RefletsL’actualité · Plaisir et générosité
Gennifer Demey dit « arrêt de grossesse » et décrit un mari « d'une écoute exemplaire »
Le 19 octobre 2026, Gennifer Demey a raconté dans TV Mag la perte du premier bébé attendu avec Éric Antoine. Les études sur le couple endeuillé montrent que celui qui soutient souffre aussi.

Gennifer Demey, présentatrice météo de M6, a raconté dans TV Mag, le 19 octobre 2026, avoir perdu le premier bébé qu'elle attendait avec son mari Éric Antoine. Quatre jours plus tôt, le 15 octobre, elle avait déjà écrit sur Instagram à propos du silence qui entoure ces pertes. De son mari, elle dit qu'il est « d'une écoute exemplaire ».
Une prise de parole en deux temps
Le premier message date du 15 octobre 2026, Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Gennifer Demey y écrit : « Une grossesse sur quatre s'arrête au cours du premier trimestre. Et pourtant, aucun professionnel de santé ne nous en parle. » Le second temps est l'entretien accordé à TV Mag, publié le lundi 19 octobre, où elle confie avoir vécu cette perte elle-même. « Oui, je l'ai vécu », dit-elle, « c'est peut-être pour ça que je me sens légitime d'en parler aujourd'hui ».
Le couple s'est marié civilement à Aix-en-Provence le 30 août 2025, puis à l'église Saint-Honoré-d'Eylau, à Paris, le 11 avril 2026. Dans ce récit, le projet de fonder une famille vient juste après la fête, et la perte juste après le projet.
Leur histoire a commencé autour d'une table de plateau : ils se sont croisés pour l'émission Lego Masters, retrouvés dans Les Traîtres, puis sont restés amis pendant près de deux ans avant que la relation ne soit officialisée en mars 2025, selon Purepeople. Interrogé en septembre 2025 par le Journal des femmes, Éric Antoine disait déjà que le bonheur tenait à la relation plus qu'à la cérémonie, et insistait sur la communication. Treize mois plus tard, c'est cette communication que sa femme met à l'épreuve, devant un magazine, pour parler d'un deuil que, dit-elle, personne ne lui avait annoncé.
Un mot choisi, deux chiffres côte à côte
Gennifer Demey préfère « arrêt de grossesse » à « fausse couche ». Selon elle, le second terme laisse entendre que « cette grossesse et ce bébé ne sont pas réels », alors que « dès l'instant où les deux barres s'affichent sur le test de grossesse, on bascule dans le concret ».
Ce qui suit la perte, dans son récit, tient en questions qui tournent en boucle : avoir fait quelque chose de mal, avoir mangé quelque chose d'interdit, ne pas avoir pris les bons compléments alimentaires, une incompatibilité avec son compagnon. Elle parle aussi d'« un peu de honte de ne pas avoir assuré ».
Dans son message du 15 octobre, elle écrit aussi : « Personne ne nous prépare vraiment à ce que cela signifie. Et encore moins à la manière dont on est censées traverser un tel traumatisme. »
Sa colère vise surtout l'absence de préparation : elle regrette de ne pas avoir été informée de cette issue possible, et réclame un accompagnement dès l'annonce. Elle conseille de s'entourer d'un thérapeute ou d'un psy « au moment de l'annonce ».
Reste le chiffre. Une grossesse sur quatre, dit-elle. Le Temps, dans un article de janvier 2020, parle de 15 à 20 % des grossesses confirmées, et La Presse, en 2011, d'environ 20 % des grossesses. Les trois nombres ne se recouvrent pas tout à fait, et aucun des textes ne dit pourquoi.
Ce que mesure une étude de l'Imperial College
Pour savoir ce que la perte laisse derrière elle, la source la plus solide parmi celles que nous avons ouvertes est une étude prospective menée sur 650 femmes par l'Imperial College de Londres, publiée le 14 janvier 2020 dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology. Le Temps en rapporte les résultats au conditionnel. Près d'une personne sur trois, après une fausse couche avant douze semaines de grossesse ou une grossesse extra-utérine, connaîtrait un état de stress post-traumatique, qui pourrait durer jusqu'à neuf mois pour une femme sur six.
Des symptômes d'anxiété modérée à sévère concerneraient 25 % des participantes, encore 17 % d'entre elles après neuf mois. Une dépression modérée à sévère toucherait 10 % des femmes après un mois et 6 % après neuf mois.
