prise de congé un indicateur d'implication, et sur ce terrain la courbe monte. Le taux de participation des pères au Régime québécois d'assurance parentale (RQAP) est passé de 56 % en 2006 à 73 % en 2023. La conclusion du portrait arrondit à « près de 8 pères sur 10 », mais la donnée de 2023 est 73 %. La progression s'est surtout faite au début : 12 points de pourcentage entre 2006 et 2012, seulement 5 entre 2012 et 2023, et le taux paraît stable ces dernières années.
Presque tous les pères prestataires prennent le congé de paternité, qui dure 5 ou 3 semaines selon le régime : plus de 99 % entre 2013 et 2023. Le congé parental partageable est une autre affaire. Il a été utilisé par 51 % des pères prestataires en 2023, contre 34 à 37 % jusqu'en 2020, ce qui suit une mesure entrée en vigueur en janvier 2021 : 4 ou 3 semaines de plus si chaque parent prend au moins 8 ou 6 semaines. Il reste qu'environ la moitié des pères prestataires prennent uniquement le congé de paternité.
La durée totale du congé des pères est passée de 8,5 semaines en 2006 à 10,6 semaines en 2023. Sur le seul congé partageable, les pères qui y recourent prennent en moyenne 11,9 semaines en 2023, contre 12,9 en 2013, alors que les mères restent autour de 28-29 semaines. L'écart entre les deux, 15,9 semaines en 2013, est de 16,4 semaines en 2023.
Ces moyennes ne racontent pas tout, mais deux chiffres de plus pèsent dans la balance. Parmi les familles où les deux parents sont prestataires en 2023, le congé parental n'est partagé que dans 44 % des cas, et seulement 32 % de ces familles obtiennent le bonus au partage. Le CSF y lit une tendance : « le congé parental partageable peut être perçu comme revenant de droit à la mère ». Il note aussi qu'ailleurs, de plus longs congés de paternité existent pour favoriser l'implication des pères. L'exemple islandais a fait l'objet d'un bref précédent de cette rubrique.
La charge mentale, notée deux fois
Le CSF définit la charge mentale comme la planification, l'organisation et le suivi des tâches familiales, qui s'ajoutent à leur exécution. Le ministère de la Famille a tiré de l'enquête de 2022 une mesure de satisfaction : 92 % des pères sont assez ou très satisfaits de la répartition de cette charge dans leur couple, contre 74 % des mères. Une mère sur quatre (26 %) en est peu ou pas du tout satisfaite.
Un même partage reçoit ainsi deux notes, 92 et 74, comme un bilan que chaque associé aurait relu de son côté.
Un sondage de la firme SOM, mené pour le Regroupement pour la valorisation de la paternité (RVP) en 2026, va dans le même sens. À la question de savoir qui porte la plus grande part de la charge mentale, 77 % des mères répondent que c'est elles, tandis que 45 % des pères jugent le partage relativement égal, un avis partagé par 19 % des mères. Seuls 35 % des pères reconnaissent que leur partenaire en assume davantage.
Il faut situer ce sondage. Le RVP, dont le nom dit la mission, est celui qui l'a commandé. Il a été réalisé en ligne du 29 janvier au 12 février 2026 auprès de 2 817 parents québécois (1 417 mères et 1 400 pères) qui vivent avec au moins un enfant mineur et ont un coparent, selon La Presse Canadienne qui en a obtenu copie. Les résultats ont été présentés le 15 juin 2026.
Son directeur général, Raymond Villeneuve, ne met pas tout sur le dos des pères. Il rappelle que la charge mentale, « c’est la personne qui planifie, la personne qui pense aux rendez-vous, la personne qui organise », et il invoque des facteurs de société : « Il y a encore des stéréotypes de genre en 2026, ce n’est pas réglé. » Dans la même enquête, 38 % des parents estiment que les contraintes d'emploi de l'autre coparent l'empêchent de collaborer autant qu'ils le voudraient, et 76 % jugent qu'on doute davantage des compétences des pères que de celles des mères.
Au Danemark, onze semaines réservées aux pères
Le Québec n'est pas le seul à chercher la bonne dose. En août 2022, le Danemark a fait passer de deux à onze semaines le congé réservé aux pères. Un document de travail diffusé par le National Bureau of Economic Research, signé notamment de Henrik Kleven (Princeton), Camille Landais (London School of Economics) et Philip Rosenbaum (Copenhagen Business School), en a mesuré les effets. Le CSF le cite dans sa bibliographie sans le commenter dans le texte.
Ses auteurs ont comparé les familles dont l'enfant est né juste avant et juste après le 1er août 2022. Les pères ont pris en moyenne 3,4 semaines de plus, les mères un peu plus de cinq semaines de moins, et la part du congé prise par les pères est passée d'environ 12,5 % à environ 20 %. L'écart de revenu entre mères et pères s'est réduit de 33 points de pourcentage la première année, effet que Rosenbaum qualifie de mécanique, puis de 2,8 points la deuxième, quand les deux parents ont repris le travail.
Rosenbaum juge ce second chiffre notable : l'écart de revenu semblait figé, et la réforme montre qu'on peut le bouger si la volonté politique existe. Une enquête auprès d'environ 40 000 parents, interrogés quand l'enfant avait quatre mois puis dix-huit mois, indique aussi que moins de parents pensent que les jeunes enfants pâtissent du travail à plein temps de leur mère.
Le revers existe. Avant la réforme, environ 90 % des parents se disaient satisfaits de la répartition du congé. Après, ils ne sont plus qu'environ 50 % des mères et 65 % des pères, et les mécontents auraient souvent préféré que la mère prenne plus de congé. Rosenbaum appelle cela le prix du paternalisme. L'étude n'a pas encore été évaluée par des pairs, et la question de savoir si la satisfaction remontera avec le temps reste inconnue, écrit la CBS.
Sources
- L'implication des pères dans la sphère familiale, Conseil du statut de la femme, octobre 2026
- Publications du Conseil du statut de la femme, Conseil du statut de la femme, 16 octobre 2026
- Communiqué de la Semaine québécoise de la paternité, Regroupement pour la valorisation de la paternité, 15 juin 2026
Rencontrer une femme égalitaire
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