Le 29 septembre 2026, la start-up Flourish a ouvert les précommandes de Flourish 1, un robot domestique conçu et assemblé à Paris, pour 3 555 dollars. Les 50 premiers exemplaires, numérotés, seront livrés à partir de décembre. Son fondateur, Antoine Marcel, promet qu'il apprend une corvée après 30 minutes de démonstration. Reste une question plus ancienne que lui : qui fait le ménage, et pour quoi faire ?

Ce que Flourish 1 sait faire

Flourish 1 a peu de choses du robot de science-fiction. D'après Clubic, qui a interrogé son fondateur, il mesure environ 1,09 m, pèse une vingtaine de kilos et se déplace sur une base à roues, coiffé d'un chapeau conique vert pâle. Ses deux bras se terminent par des pinces, chacune surmontée d'une petite caméra. Leur portée va du sol à environ 89 cm et leur charge maximale est de 1,5 kg. L'autonomie annoncée est de 12 heures.

Le communiqué de lancement est daté de San Francisco, mais Antoine Marcel dit à Clubic que le robot est conçu et assemblé dans son atelier à Paris, avec des composants venus surtout d'Asie. Il compte sept ans dans l'IA et l'automatisation, a revendu une première société, Joyger, puis fondé Latice.ai.

L'entreprise annonce des tâches du quotidien : ranger chaussures, vêtements et jouets, charger le lave-vaisselle, essuyer les tables, arroser les plantes, apporter des objets, vider la litière du chat. Une fois une tâche apprise, il la répète à heure fixe : les chaussures le mardi matin, la litière chaque jour à 11 heures.

Pour tenir le prix, Flourish 1 renonce à presque tout ce qui coûte cher. « Presque toutes les tâches ménagères se font au sol ou à hauteur de table », justifie Antoine Marcel. Il écarte donc les jambes, jugées coûteuses et plus risquées, et les mains à cinq doigts. Il précise vendre chaque robot avec une marge.

Le robot ne monte pas les escaliers.

Comment un robot apprend une corvée en 30 minutes

L'apprentissage se déroule en trois temps, selon Clubic et le site de Flourish. Le propriétaire décrit d'abord les étapes de la tâche dans l'application, par glisser-déposer, en quelques minutes : aller à l'entrée, prendre une chaussure, la ranger dans le meuble, revenir. Il pilote ensuite le robot lui-même depuis son téléphone pendant 30 minutes, en le faisant partir de différents coins de la pièce. Une heure plus tard, une notification annonce que la leçon est retenue. Marcel résume : « On lui apprend une tâche, pas un emplacement : il retrouve les chaussures où qu'elles traînent ».

Cette façon de faire relève de ce que les roboticiens appellent l'apprentissage par imitation : un humain montre le geste, et un modèle apprend à le reproduire à partir de démonstrations réelles. Les articles lus ne disent pas quelle méthode Flourish emploie. Un travail publié sur arXiv le 23 avril 2023 par Tony Zhao, Vikash Kumar, Sergey Levine et Chelsea Finn donne néanmoins un ordre de grandeur de cette famille de techniques : leur système à bas coût apprend par imitation des gestes fins, comme ouvrir un godet de condiment translucide ou glisser une pile dans son logement. Pour 6 tâches difficiles, la réussite atteint 80 à 90 %, avec seulement 10 minutes de démonstrations, soit 50 trajectoires enregistrées.

Les auteurs nomment aussi l'obstacle principal : les erreurs du modèle peuvent s'accumuler au fil du temps, et les démonstrations humaines varient d'une fois sur l'autre. Leur algorithme, Action Chunking with Transformers, prédit des séquences de gestes plutôt qu'un geste à la fois.

Cette étude porte sur d'autres machines que Flourish 1 : elle éclaire la logique, pas les performances du robot parisien. Elle contient aussi un échec instructif. Sur une tâche d'emballage de bonbon, dans une évaluation préliminaire de 10 essais, le modèle ramassait le bonbon 10 fois sur 10 et tirait sur les deux extrémités 8 fois sur 10, mais ne le déballait jamais : 0 sur 10.

Digital Trends relève un autre angle mort. L'annonce n'indique pas combien de démonstrations sont nécessaires, ni comment le robot réagit quand la situation change le lendemain. Les 30 minutes valent par tâche, pas pour un foyer entier, et Clubic le confirme : chaque nouvelle corvée demande les siennes.

Quatre fois sur cinq, et un abonnement à venir

Le chiffre à retenir vient de l'entreprise elle-même, qui décrit son propre produit. Sur les tâches simples, comme ranger les chaussures ou arroser les plantes, Flourish 1 réussit environ 80 % du temps, rapporte Clubic. Sur son site, Flourish écrit qu'une tâche apprise ne fonctionnait que 60 % du temps il y a un an, et vise désormais 99 %, sans donner d'échéance. Les articles lus ne mentionnent aucun test indépendant.

Une fois sur cinq, donc, les baskets restent dans l'entrée. Antoine Marcel ne le cache pas : « Il est encore lent dans cette première version : ranger les chaussures peut lui prendre 5 minutes ». Il ajoute : « Et soyons honnêtes : un appartement trop encombré pour un robot aspirateur le sera aussi pour lui. » Clubic note que rien ne dit comment le robot s'en sort sur des corvées plus délicates, comme le chargement du lave-vaisselle.

