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Traduit en chaoui par Manal Toureche, « La Honte au féminin » est présenté au SILA le 29 octobre

Écrit en arabe, traduit en français en 2009, le roman de Fadhila Al Farouk devient D Tawtemt en chaoui. Il est présenté le 29 octobre 2026 au stand de Tira Éditions, au Salon international du livre d'Alger.

Traduit en chaoui par Manal Toureche, « La Honte au féminin » est présenté au SILA le 29 octobre
Illustration : Reflets / Strugggl

Le roman de Fadhila Al Farouk, écrit en arabe puis traduit en français, existe désormais en chaoui, une variante de la langue amazighe. Intitulée D Tawtemt, la version de Manal Toureche, publiée par Tira Éditions, sera présentée le jeudi 29 octobre 2026 au Salon international du livre d'Alger, avec une vente-dédicace.

Un titre arabe qui a déjà changé de lettre

Le livre s'appelle Taa al-Khajal en arabe et La Honte au féminin en français. Le Matin d'Algérie, qui annonce la présentation dans son édition du 28 octobre 2026, écrit que cette nouvelle traduction « fait entrer le roman dans une autre aire linguistique ».

Le passage de l'arabe au français n'avait rien d'une formalité. Dans un texte de 2018 publié par la revue boundary 2, Anissa Daoudi relève que le roman, paru en arabe en 2005, a été traduit en français en 2009. Elle s'attarde sur le titre. Le détail compte. En arabe, la lettre taa marbuta est la marque du féminin, et Fadhila Al Farouk la dessine, dans sa version manuscrite, comme un nœud autour du cou d'une femme. La traduction française a retenu un F, pour « féminin », qui ne porte pas la même image selon Anissa Daoudi.

La même autrice note que le roman est considéré comme le premier à avoir abordé la question du viol dans les années 1990 en Algérie. Wikipédia le résume comme le récit des violences subies par des femmes pendant la décennie noire, et précise qu'il a été traduit en français et en espagnol, des extraits l'étant en italien.

Troisième langue, donc. Le chaoui s'ajoute à un livre dont le titre posait déjà problème dans la deuxième, et la question de ce que devient l'image du nœud reste ouverte. Le Matin d'Algérie ne dit pas si Manal Toureche a travaillé à partir de l'arabe ou du français, et ne donne pas le sens du titre chaoui. Nous n'avons trouvé aucune déclaration de la traductrice ni de Tira Éditions: le journal est la seule source de cette présentation.

Une romancière née à Arris, installée à Beyrouth

Fadhila Al Farouk, de son nom d'état civil Fadhila Melkemi, est née en novembre 1967 à Arris, dans la wilaya de Batna, d'après la notice que lui consacre Banipal, magazine britannique de littérature arabe moderne. Elle a étudié deux ans la médecine à l'université de Batna avant de passer à celle de Constantine, où elle a suivi des études de langue et de littérature arabes jusqu'en 1994.

Elle y a aussi soutenu en 2002 un master sur la structure du roman féminin arabe en Algérie. Banipal la décrit comme journaliste et autrice d'un recueil de nouvelles et de quatre romans, et vivant à Beyrouth. Wikipédia, qui s'appuie sur un article de presse de 2007, ajoute qu'elle a grandi à Constantine en parlant berbère.

Son roman sur la honte a mis du temps à trouver preneur. Selon Wikipédia, il est resté deux ans sans éditeur avant d'être accepté. Elle écrit en arabe. Le chaoui n'est pas sa langue d'écriture, mais la même notice la dit élevée en berbère.

Chaoui: ce qu'un précédent de 2023 apprend

Ce n'est pas la première fois que le SILA sert de scène à une traduction en chaoui. En octobre 2023, lors de la 26e édition, Bouchra Thaziri Douakha, étudiante de l'université de Batna, y a présenté Imezdi, une version chaouie de L'Étranger d'Albert Camus publiée aux éditions Adlis de Bellezma, selon ObservAlgérie. Le site précise qu'il s'agissait de la deuxième traduction du roman en tamazight, après celle en kabyle d'Ait Kaci Mohamed Arab, Abeṛṛani.

L'étudiante expliquait son choix à El Watan, cité par ObservAlgérie: « Je veux mettre ne serait-ce qu'un petit peu de littérature et de science mondiales dans la bibliothèque amazighe. »

Le contexte éditorial reste étroit, et les chiffres les plus précis que nous avons lus ont treize ans. En mars 2013, l'agence de presse Algérie1 recensait au moins douze maisons d'édition actives en tamazight, dont Tira, installée à Béjaïa, et le secrétaire général du Haut Commissariat à l'amazighité, Youcef Merrahi, estimait que le livre en tamazight ne représentait « que 1 % » des ouvrages exposés dans les salons du livre. Ibrahim Tazaghert, qui dirige Tira, attribuait cette marginalisation au fait que « tamazight n'est pas encore dûment reconnue sur le plan institutionnel ». Nous n'avons pas trouvé de chiffre plus récent.

