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Yolo vend aux entreprises environ 100 « Alliées » contre la charge mentale de leurs salariés
La startup Yolo, fondée en 2022, dit avoir accompagné plus de 1 000 bénéficiaires avec environ 100 « Alliées » payées par les entreprises. Ses chiffres sur le temps gagné viennent d'elle seule.

La startup française Yolo propose aux entreprises de confier à une « Alliée » les rendez-vous médicaux, dossiers administratifs et déménagements de leurs salariés. Maddyness en fait le portrait le 29 octobre 2026 : plus de 1 000 bénéficiaires depuis 2022, 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires prévus cette année, aucune levée de fonds. Les chiffres viennent de l'entreprise.
Une Alliée par bénéficiaire, à distance
Le principe tient en une phrase. Chaque bénéficiaire se voit attribuer une Alliée, choisie selon sa situation personnelle, qui prend en charge les tâches personnelles empiétant sur la journée de travail : trouver un orthophoniste, organiser un déménagement, faire une demande de visa, gérer des factures. Selon Maddyness, une Alliée suit en moyenne 8 à 12 bénéficiaires. La cofondatrice Rebecca Fischer-Bensoussan dit avoir reçu plus de 3 500 candidatures en trois ans.
Les deux fondatrices viennent de la finance et de l'enseignement du code. Rebecca Fischer-Bensoussan était directrice du développement de Groupama Asset Management, Camille Agon a cofondé WeThinkCode, une initiative qui vise à démocratiser l'enseignement du code en Afrique du Sud. Yolo ne vend qu'aux entreprises. D'après la page que l'Incubateur HEC Paris lui a consacrée le 12 mai 2026, les clients achètent des forfaits de 30 à 80 heures par an, selon la situation de chaque salarié.
Tout se passe à distance.
ÉcoRéseau précisait en octobre 2025 que toutes les démarches sont effectuées à distance, par WhatsApp, pour un accompagnement qui dure en général de 12 à 18 mois. Une des cofondatrices fixe la limite du service : « Elle ne viendra pas chercher votre enfant à l'école ». L'Alliée peut en revanche aider à trouver une solution de garde.
Un an de croissance, mesuré par la même source
En octobre 2025, ÉcoRéseau comptait 45 clients, dont une quinzaine d'entreprises du CAC 40, et 450 bénéficiaires. Maddyness écrit douze mois plus tard que Yolo travaille avec plus de 50 entreprises clientes, qu'elle a ouvert des comptes auprès de près de la moitié des groupes du CAC 40 et qu'elle a accompagné plus de 1 000 bénéficiaires. Les indépendants et professions libérales, qui souscrivent par leur structure professionnelle, font 25 % du chiffre d'affaires. La croissance est réelle dans ses chiffres déclarés, et elle est financée par les clients : Yolo a choisi le bootstrapping, c'est-à-dire un développement sans levée de fonds, avec des aides de Bpifrance et des prêts.
Le bénéfice avancé tient dans une phrase conditionnelle, que Maddyness reprend sans la discuter : « Un accompagnement de 5 heures par mois permettrait de retrouver en moyenne 3 heures de temps de travail par semaine, soit l'équivalent d'un mois par an ». Cinq heures données par mois contre trois heures reprises chaque semaine : le rapport est flatteur, et aucune méthode n'est publiée pour le vérifier.
La page de HEC Paris affiche pour sa part une baisse de 90 % de la charge mentale perçue, sans dire comment elle est mesurée. Cette page vient de l'incubateur qui accompagne les deux fondatrices depuis avril 2025, ce qui n'en fait pas un regard extérieur.
Un questionnaire qui change de taille selon la page
Avant de lancer Yolo, les fondatrices ont interrogé des femmes. Maddyness parle de plus de 500 femmes, qui expliquent consacrer « au minimum une heure par jour à gérer des sujets personnels pendant leur temps de travail ». La page de HEC Paris évoque un questionnaire envoyé à plus de 400 cadres dirigeantes de 35 à 45 ans, dont 80 % se disent en surcharge mentale tout le temps ou presque. ÉcoRéseau, de son côté, compte plus de 400 femmes et écrit que toutes se disent en surcharge mentale « souvent », voire « tout le temps ».
Trois versions, donc : 500 ou 400 répondantes, 80 % ou la totalité. Aucun des trois articles ne publie le questionnaire ni le nombre de réponses. Un questionnaire envoyé par deux fondatrices à de futures clientes mesure un ressenti, utile pour juger d'une demande, moins pour compter des heures.