RoboActu rappelle qu'une maison contient des objets souples, des obstacles mobiles et des situations rarement identiques : apprendre une action en quelques dizaines de minutes ne garantit pas qu'elle sera répétée sans erreur pendant des semaines. Selon le même site, la série de 50 est autant un test grandeur nature qu'un lancement commercial, puisqu'elle permettra d'observer usages, pannes et besoins de support.

Reste le calcul. Le site assure que le robot fonctionne sur la machine, mais les tâches d'IA avancées demandent plus de puissance. Deux solutions s'offrent au client. Un abonnement facultatif, dont le prix n'est pas connu, confie les calculs aux serveurs de Flourish, en Europe ou aux États-Unis selon le pays. Sinon, le client met à contribution son propre ordinateur, s'il a une carte graphique. Sans abonnement, le robot se déplace, obéit à la voix et rejoue les gestes enregistrés.

Côté vie privée, Clubic rapporte que personne chez Flourish ne pilote le robot à distance et que les vidéos d'apprentissage sont effacées sitôt utilisées, sauf si le client accepte qu'elles servent à améliorer les modèles. Le sort des images filmées au quotidien reste inconnu. RoboActu souligne qu'un robot qui apprend une corvée observe nécessairement des personnes et des pièces privées.

Le ménage en chiffres : ce que mesure l'Insee

Flourish vend du temps. Son site demande au visiteur d'imaginer sa soirée : une heure passée à nettoyer une maison qu'il nettoiera encore demain. Il le dit en anglais : “Nobody chose that. It just became the deal.” (Personne n'a choisi cela, c'est devenu la règle du jeu.)

Les chiffres de l'Insee donnent l'échelle. Dans l'Insee Première n° 1423, parue le 22 novembre 2012, Delphine Roy exploite l'enquête Emploi du temps de 2010 : en moyenne, nous consacrons plus de 3 heures par jour à des tâches domestiques. Pour le seul cœur de ces tâches, un résident de France âgé de 11 ans et plus y passe 765 heures par an, dont 217 pour la cuisine et 199 pour le ménage. Avec des choix intermédiaires de champ et de valorisation, cette production est évaluée à 33 % du produit intérieur brut. Les femmes réalisent 64 % des heures de travail domestique, et 72 % pour le périmètre le plus restreint.

Ces données ont seize ans : elles donnent un ordre de grandeur, pas l'état du partage en 2026. Elles rappellent aussi que le lecteur sans visage du site de Flourish recouvre des situations inégales d'un foyer à l'autre. La cuisine, première du décompte avec 217 heures, ne figure pas dans la liste de tâches annoncée. Le robot vise plutôt le rangement, l'essuyage et l'arrosage.

Le communiqué dit aussi vouloir sortir la charge mentale de la vie des gens. Elle ne disparaît pas ici : quelqu'un doit découper chaque tâche en étapes, la démontrer pendant 30 minutes, puis fixer son horaire. Digital Trends l'écrit à sa manière : acheter le robot, c'est aussi passer du temps à l'instruire. Les sources lues ne disent pas qui, dans un foyer, s'en chargerait.

Flourish 1 a un écran en guise de visage, selon RoboActu, et une bouille que Clubic juge sympathique. Avec sa base à roues, ses pinces et son chapeau conique, il reste loin de l'humain : le malaise que décrivait Masahiro Mori devant les machines presque humaines, que Reflets a raconté ici, ne vise pas ce genre de silhouette.

Face à NEO, la même promesse payée autrement

Flourish 1 arrive sur un terrain ouvert par la société californienne 1X. Le 29 octobre 2025, Engadget annonçait les précommandes de NEO, un humanoïde domestique à 20 000 dollars, ou 499 dollars par mois, avec un acompte de 200 dollars. Les premières livraisons étaient prévues en 2026 ; les sources lues ne disent pas où elles en sont.

Chez 1X, le savoir-faire passe d'abord par des humains. Pour les tâches que NEO ne connaît pas, un téléopérateur peut prendre les commandes à distance et voir l'intérieur du domicile par la caméra du robot. Le PDG Bernt Børnich l'a dit au Wall Street Journal : “If we don't have your data, we can't make the product better”. Autrement dit, sans vos données, le produit ne progresse pas. 1X propose de flouter les personnes et de définir des zones interdites, et le téléopérateur ne peut pas agir sans l'accord du propriétaire.

Flourish prend un autre chemin, au moins sur le papier. Personne ne pilote le robot à distance, le prix est de 3 555 dollars, et en retour la machine ne porte que 1,5 kg et réclame 30 minutes de formation par tâche. Sur la question du corps, de ses coûts et de ses limites, Faut-il un corps pour tenir compagnie ? compare déjà robots et applications.

Les 50 robots partiront en décembre 2026, avec une ligne directe vers les fondateurs. Le service après-vente repose sur des modules : l'équipe parisienne identifie la panne à distance avec le client, puis le guide pour qu'il change lui-même la pièce. La garantie légale de deux ans s'applique, selon Clubic, et le prix de l'abonnement reste à annoncer. Le fonds Families Fund, qui a mené le tour de pré-amorçage de Flourish, n'a pas communiqué le montant levé.

Clubic termine sur les premiers retours des propriétaires, attendus après les livraisons de décembre. Ils diront si Flourish 1 tient ses promesses, et si les chaussures finissent dans le placard.