Le même article de 2013 cite Youcef Amer, des éditions Al Amel à Tizi Ouzou, qui voyait dans l'absence d'une transcription unique du tamazight (tifinagh, arabe ou latin) un frein à la distribution sur tout le territoire. Il rapporte aussi que le Haut Commissariat à l'amazighité avait publié gratuitement quelque 150 productions littéraires en 2012. Tira, dont le nom signifie « écriture » en tamazight, avait alors à son catalogue Le Vieil Homme et la mer d'Ernest Hemingway, traduit par Mohamed Aarab Ait Kaci. Ces voix d'éditeurs, antérieures à D Tawtemt, ne disent rien de son tirage ni de son prix. Le Matin d'Algérie, lui, souligne que la publication d'un texte littéraire en chaoui soulève la question de la place des langues amazighes dans l'édition algérienne. À Alger, Reflets racontait déjà comment huit femmes kabyles tatouées confient leur mémoire à Ticraḍ, un film qui passe par une autre variante de la même langue.

Un salon de 46 000 mètres carrés pour un stand C 26

D Tawtemt sera présenté au stand C 26 de Tira Éditions, dans l'espace Palestine du salon, selon Le Matin d'Algérie.

La 29e édition du SILA ouvre au public ce jeudi 29 octobre, après une ouverture officielle la veille, et dure jusqu'au 7 novembre au Palais des expositions d'Alger, avec l'Arabie saoudite comme invitée d'honneur, rapporte Maghreb Émergent. Le salon compte 1 625 exposants venus de 51 pays sur 46 000 mètres carrés, et les organisateurs annoncent plus de 300 000 titres. En 2025, il avait enregistré plus de 6,2 millions de visiteurs, d'après le même média. Cette année, l'édition tombe pendant les vacances scolaires, ce qui laisse plus de temps aux familles, aux enseignants et aux élèves. Le slogan de cette édition: « Demain entre les pages d'un livre ». TSA Algérie annonce plus de 200 écrivains du monde entier. Selon Algérie Patriotique, le public est accueilli de 10 h à 19 h. Le commissaire du salon, Mohamed Iguerb, a présenté un programme de conférences, de rencontres littéraires et de récitals poétiques, avec des invités comme le poète syrien Adonis, le romancier Yasmina Khadra et l'historien français Benjamin Stora. Un espace nommé « Esprit Panaf » accueille des conférences sur la littérature africaine. Le programme prévoit aussi des hommages à des écrivains et créateurs algériens, en reconnaissance de leur contribution à la culture nationale, selon le même média.

D'autres rendez-vous en langue amazighe sont prévus. Les éditions Talsa, qui participent pour la première fois officiellement au SILA, accueillent le premier jour Farida Sahoui pour dédicacer son roman Aggus (« La ceinture »), qui a obtenu le prix Assia Djebar du roman en langue amazighe. Talsa attend une quarantaine d'écrivains pour des ventes-dédicaces pendant le salon. Son propriétaire, Hamza Sahoui, dit à Maghreb Émergent: « Ça reste un événement majeur pour la littérature en Algérie ».

Les lecteurs, côté salle et côté stand

Les chiffres d'un salon disent combien de personnes entrent, pas combien s'arrêtent devant un livre. Une scène relayée par la presse algérienne la semaine dernière l'a rappelé. Selon Le Matin d'Algérie, le 23 octobre 2026, le romancier Hamed Yassine aurait trouvé une salle vide lors d'une séance de dédicace à Bir El Ater, dans la wilaya de Tébessa, et l'épisode a relancé le débat sur la diffusion des œuvres et la promotion des auteurs. Algerie360 décrit un écrivain en larmes, désespérément seul, et rapporte qu'il a ensuite déclaré à la chaîne Echorouk que ses pleurs étaient spontanés. Le titre de l'article d'Algerie360 dit que ces larmes émeuvent le monde arabe.

Un livre en chaoui part avec peu d'avance dans cette compétition pour l'attention des lecteurs. Il a pourtant un atout que les chiffres de fréquentation ne mesurent pas. Il s'adresse à des lecteurs qui ne trouvaient pas ce roman dans leur langue, ce que souligne le journal: l'œuvre « devient accessible aux lecteurs chaouiphones ». Nous n'avons trouvé ni le nombre d'exemplaires imprimés, ni l'affluence de la vente-dédicace du 29 octobre.

Du côté des autrices algériennes, Khadija Telli, juriste à Tolga, a remporté à Doha le prix Katara avec un roman sur un tailleur, un autre exemple d'un livre qui voyage hors du cercle de ses premiers lecteurs.

Reste le stand C 26 et les allées du Palais des expositions, jusqu'à la clôture du salon le 7 novembre.

Sources

Rencontrer une femme algérienne

La version audio de cet article est lue par une voix de synthèse générée par IA.

Persona IA générée : ni la personne de cet article, ni une personne réelle.