Ce que la sociologie met dans la charge mentale
Le terme a une définition de recherche. En 2019, la sociologue Allison Daminger, aujourd'hui professeure assistante à l'Université du Wisconsin-Madison, a publié dans l'American Sociological Review une étude fondée sur 70 entretiens avec des parents mariés de jeunes enfants, représentant 35 couples. Chaque participant avait tenu pendant 24 heures un journal écrit de toutes les décisions prises hors travail.
Elle y distingue quatre activités qui reviennent sans cesse : anticiper un besoin, identifier des options pour le combler, choisir parmi elles, puis surveiller le résultat. Dans 26 des 32 couples de sexes différents, la partenaire accomplissait plus de travail cognitif au total que son mari. Les femmes étaient surtout en tête sur l'anticipation et la surveillance, l'identification était plus souvent partagée, et la décision se prenait presque toujours à deux.
Son interprétation vaut d'être citée avec sa prudence : les hommes peuvent profiter du pouvoir de la décision et du crédit de participation, sans fournir le travail de préparation qui la précède. L'anticipation se fait dans la tête de celle qui l'exerce, elle se programme mal et elle déborde facilement sur le travail rémunéré ou les loisirs.
Les limites sont dites par l'autrice. Les participants avaient fait des études supérieures, la grande majorité étaient blancs ou asiatiques et en couple de sexes différents, ce qui rend la généralisation difficile à d'autres groupes ou aux couples de même sexe. L'étude n'évalue pas non plus directement les conséquences à long terme du déséquilibre.
Quant aux remèdes, Allison Daminger propose que les couples inscrivent les tâches cognitives au bilan du ménage, au même titre que les tâches physiques. Elle cite aussi des rappels envoyés par les institutions, par exemple pour un bilan de santé, comme une manière légère d'externaliser l'anticipation. Yolo en vend une version à l'heure : la page de HEC Paris range l'anticipation au jour le jour parmi ce que prend l'Alliée.
Qui compte l'effort de l'autre
La charge passe d'une main à une autre, et ces mains sont féminines. Maddyness décrit un réseau d'environ 100 femmes indépendantes, et ÉcoRéseau précisait en octobre 2025 que les 80 Alliées d'alors étaient toutes des femmes, d'où le nom au féminin. D'après HEC Paris, ce sont d'anciennes professionnelles de grandes entreprises, toutes en freelance, convaincues qu'avoir vécu la charge mentale de l'intérieur est la meilleure formation. Côté bénéficiaires, la même page compte 70 % de femmes et 30 % d'hommes, et en tire que la charge mentale est une question humaine plus que de genre.
Le service a un mérite : il met un prix, et donc un compte, sur un effort que personne ne comptait. Il laisse en revanche une ligne vide, celle du conjoint. Maddyness ne rapporte aucune mesure de ce que partagent les couples des bénéficiaires, avant ou après l'arrivée d'une Alliée, et ne dit pas si les tâches reprises auparavant retombaient sur la partenaire ou sur un homme.
Pour l'ordre de grandeur, les statistiques publiques datent. Selon l'Insee, en 2010, 64 % des heures de travail domestique en France étaient réalisées par les femmes, un travail évalué à 33 % du PIB. Le Centre d'observation de la société, qui relisait ces données le 3 novembre 2015, compte pour le noyau dur du ménage, de la cuisine, des courses et du rangement 2h12 par jour chez les femmes contre une heure chez les hommes, soit 2,2 fois plus. Pour le seul ménage, les femmes qui ont un emploi y passent 66 minutes, contre un quart d'heure pour les hommes.
La mesure du partage dans le couple continue ailleurs. Le Conseil du statut de la femme du Québec a publié un portrait des pères québécois, et une enquête récente de l'Institut national d'études démographiques a comparé le partage de la vaisselle selon le type de couple. Aucune de ces enquêtes ne porte sur un salarié servi par une Alliée.
Une mesure annoncée pour novembre
Yolo compte sur la recherche pour convaincre de nouveaux clients. Selon Maddyness, la startup prépare un programme scientifique mené avec plusieurs partenaires, dont l'annonce est prévue en novembre 2026. Il doit mesurer les effets de l'accompagnement sur la santé mentale, l'engagement professionnel et la prévention des interruptions de carrière. Le partenaire qui le mènera n'est pas nommé, ni la manière dont les groupes seront comparés.
L'entreprise s'étend aussi : son réseau d'Alliées commence à s'implanter au Royaume-Uni, en Belgique et en Italie. Aux États-Unis, Maddyness cite un concurrent, Duckbill, qui propose aux employeurs des assistants humains épaulés par l'intelligence artificielle pour lutter contre le burn-out.
Sources
- How Couples Share Cognitive Labor and Why it Matters, Behavioral Scientist, Allison Daminger
- Le travail domestique : 60 milliards d'heures en 2010, Insee Première n° 1423
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