« Khit Errouh » gagne la meilleure réalisation aux Pays-Bas, « Aswat » le prix du jury des courts métrages
Le 1er novembre 2026, le Festival du film du Maghreb aux Pays-Bas a couronné deux œuvres algériennes sur une vingtaine de films projetés en quatre jours. Le Grand Prix est allé à un autre film, « Les Fourmis ».

Le film algérien « Khit Errouh », de Youcef Mahsas, a reçu le prix de la meilleure réalisation de la 7e édition du Festival du film du Maghreb aux Pays-Bas, qui s'est tenue du 29 octobre au 1er novembre 2026. Le court métrage « Aswat », de la réalisatrice Sirine Achir, a obtenu le prix du jury dans la catégorie des courts métrages.
Quatre jours entre Haarlem et Amsterdam
Le festival a été créé à l'initiative de deux frères algériens établis aux Pays-Bas, Hakim et Karim Traïdia, selon El Khabar. Sa septième édition s'est déroulée du 29 octobre au 1er novembre, dans plusieurs salles de Haarlem et d'Amsterdam, avec une vingtaine de longs et courts métrages, d'après le site du festival. Le thème de l'année était « L'Union ». Les organisateurs le définissent ainsi sur leur site : « L’Union, c’est ce qui nous rassemble malgré nos différences. » Ils écrivent aussi que le festival, resté enraciné dans les cinémas du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie, s'ouvre davantage à des cinéastes venus d'autres régions d'Afrique.
L'ouverture officielle a eu lieu le vendredi 30 octobre à la salle Circus Hakim, selon 24H Algérie, en présence des frères Traïdia, de l'ambassadeur d'Algérie aux Pays-Bas et de plusieurs artistes algériens, dont Lydia Chebout, Mustapha Laribi et Rim Takoucht. Après la cérémonie, le public a découvert en avant-première un film d'aventures réalisé par Hakim Traïdia, « Enigma, les aventures de l'inspecteur Tahar ».
La programmation avait pourtant commencé la veille, le jeudi 29 octobre, avec notamment le film somalien « The Village Next to Paradise », de Mo Harawe, projeté hors compétition, et une séance de courts métrages où figuraient deux films de l'Algérien Amine Ben Thamer.
Un volet était réservé aux plus jeunes, MFF Junior, avec des ateliers de cinéma, de théâtre et de narration. Les organisateurs disent vouloir y accueillir des enfants qui ont moins facilement accès à la culture, ainsi que des enfants réfugiés.
Le palmarès, catégorie par catégorie
El Khabar et Le Courrier d'Algérie publient la liste complète des prix décernés à la clôture. Le Grand Prix du festival est revenu à « Les Fourmis », dont le réalisateur est nommé Yassine Fennane par El Khabar et Yacine Fenane par Le Courrier d'Algérie. Le jury y a relevé une approche symbolique des systèmes qui enferment les individus et des rêves qui leur donnent la force de continuer à vivre.
Le reste du palmarès mêle plusieurs pays.
Le prix de la meilleure interprétation féminine a été attribué à Marame N'Diaye pour « Félicité ». Le meilleur acteur est un Algérien, Othmane Akkab, pour son rôle dans « Poupiya », de Yacine Bouaziz.
Le jury a aussi remis un prix spécial au producteur tunisien Majdi Al-Husseini, pour son engagement en faveur de la diffusion du cinéma en salles, et une mention spéciale au film « Une autre fin ».
Côté algérien, le bilan tient donc en trois distinctions : la meilleure réalisation, un prix du jury de court métrage et le prix du meilleur acteur. El Khabar y lit « la présence grandissante des productions cinématographiques algériennes dans les manifestations internationales ».
« Khit Errouh », un conte de montagne dans les années 1990
Selon El Khabar, le jury a justifié le prix de la meilleure réalisation par le traitement cinématographique de Youcef Mahsas et sa capacité à construire un récit aux dimensions humaines, fondé sur l'espoir et la simplicité. Il a souligné que la force du film tient à son éloignement des scènes de violence et de démonstration, « au profit de l’action humaine, placée au cœur du récit », et a qualifié de remarquable sa première expérience de réalisateur.
Le titre se traduit « Le Fil de l'âme » d'après Le Courrier d'Algérie. Interfil Algérie explique qu'il désigne aussi un bijou, un diadème traditionnel algérien que le film charge de porter la mémoire collective, l'amour et la transmission.
L'histoire se déroule dans les années 1990, la décennie noire. Dans un village haut perché, Kef Ettir, un rescapé veut fabriquer des habits pour l'Aïd destinés à neuf enfants, seuls survivants d'un massacre. Rania, jouée par Lydia Chebout, se charge de la couture, convaincue par Merouane, interprété par Ahmed Belmoumene. Le film a été tourné à flanc de montagne, sur le versant sud du Djurdjura, à Tikjda.
