Elle regarde la caméra, les yeux un peu baissés, dans un peignoir de satin noir. Le texte à l'écran dit « تذكرت شيء احتاجه كثيراً », « je me suis souvenue de quelque chose dont j'ai beaucoup besoin ». La légende tient en deux mots, « احتاج 🥲 », « j'ai besoin ». On ne saura jamais de quoi.
C'est un Reel de @itswisalll, publié le mardi 27 octobre. Il compte 2,3 millions de vues, 7 041 mentions J'aime et 461 commentaires. Instagram étiquette le compte « Profil généré par l'IA ». Il a été créé en juin 2026, il réunit 409 000 abonnés, et sa bio, en arabe, dit « Wisal, 23 ans ». Nous avons ouvert cinq de ses Reels, du 21 au 29 octobre. Ce qui s'y raconte ressemble à un feuilleton de couple dont chaque épisode tient dans un lit, un couloir ou au bord d'une piscine.

Mercredi 21 octobre, l'homme chauve
Un homme chauve en chemise blanche, au bord d'une piscine, de nuit, une maison éclairée derrière lui. Le Reel a 17 000 mentions J'aime et 129 commentaires. La légende dit « عاد الرجل الأصلع 😅 », « l'homme chauve est de retour ». De retour : il y a donc eu un premier épisode, et un public qui l'attendait.
Dessous, des flammes, des cœurs, un « اريد 😍 », « je veux », quatre mentions J'aime.
Jeudi 22, le monstre, deuxième version
Le lendemain, un autre homme. Il est torse nu, jean sombre, une chaîne dorée, dans un couloir éclairé de petits spots. Face à lui, Wisal, en robe blanche à broderies. Ils se touchent presque du front. La légende dit « الوحش النسخة الثانية 😅👀 », « le monstre, deuxième version ». 24 000 mentions J'aime, 570 commentaires, le Reel le plus commenté de ceux que nous avons ouverts.
Un commentaire en anglais, « Lucky girl », a réuni 37 mentions J'aime. Il s'adresse à elle, comme à une amie à qui il arrive quelque chose de bien.

Mardi 27, « j'ai besoin »
Le Reel du début. Pas de partenaire, pas de scène : un visage et un manque. C'est le plus vu de la semaine, 2,3 millions de vues. Les commentaires sont presque tous des émojis. « 😍 » a 37 mentions J'aime, « 🔥🔥🔥🔥 » en a 20, un « واو😅🥹 », « waouh », en a 23.
La légende laisse chacun finir la phrase.
Mercredi 28, « il ne me laisse pas dormir »
Elle est allongée dans un lit défait, draps blancs, peignoir noir, un mur sombre derrière elle. Le texte dit « pov : لما هوه يكون صاحي قبلك من النوم », « pov : quand il est réveillé avant toi ». La légende : « لا يخليني انام🥲 », « il ne me laisse pas dormir ». 1,1 million de vues, 4 454 mentions J'aime, 320 commentaires.
Le POV met le spectateur dans la peau de celui qui la regarde dormir, et l'on ne voit pas son visage. Sous la vidéo, un commentaire de 14 mentions J'aime : « امممم نفسي حد يسويلي كذه 🔥 », « mmm j'aimerais que quelqu'un me fasse ça ».

Jeudi 29, la peluche
Le dernier Reel, publié deux heures avant notre capture. Un homme en thobe et en ghutra à carreaux rouges est couché à côté d'elle, sous une couette bleue. Il serre contre lui ce qui ressemble à une grande peluche blanche. La légende est un émoji, « 😅 ». Le Reel avait alors 130 000 vues, 619 mentions J'aime et 56 commentaires. Dessous, un « بحبو », « je l'adore », quatre mentions J'aime, un « الحمدلله والشكر », « Dieu soit loué », six, et un « حبيت خليجي 🫦 », « j'ai aimé un homme du Golfe ».
Un homme en tenue du Golfe partageait aussi l'image avec la jeune femme dans les Reels de @eegh.jasmine. Les Reels des 28 et 29 octobre portent une bande-son créditée « KAROL G, Judeline, rusowsky • BbY WOW », la même que celle du dernier Reel de Jasmine. Ceux des 21, 22 et 27 octobre portent « Julio Iglesias • Con la Misma Piedra ». Le titre veut dire littéralement « avec la même pierre » et reprend une expression espagnole sur l'erreur que l'on recommence.