Tom Bourne, professeur de gynécologie à l'Imperial College et auteur principal, y voit un défaut de reconnaissance : « Notre société peine à reconnaître cet événement comme pouvant être particulièrement traumatisant. » Antje Horsch, psychologue et directrice du Lausanne Perinatal Research Group, ajoute une raison propre au couple : « Le secret entourant les trois premiers mois de la grossesse, puis la perte du bébé, rend plus difficile pour le couple de pouvoir partager son deuil. »
C'est une étude sur des femmes, sur une période courte, et elle ne dit rien de ce que fait le conjoint.
Celui qui tient le fort
Sur ce point, la recherche est plus mince, et La Presse la résume par une scène : une femme fait une fausse couche, son conjoint la soutient, la console, l'aide à retrouver un quotidien. « Et lui ? Il tient le fort. » En octobre 2011, La Presse présentait des données préliminaires de Francine de Montigny, professeure en sciences infirmières à l'Université du Québec en Outaouais. Parmi 209 pères interrogés, au départ, sur l'allaitement, 22 % avaient vécu la perte d'un bébé lors d'une grossesse précédente. Chez eux, 16 % affichaient un score élevé de dépression, contre 7 % chez les pères sans deuil de ce type, et ils se disaient plus stressés avec leur enfant, près de deux ans après les faits.
Les limites sont celles de l'époque : des données de l'automne 2011, tirées d'une enquête qui portait sur autre chose, et que la chercheuse elle-même disait vouloir vérifier par des travaux dont les résultats étaient attendus pour 2014. Son constat de départ vaut pourtant encore : « Dans 90% des enquêtes, on étudie les mères. »
Antje Horsch rapporte, pour la Suisse, des enquêtes au Centre hospitalier universitaire vaudois, à Lausanne, selon lesquelles les pères peuvent aussi souffrir d'anxiété, de dépression et de stress post-traumatique. Sandrine Limat Nobile, psychologue à l'association Agapa Suisse romande, note qu'il y a « souvent une différence de vécu entre la femme et l'homme », qui peut devenir une source de malentendus si elle est mal comprise.
Le soutien a donc un coût pour celui qui le donne. Dans le portrait que fait Gennifer Demey de son mari, il y a de l'écoute, une « parole libérée » et une façon de « communiquer merveilleusement bien ». Elle l'appelle « l'homme 3.0 », ce qui a le charme d'un numéro de version, et ajoute : « Je crois qu'il vient du futur. »
Ce portrait vient d'elle seule. Dans les comptes rendus de l'entretien publiés par Paris Match Belgique, Entrevue et Le Tribunal du Net, Éric Antoine ne s'exprime pas sur cette perte, et aucun geste précis n'est raconté, seulement des qualités.
Des mots qui blessent, des proches démunis
Gennifer Demey critique aussi certaines paroles de soignants, celles qui minimisent la souffrance parce que les fausses couches sont fréquentes ou qu'elles relèvent d'un phénomène naturel, selon le compte rendu d'Entrevue. Un médecin de famille valaisan, François Pilet, défend une médecine d'abord attentive, un contrepoint à ces phrases toutes faites.
Au Canada, Radio-Canada a recueilli le témoignage d'Allison Roy, du Nouveau-Brunswick, qui a perdu quatre grossesses en six ans, toutes entre la cinquième et la neuvième semaine environ. Elle décrit des proches qui l'évitaient, ne sachant pas comment réagir, et ce constat : « Plusieurs personnes s'attendent que tu continues ta vie comme si de rien n'était, mais le corps s'en souvient. »
Tina Emond, professeure en sciences infirmières à l'Université de Moncton, explique que l'absence de soutien accompagne souvent les morts périnatales précoces : les proches ne sont pas toujours conscients de la nécessité d'aider, ou ne sont pas outillés pour le faire. Gennifer Demey, elle, souhaite que M6 consacre une campagne aux arrêts de grossesse, après les actions déjà menées autour du post-partum, selon Entrevue.
Allison Roy raconte un parcours long : une grossesse extra-utérine en 2020, deux fausses couches, trois cycles de fécondation in vitro, une dernière perte, puis l'adoption d'une petite fille en mars 2025 avec son mari. Elle dit s'être souvent culpabilisée, s'être isolée, et s'être demandé si elle avait le droit d'être triste.
Reste le cadre du travail. Au Nouveau-Brunswick, la loi n'accorde pas de jours de congé spécifiques lors d'une fausse couche, seulement un congé sans solde de cinq jours consécutifs au plus en cas de décès d'une personne aux liens familiaux étroits. Allison Roy, qui a repris le travail le lundi après une chirurgie du jeudi, demande des congés pour les deuils périnataux.
Rencontrer une femme généreuse
La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.
Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.