Interfil Algérie, qui a vu le film en projection de presse à Chéraga, écrit qu'il alterne scènes loufoques et passages dramatiques, et qu'il évoque « une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». Le même journal rapporte que, selon son réalisateur, Khit Errouh « participe au travail de mémoire et de transmission ».
Le prix néerlandais n'est pas le premier du film.
Ici l'info rapporte que « Khit Errouh » avait remporté le Golden Award du meilleur film au Festival international du film de jeunesse d'Hurghada, en Égypte, et que Lydia Chebout y avait décroché le prix de la meilleure interprétation féminine.
« Aswat » : dix ans de travail sur les enfants nés sous X
Le prix du jury de court métrage va à un documentaire, et cela change la tonalité du palmarès algérien : après une fiction de mémoire, un film de parole. Selon Ici l'info, qui reprend un entretien accordé à El Moudjahid, Sirine Achir a mûri son projet pendant dix ans autour des enfants nés sous X et de leur relation complexe avec leurs mères absentes. Elle dit avoir voulu donner une voix à des personnes rarement entendues, sans jugement ni recherche de coupables.
Le film avait déjà reçu une mention spéciale au Festival du film méditerranéen d'Annaba, d'après le même journal, et la réalisatrice annonce un long métrage adapté d'un fait divers. Dans l'entretien, elle affirme : « Le cinéma est le seul outil qui réunit le monde ».
Le jury néerlandais n'a pas tout salué de la même manière. El Khabar précise qu'il a relevé quelques réserves et insuffisances dans le film, tout en retenant la sincérité de l'œuvre, son approche humaine d'un sujet sensible et la sensibilité de la réalisatrice, qu'il a encouragée à poursuivre son parcours.
« Poupiya », une comédie financée par les aides algériennes
Le prix du meilleur acteur revient à Othmane Akkab. Selon El Khabar, le jury a salué un film qui associe comédie populaire et récit humain, avec aussi Boualem Benani dans le rôle de Si Rachid et Mina Lachater dans celui de Mimicha. Le jury a jugé Othmane Akkab l'une des principales révélations du film.
« Poupiya » est le premier long métrage de Yacine Bouaziz. Son héros, le colonel Rachid, est un ancien combattant de la guerre de Libération atteint d'Alzheimer, qui reprend les armes pour traquer un ennemi disparu depuis longtemps, résume Twala. Dans sa critique, le site Twala le range parmi les tentatives de renouer avec la comédie populaire algérienne et le décrit comme « une hirondelle fragile, prudente ». Twala note que le film avance avec audace mais recule dès que ses sujets deviennent trop sensibles.
Le même texte replace le film dans une histoire : cinq comédies populaires s'imposent, selon lui, de « Hassan Terro » en 1968 aux « Folles Années du twist » en 1983, puis à « Carnaval fi Dechra » en 1994, et après la décennie des attentats rien ou presque n'a atteint ce statut, malgré quelques comédies réussies de Merzak Allouache, Lyes Salem, Nadir Moknèche et Lotfi Bouchouchi.
Le même site relève un choix de production : la comédie a été financée à 100 % par des fonds d'aide algériens, alors que plusieurs de ses camarades cinéastes, nommés par Twala, ont fait appel aux guichets français, saoudiens et autres. Twala y voit une façon d'éviter les formatages des commissions étrangères, tout en rappelant qu'un circuit ouvert à d'autres professionnels peut aider un premier film.
D'autres films du Maghreb circulent sur le même circuit de festivals cette saison : le marocain Halima a reçu une mention spéciale à El Gouna après deux prix à Shanghai.
Des projections gratuites dans les salles néerlandaises
El Khabar souligne que la manifestation ne s'est pas limitée aux projections de la compétition. Des séances gratuites ont été organisées dans plusieurs salles de cinéma du pays, pour rapprocher les œuvres du public et lui faire découvrir les traditions cinématographiques maghrébines et africaines. Le festival a aussi voulu créer des rencontres entre professionnels du cinéma d'origine africaine établis en Europe et acteurs de la scène néerlandaise.
La cérémonie de clôture et la remise des prix étaient programmées le dimanche 1er novembre au soir à Circus Hakim, d'après 24H Algérie, suivies d'un concert du musicien algérien Mohamed Rouane et du chanteur Elias Ben Bakir.
Sources
- Deux distinctions pour le cinéma algérien aux Pays-Bas, El Khabar
- Festival du Film du Maghreb, septième édition, site du festival
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