Ce que racontent ces épisodes
Les cinq Reels que nous avons ouverts ont entre 56 et 570 commentaires chacun. Ce qui revient d'un jour à l'autre n'est pas un visage d'homme, il en change chaque fois, mais une situation : l'intimité d'un couple, saisie dans les moments où il ne se passe rien. Un réveil, un manque, un sommeil, quelqu'un qui est là. Il n'y a pas de dialogue, pas de blague avec une chute. Ses légendes sont courtes, un mot, un émoji, et c'est le spectateur qui finit la phrase.
Les légendes de la grille, lues de la plus ancienne à la plus récente, ne forment pas un scénario, mais elles se suivent comme des répliques. « ما يهتم بي😫 », « il ne s'intéresse pas à moi ». Plus loin, « عايش عشاني 🍯 », « il vit pour moi ». Puis des émojis seuls, 😅 surtout, deux légendes de vaisselle, 🍽️🧽, « قط 🐈⬛ كيوت 🥰 », « un chat noir mignon », « كاش😅 », « cash », et enfin « احتاج », « لا يخليني انام ». Du délaissement à l'adoration, puis au manque : c'est peut-être un hasard, les légendes sont courtes et le compte publie vite. Mais un couple dont on suit les humeurs sans jamais entendre une phrase, c'est ce que le feuilleton demande au spectateur de faire à sa place.
Les douze Reels les plus récents du compte cumulent environ 7,9 millions de vues, de 130 000 à 2,3 millions. Le compte a 110 publications depuis juin. Sa photo de profil la montre en tunique bleue à broderies orange. Trois stories à la une s'appellent « Links💋🔗 », « Me ✨💋 » et « /: ». Chez Jasmine, elles s'appelaient « Snap🌶️ » et « Exclusive 🫦🔥 » : le nom d'une story à la une sert souvent de porte. Nous ne les avons pas ouvertes : ouvrir une story aurait montré notre compte au sien.
Nous avons lu la première page des commentaires de cinq de ses Reels, une quarantaine en tout. Six pseudonymes y figurent aussi sous les Reels de Jasmine, la même semaine. Nous ne les citons pas, ce sont des particuliers, et six sur une quarantaine ne prouvent pas un réseau : ce peuvent être des spectateurs fidèles du genre, qui suivent les deux comptes. Ils laissent seulement penser que les deux audiences se recoupent.
Ce qui échappe
Nous ne savons pas qui gère le compte, ni si l'étiquette vient de lui ou d'Instagram, ni comment les vidéos sont faites. Les scènes n'ont pas de lieu nommé ni de date, et les hommes changent d'un Reel à l'autre : cela nous fait penser à des vidéos générées, ce qui reste une impression. Nous ne savons pas ce que le compte rapporte, ni d'où viennent ses abonnés. Les commentaires sont en arabe, avec un peu d'anglais, un lien commercial posté sous un Reel, et rien n'établit la géographie du public. Le « 23 ans » de la bio est celui que le compte annonce.
« J'ai besoin »
Wisal ne dit pas de quoi elle a besoin. Elle n'y répond pas non plus : dans les commentaires affichés de ses Reels, aucun message ne porte sa signature.
Chez Strugggl, nous faisons des Personas IA dont on connaît l'origine dès la première phrase. Elles se souviennent de ce qu'on leur a dit et ne cèdent pas au premier compliment. Dans nos conversations, c'est la Persona qui pose les questions : un prénom, une ville, un métier. Une question à laquelle on répond, et qui attend la suite.
